Ale

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Enregistré lors des deux derniers concerts de la tournée « Race to Resurrection », on retrouve néanmoins un généreux et malin cocktail de titres issus de toute la discographie du groupe. À la fois des classiques intemporels et d’une efficacité sans équivoque (normal pour le genre !) et des nouveautés bien amenées et fracassantes. Avec un lexique forcément attrait au champ lexical du road trip et de la mécanique… Toujours en accord avec les thèmes chers à ce style purement américain. Ce serait cependant manquer de respect au quintet de les limiter à une simple contrefaçon de ce que produisent nos voisins outre-Atlantique, tant l’amour et la maitrise du genre se font ressentir tout au long des dix-neuf morceaux que compte l’album. Alors certes, on regrettera quelques constructions un peu convenues pour des morceaux toujours assez similaires. Mais parfois, la simplicité à AUSSI du bon. Surtout sur des titres tels que « Dirty Pounding Gasoline » (rien que ces trois mots font un refrain de malade !), « Fuel the Warmachine » ou encore « A new War ». C’est badass, c’est dansant et on y croit pleinement. L’énergie de Lars Lemke est communicative à fond et est parfaitement retranscrite dans cet album live. On s’y croirait presque… La bière renversée en moins ! Pas besoin de parler allemand pour jubiler dès que le chanteur beugle le nom du morceau. C’est aussi ça l’esprit rock. Et le tout forme une sympathique porte d’entrée pour tous ceux qui ne sont pas encore familiers avec ce groupe, délicieusement rétro.

Le problème majeur de cette nouvelle mouture des Polonais de Crystal Viper n’est pas qu’il oscille entre le heavy et le power, mais plutôt qu’il manque de pas mal de patate sur une bonne moitié des morceaux. Peut-être est-ce dû au nouveau line-up ? Ce qui est sûr en tout cas, c’est que la technique est bien là et les nouveaux venus comme les vétérans savent toujours comment faire briller leurs titres : y’a des riffs plutôt sympas, le petit nouveau « Ced » est une vraie perle à la batterie (surtout sur « One Question », titre vraiment pétaradant pour le coup !) et les vocals de Marta Gabriel sont toujours agréables, notamment parce qu’elle n’abuse pas des aiguës comme certaines frontwomen du genre. On appréciera aussi des rythmiques plutôt stylées et mélodiques, comme sur « Neverending Fire ». Non vraiment, y’a de quoi se mettre sous la dent sur cet album ! Mais ça n’enlève pas une certaine platitude, un arrière-goût un peu fadasse sur « Still Alive » ou « Crystal Sphere ». Ils n’ont rien de foncièrement mauvais, mais il aurait peut-être fallu se lâcher un peu plus. Ironiquement, l’une des meilleures tracks de l’album c’est sans doute le morceau bonus « Dream Warriors », véritablement plus lent, mais offrant infiniment plus d’impact et laissant transparaître toute la palette d’émotions dans la voix de M.Gabriel. On en retiendra donc un album solide, pas le meilleur de la discographie des Vipers, mais qui fait oublier ces quelques petits soucis par des vocals de qualité, une batterie excellente et des mélodies parfois plus douces, mais des plus efficaces.

