Ale

Ale

Après un premier EP déjà fort prometteur, nos voisins de chez Anger Machine en imposent grave pour leur première production (sans label de surcroît !). On aime la démarche expérimentale ne virant jamais à l’outrance, tant les morceaux s’enchaînent avec facilité tout en proposant à chaque fois ce petit quelque chose d’innovant. « Loss of Solace » est ainsi plutôt lent pour un morceau thrash, mais sa lourdeur, sa brutalité lui donne des airs de PanterA (« 5 minutes Alone » ou « Drag the Waters » en tête). L’intro de « Created to Corrupt » sonne presque comme un morceau de chiptune sortant d’une cartouche NES piratée, tandis que le titre « Bittersweet » clôture l’album en mode Power ! Mais loin d’être un assemblage grossier, l’album s’affirme pleinement comme porteur d’un Thrash colérique et injecté de sang, que ce soit par des bridges à la cadence folle, ou par un chant presque exclusivement growl qui rajoute encore de la rage à cette claque dans la gueule. « Conquer All » ainsi que le morceau éponyme tombent tels une pluie de graviers pour nous vriller les tympans. Seul bémol : un final peut-être un brin expéditif, laissant un goût d’inachevé… Un groupe à suivre de très près.

Avec une carrière aussi longue que prolifique, malgré quelques ratés parmi les derniers nés, les sonorités de Destruction se veulent toujours à la hauteur de leur sobriquet avec un seizième (!) album mieux calibré, plus classique mais aussi plus axé sur les riffs… Véritable pièce de résistance de la musique du groupe. Cette avalanche de riffs costauds brille constamment sur chacun des dix titres que contient l’album, mais la folle batterie n’est pas en reste, surtout sur des morceaux aussi résolument empreint de l’ADN du Thrash que « Filthy Wealth » ou « Tyrants of the Netherworld ». Clairement, les vocals tirent à balles réelles ! On saluera aussi des mid-tempos peu nombreux, et finalement bien amenés comme sur « Butchered for Life » (presque sept minutes quand même !) On y ajoute quelques refrains simples et bien hargneux, accompagnés de bridges mélodieux mais péchus par la force des riffs et on se retrouve avec des morceaux diaboliquement entrainants. Alors certes, nous sommes loin de leur jeunesse dorée des 80s et