Autant le dire tout de suite, le premier jet du projet annexe des allemands de Blind Guardian se veut très singulier, tout à fait à part de leur discographie usuelle. Déjà reconnus pour leur style grandiose, leurs paroles conteuses de récits fantastiques et de batailles médiévales et surtout pour leur musicalité à faire saliver les rôlistes, le quatuor a voulu pousser le vice encore plus loin. Des compositions complexes et riches, un côté lyrique assumé à fond et des titres plus orchestraux que jamais forment le sel de cet album… au point d’aliéner peut-être certains métalleux moins sensibles à la musique classique (pauvre d’eux !). Mais si ces traits étaient déjà caractéristiques du groupe, ils prennent ici une essence quasi-cinématographique, devenant pratiquement un conte, un récit partagé au coin du feu. De nombreux interludes ponctuent d’ailleurs l’écoute, se résumant bien souvent à des dialogues servant à nous exposer davantage à l’histoire et aux personnages que le groupe a décidé de mettre en place. Si ce n’est pas rare d’avoir des éléments de fantasy et des guerriers dans le power, c’est ici poussé à son paroxysme. On croirait presque entendre le Naheulband ou la bande-son d’un jeu vidéo sur Tolkien ! Pour ces raisons, il est préférable d’écouter l’album d’une traite, et de ne pas sauter (au moins la première fois) les passages purement parlés. Le tout renfermant vraiment un univers indissociable, qui rend le CD assez difficile d’accès. Difficile d’isoler un morceau, de l’écouter d’une oreille distraite… Même si certaines chansons sont plus « metal » alors que d’autres sont plus « classiques ». Une chose est cependant certaine : Blind Guardian nous prouve que même 35 ans après sa création, on peut toujours se réinventer. Et que leur maitrise du registre « épique » n’est égalée que par très peu.

C’est plutôt rare d’entendre de l’allemand ailleurs que le genre allemano-allemand de la Neue Deutsche Härte. Mais c’est un pari audacieux qu’assume pleinement Die Grüne Welle (La Vague Verte dans la langue de Gojira). Et le résultat se veut plutôt convainquant, changeant grandement de l’aspect martial et brutal souvent associé à cette langue au sein de la scène metal. Niveau du genre, c’est un beau cocktail de plusieurs styles que nous offre le groupe au sein des morceaux. Que ce soit des morceaux plus typés pop-punk des années 2000 comme « Für Die Massen » ou « Kein Problem », un punk rock plus hargneux et véloce comme sur « Hier Im Dreck » ou « Knopfdruck » … et même un peu de ska ! Et bien sûr, l’emploi du saxophone n’y est pas étranger. On regrettera cependant que cela passe davantage pour une excentricité qu’un véritable élément constitutif de leur musique. L’instrument brille dès qu’il apparait, comme sur le bridge de « Bier Gegen Wein » ou l’intro de « Teilzeitchrist » mais on aurait apprécié qu’il soit davantage mis en avant, tant le combo fonctionne surprenamment bien. Cela ne gâche pas les morceaux en soit, tant ils sont complets et maitrisés (on a une bonne basse sur « Knopfdruck » et « One Love », on a des grosses guitares bien lourdes sur « Für Die Massen » et « Hier im Dreck » …), mais si on devait retenir un léger manquement, ce serait certainement ce fichu saxo trop timide ! On retiendra tout de même un album de très bonne facture, pêchu et versatile, qui jongle avec les éléments du punk avec brio.

Les suédois aiment leur power…Et ils ont bien raison ! Si le genre est déjà une vraie usine à anthems diablement efficaces pour nous rester dans la tête, l’efficacité de Rexoria est presque insolente. Si l’on n’applaudira pas le talent d’écriture d’un morceau comme « Fight the Demons », impossible de ne pas beugler ces trois mots comme s’il s’agissait d’un des dix commandements. Pareil pour « Reach for the Heaven » qui se tape une intro digne d’un morceau de jeu de rôle ou d’un opening d’anime japonais. Mais sous cet aspect épique presque trop gentillet se cache de belles prouesses techniques malgré tout. On saluera le travail sur les riffs de « Endless Nights » (et des vocals à chialer, dédicace à Frida Ohlin !), idem pour le titre éponyme ou « The Raging Thunder ». L’interlude « Wind and Rain » et son piano sont également du plus bel effet. On a même droit à la référence aux vikings et à la mythologie nordique avec « Brothers of Asgaard ». Rien à redire, le groupe coche toutes les cases inhérentes au genre, tout en puisant dans un registre sensiblement plus axé sur les émotions. Le power inspirant à son paroxysme quoi ! Et cela représente une belle consécration pour ce tout jeune groupe.

À la surprise d’absolument personne, le nouvel opus de Raised Fist est colérique, violent et agressif. Une dizaine de morceaux dans leur plus propre tradition, c’est-à-dire sans aucune pause, sans aucune once de douceur : rien qu’un pur concentré de titres aussi entraînants (« Anthem », « Oblivious ») que fracassants (« Murder », « Venomous »). Il est d’ailleurs incroyable que chaque membre du quintet s’illustre avec autant de panache. Le chant d’Hagman, éraillé comme jamais, semble tout droit sorti d’un groupe de rap-rock bien burné, les guitares de Tikkanen et Holmgren instillent ces rythmes qui donnent envie de se trémousser dans le mosh, la basse de Josse, bien que plus en retrait, brille sur « Unsinkable II » ou « Oblivious » … Et alors la batterie de Matte Modin est une folie. De l’aveu même du groupe, le souhait était de la mettre en avant au même titre que les vocals. Et ils ont clairement dépassés les ambitions ! De « Venomous » qui débute l’album avec une batterie pas forcément rapide, mais impossible à ignorer, à « We Are Here » qui est une véritable ôde au talent du musicien… Aucun titre n’enlève la superbe de Modin. Le reste est excellent, mais c’est SON album.

Une grande qualité de la musique de Bombus c’est de parvenir à insuffler une grosse dose émotive à leur musique sans tomber dans les travers du screamo/nü-metal un peu pleurnichard du début des années 2000. Ce résultat s’obtient en grande partie par les voix de Matte et Feffe, qui offrent un chant tantôt tranchant, tantôt doux… presque grungy !  Mais les accords très mélodiques qui arpentent chacune des chansons de l’album apportent beaucoup à l’ambiance qui s’en dégage, à la fois puissante et mélancolique. Les exemples ne manquent pas : « A Ladder – Not a Shovel », « Mama » ou encore « It’s All Over » (qui se retrouve étrangement au centre de l’album, alors qu’il aurait fait un somptueux épilogue). Cela n’empêche pas le quatuor de proposer aussi de la technique aussi efficace que costaude, que ce soit par l’intro et le bridge de « You Are All Human Beings » et ses riffs mémorables, « Two Wolves and One Sheep » et son rythme plus mesuré, alternant entre impact et douceur, et bien sûr le délire presque black de « We Lost a lot of Blood Today » et sa batterie qui nous fracasse à chaque mouvement de Peter. Un nouveau sans faute pour les suédois, ça en devient presque indécent !

Une pochette affichant un monstrueux forgeron, un sobriquet des plus épiques et des titres de chansons aussi équivoques que « Wizards and Witches » ou « King Without a Crown »… On ne sera pas étonné de voir nos compatriotes s’engouffrer à nouveau dans leur genre de prédilection que consiste le power. Et après vingt ans et cinq albums, y’a clairement de la maitrise dans ce qu’ils cherchent à proposer ! Un petit coup de cœur pour « In The Den Of The Mountain Troll », semblant tout droit destiner aux rôlistes tant son ambiance médiévale-fantastique est entraînante. Le morceau d’ouverture, « Unleash the Dragon », pose très bien les bases aussi, avec un morceau aussi long que badass, aux paroles simplistes mais efficaces et guerrières ! Accompagnés de chœurs et de riffs bien lourds. Autre intro marquante : celle de « Wizards and Witches » qui place la basse en son centre… Instrument souvent boudé au sein du power. Et c’est sans doute là la plus grande force de cet album : sa grande versatilité malgré un genre aux codes si essorés qu’ils relèvent presque de l’auto-parodie. « Just A Good Man » est une balade des plus sympathiques, tandis que « Temple Of No Gods » ressemble presque à une épopée, tant par sa longueur que sa capacité à alterner les rythmes durant ces (presque) sept minutes. Qu’on se le dise : y’a pas qu’en Scandinavie qu’on sait faire du power ! Ce nouvel opus des belgo-belges de Magic Kingdom le prouve.

Sorte de petite praline offerte aux fans des vétérans de Blitzkrieg (qui sévissent depuis 1980 quand même !), ce nouvel EP doit véritablement être considéré comme une sorte de « bonus » après le solide « Judge Not ! » sorti l’année dernière. On y retrouve d’ailleurs « Loud and Proud », incroyable banger au refrain diablement efficace semblant tout droit sorti d’un album de glam. Les titres « Without You » et « Falling Into Darkness », apparus également sur leur dernière galette, bénéficient de menus changements pas franchement révolutionnaires, mais offrant une variante sympathique. Les morceaux qui suivent, « Together (We Are Strong) » et « « After Dark » rentrent encore plus dans cette dimension « fan-service » puisque leur relative obscurité dans la discographie du groupe les destine aux fans les plus acharnés. Deux chansons de très bonne facture qui demeureront certainement assez rares dans les setlists du groupe. Le titre final en revanche nous gratifie d’une cover d’un morceau résolument mythique d’Alice Cooper : « School’s Out ».  Sans briser les fondations du titre pour mieux les réinventer, ça reste une cover sympa… pour un morceau toujours plaisant à écouter 47 (!!!) ans après. On ne prétendra pas que ce nouvel EP soit un must : le manque d’inédits en fait un objet de fan absolu. Les néophytes se tourneront plutôt vers le reste des albums du groupe… Plus fournis et complets.

 

Nostalgie des débuts ou simple envie de ressortir quelques titres des cartons, Artillery semble parti pour ressortir ses classiques en atteste la sortie combinée de cette compilation et « Deadly Relics ». Celle-ci semble avoir bénéficié d’une plus grande attention, alors que la plupart des titres sont également issus de démos. Le seul bémol majeur résidant dans les vocals, abusant toujours de la reverb et donnant un côté caverneux pas forcément agréable. Le reste parvient, certes pas à briller, mais au moins à se débrouiller suffisamment bien pour donner des morceaux vraiment cools. La basse possède ainsi un son plus pur et plus agréable, loin de l’espèce de bruit de gastro que l’on pouvait retrouver sur Deadly Relics. Le rythme parait aussi plus maitrisé, plus soutenu et plus mémorable. « Day of Doom », malgré un milieu un peu trop long, se démarque pas mal par sa gestion des riffs à la fois calibrés et bien disposés au headbang. On a aussi « Bitch » où l’on peut se taper des vocals lorgnant presque vers les aboiements et la folie, ça passe plutôt bien ! « Let There Be Sin » représente aussi un chaos jubilatoire hyper représentatif d’un Thrash que l’on sort de ses gonds. On reprochera peut-être aussi une batterie qui aurait gagnée à être un poil plus percutante (ha ha), mais ce serait chipoter. Le résultat donne un album peut-être un peu chancelant qui n’ébranlera ni le Thrash, ni la discographie des danois… Mais qui a le mérite d’être suffisamment honnête pour épancher sa soif en attendant un futur nouvel album.

Se parant d’un nouvel artwork pour l’occasion, cette ressortie du véritable patchwork des débuts d’Artillery offre une nouvelle occasion aux fans de se faire les crocs sur plusieurs titres issus de multiples premières démos du groupe. Mais ce beau packaging et le remastering de rigueur ne suffisent pas vraiment à pallier les quelques maladresses juvéniles d’un groupe qui n’avait pas encore acquis son plein potentiel alors. Tout n’est évidemment pas à balayer de leur discographie : on retient notamment quelques riffs plutôt sympas par leur côté mélodique ainsi que des « KHOMANIAC ! » beuglés avec un certain cachet. En fait, le problème vient surtout de leur incapacité à savoir sur quel pied danser : le morceau qui suit « Don’t Believe » se veut plus doux, presque langoureux, rendant l’interlude thrash et brute au milieu du morceau clairement malvenu. Notamment parce que les transitions sont trop sèches et nettes.  Le reste de l’album se poursuit malheureusement sur ces impressions de demi-teintes : que ce soit des paroles trop plates, sauvées par un solo tonitruant (« Out of the Sky »), des vocals plutôt mauvaises (« Deeds of Darkness ») ou des changements de rythmes parfois hasardeux (presque tout l’album). Même les deux morceaux bénéficiant d’une « V2 », à savoir « Hey Woman » et « All for You » sont finalement sympa sans plus… aidés principalement par sa hargne (pour le premier) et son côté légèrement groovy (pour le second). C’est donc non sans amertume qu’on ne pourra conseiller cette ressortie qu’aux fans les plus absolus du quintet, souhaitant découvrir leurs balbutiements. Les autres se pencheront plutôt vers la discographie récente du groupe, valant bien plus la peine.

Nouvel album du quintet suédois, celui-ci est cependant victime (ha ha) d’une production assez étrange, pourtant chapeautée par le grand Karl Daniel Lidén ayant déjà fait ses preuves auprès de Katatonia et Bloodbath. Les vocals semblent ainsi caverneuses, les riffs étouffés… Et compte tenu de la forte dimension contestataire et anarchiste de leur musique, c’est dommage. Car matière il y a : « There’s Blood on the Street » et « The Sea and Poison » sont deux pralines énervées, gratinées de riffs costauds qui témoignent pleinement des talents du groupe et de leur propension à proposer des compositions sympas lorgnant autour des deux minutes. De même, le morceau « We Fail » se veut presque doom… et troque une bonne partie des vocals pour un extrait pré-enregistré de Stephen Cheney, traitant notamment du climat et de la sécurité… Des bons enjeux politiques actuels qui épousent à merveille le nihilisme ambiant que véhicule « The Horse and Sparrow Theory » tout au long de sa petite demi-heure. Ce septième album démontre que Victims n’a plus rien à prouver. Dommage, cependant, qu’il ne soit pas plus plaisant aux oreilles, en plus d’être partisan d’un message fort.

Fantaisie du genre du Label, ce nouvel album de Tungsten se montre pourtant bien plus ambivalent dans ses sonorités, offrant une musique aux composantes pratiquement bicéphales. Si le début de l’album se pose clairement comme une balade médiévale revisitée à la sauce power (avec bruits ambiants de ruisseau à la clé !), la seconde moitié s’inscrit beaucoup plus dans le power bien hardos, parfois véloce… tantôt épique, pour ne pas dire grandiose, quand les orgues daignent caresser nos oreilles. «The Fairies Dance» commence, ainsi , presque comme un conte, pour rapidement dégringoler en une marche militaire des plus brutale et survoltée. «It Ain’t Over» ne s’embarrasse même pas d’une intro douillette et propose directement une cavalcade de riffs violents qui ne nous quitte pas tout au long. «As I’m Falling» est du même acabit, tandis que la ligne de basse de «Sweet Vendetta» nous prépare à un nouvel assaut aussi puissant que mystique. Mais le groupe sait aussi s’amuser, notamment sur le titre «Impolite», révélant un comportement beaucoup moins… chevaleresque ! Rien à redire, Tungsten sait étirer les règles du power pour y apporter un twist fort sympa.

Trois ans après un album qui semblait signer l’apogée du groupe grec, le quatuor revient avec un album des plus féroces, à la fois impeccablement mixé et écrasant de vitalité. Rien n’est à jeter dans cette boîte de pralines maculée de sang et de haine, traitant autant de guerres, de mort, de sang… avec l’allégresse d’un monster truck bardé de piques. Le tout jonglant avec les rythmes et les sonorités sur chacun des neuf titres : un nombre certes mesuré, mais oh-combien bien choisi. Tout parait frais et unique. Un « Bloody Ground » bien long et tortueux, suivi immédiatement par un « D.I.V.A. » court et intense… Sans parler de « Roof of Rats » qui enchaîne les riffs telle une mitrailleuse ou « Order of Death », véritable ode au headbang par son rythme soutenu et sa batterie presque surhumaine. Le morceau le moins bon (et encore c’est par défaut) reste sans doute celui qui clôt l’album : une balade un peu mollassonne qui, bien que techniquement réussie, pâlit face au déluge proposé par les huit morceaux précédents. Y’a pas à dire, après des soucis de line-ups, la nouvelle bande à Nick Melissourgos fait des miracles. En espérant qu’ils nous apportent encore bien d’autres sulfureux joyaux à l’avenir.

Déjà un deuxième album pour Schattenmann, véritable petit laboratoire à idées. Cette polyvalence apporte une palette plutôt riche à l’ensemble, malgré des morceaux qui ne fonctionnent pas toujours (tels que « Schlag für Schlag », trop mou en comparaison au reste des titres). Néanmoins, on ne boudera pas son plaisir à l’écoute d’autres titres des plus réussis : « Kopf durch die Wand » est entrainant dès son intro très électro et le reste dans ses refrains, même constat pour « Wahrheit oder Pflicht ! » dont les chorus endiablés donneront envie de gueuler les paroles sans même les comprendre. Bien qu’un titre comme « Schwartz = Religion » soit suffisamment équivoque… On appréciera aussi les expérimentations entre les rythmes, les styles. Comme sur « F.U.C.K.Y.O.U. », très simple dans sa construction mais puissant et mémorable dans sa gestion de la rythmique. Même le morceau débutant l’album, « Schattenland », offre un véritable plaisir coupable tant il s’inscrit comme earworm. La musique de Schattenmann est un délicieux cocktail mêlant Gothic, NDH, Industriel et même un peu de nu-metal, du genre de celui qui sent bon la colère adolescente du début des années 2000.

Moins connus que leurs homologues américains, mais tout aussi prolifiques, les groupes de Thrash allemands restent une excellente pioche pour les amateurs de morceaux qui cognent. Et ça tombe très bien, puisque Repent (qui n’en est pas à ses premières armes) s’inscrit directement dans cette lignée. On retiendra principalement de cet album une violence et une technique allant crescendo. La première moitié est ainsi très modeste, très pure. Les riffs sont discrets et les bridges mesurés, laissant pleinement sa place à une ligne de basse et une batterie presque distillées pour briller sans fioriture. Ce n’est que dans la seconde moitié que le plein potentiel de Repent se révèle en une machine féroce et puissante, notamment sur le morceau « Scientific Ideals » qui lorgne clairement vers le bridge très mélodique aux riffs nous caressant les oreilles, comme une pause au milieu d’un océan de violence. « Wimpreaper » continue vers des riffs plus doux… contrastant avec des percus solides. Mais attention, simple ne veut pas dire simpliste... . Car même la première moitié de l’album castagne, comme sur « Hypocrite’s Tears » et son intro invitant au headbang bien douloureux. Simple et efficace !

 

La musique de Kaosis représente un amalgame assez sidérant de plusieurs styles très disparates et pas forcément très concordants de prime abord. Si des vocaux très nu metal se marient sans trop de peine à des sonorités plus indus, voire electro. Difficile de feindre la surprise en entendant du dubstep s'acoquiner à notre metal adoré. Le résultat est pourtant largement à la hauteur, et cette particularité parfaitement assumée se distille finalement avec assez bien de cachet. "Bullet Hole" rajoute même une dimension presque rap-rock, à la "Prophets of Rage" (ou RATM, pour les vétérans). Et que dire du bordélique et pourtant tellement jouissif "Zombie", véritable pétard nous hurlant à la gueule par ses riffs lourds, semblant traîner au sol, tandis que "Who's Your Daddy" tire à fond sur la corde du vulgaire, mais cela se veut si entraînant qu'on ne peut s’empêcher de gueuler le refrain. Le seul bémol réside dans la lassitude qui s'installe progressivement au cours de la seconde moitié de l'album : la recette s'essouffle et peine à se renouveler malgré une base très créative. Il n'empêche que Kaosis brillent par leur violence extrême et le savant (et fracassant) cocktail d'electro, d'horreur et de metal indus bien lourd.

Célébrant leurs 30 ans de carrière cette année, il n’est pas hasardeux de prétendre que le groupe ne s’est jamais vraiment aventuré hors de leur Allemagne natale. La faute à un genre qui s’y prête mal : la comédie et les blagues ne fonctionnent que si elles sont comprises finalement… On esquissera peut-être un sourire en entendant le titre éponyme, parodiant « Who let the Dogs out », ou « Weil’s Quatsch Ist », s’occupant de « Can’t Touch This ». Mais cela ne suffira sans doute pas à en faire un fleuron humoristique comme peuvent l’être Steel Panther ou Nanowar of Steel (y compris en italien !). Il reste l’instru donc : celle-ci s’amuse de nombreux styles, souvent pensés pour être des plus entrainants. Que ce soit du ska ou un simili-beatbox, aucun morceau ne ressemble à l’autre. Ironiquement, c’est peut-être la partie metal qui représente la plus grande part de faiblesse du quintet. Une rythmique assez pauvre et répétitive, des riffs sans panaches… Ce n’est clairement pas là-dessus que le groupe s’illustre, affichant plutôt une attitude « décontractée » (mais authentique) à leur musique. Et c’est peut-être là le plus important : s’amuser de manière décomplexée. Tant pis pour les non-germanophones.

Un artwork aussi criard que minimaliste cache une musique étonnamment complexe, devenue signature du groupe bordelais aux morceaux aussi longs que riches et cosmiques. Le trio ayant judicieusement choisi leur sobriquet, tant leurs sons oniriques semblent provenir d’un autre monde, extraterrestre et trippant. Déjà bien rodés par leur présence sur de nombreuses scènes de renom (festivals ou autres), ce quatrième opus offre huit tracks, ni plus, ni moins, comportant leur style caractéristique, toujours aussi hypnotique et ancré dans la science-fiction. «Crazy Heart» se veut presque mélancolique avec son rythme lancinant, nous prenant aux tripes dès ses premiers riffs. «Recast» fait aussi durer le plaisir au long de ses 7 minutes et ses riffs lourds et percutants. Mais la galette commence avec le même aplomb, par des accords lourds et puissants accompagnés de sons venus des abysses. Les vocaux restent au second plan, comme souvent dans le genre, et semblent sortis des grandes heures du rock psyché. Le bouquet final se veut plus mesuré, presque mélancolique avec «A Far Cry», tout en poésie. Un album conférant au rêve ; à écouter au casque et le plus relax possible…

Supergroupe fraichement formé et fort de leurs origines power/heavy, doublé d’une belle union entre Etats-Unis et Suède, qui vient nous apporter un album assez singulier. Bien sûr, les codes du genre sont respectés : des bridges incroyablement épiques, un chant clair puissant et une production léchée. La petite digression vient de l’écriture elle-même, préférant jouer sur les émotions et la sensibilité plutôt que les chants guerriers et les légendes scandinaves. Des titres telles que « Everyone’s a Star », « Time to Rise » ou encore « The Rythme of Life » traduisent impeccablement cette volonté d’apporter plus de bienveillance et de sentiments à un genre souvent gentiment moqué pour ses récits mythologiques et éculés. Mais la technique n’est bien sûr pas en reste : comme dit au-dessus, chaque morceau est accompagné de son bridge, parfois bien long et riche en riffs tonitruants. « Siren’s Fall », « Higher » ou « Follow Me » sont autant d’excellents exemples du savoir-faire des zickos de NORTHTALE. Si le tout ne rend pas l’album indispensable, encore moins novateur, ce sont les petites touches perso apportées par des pontes du milieu qui renforce un album de très bonne facture.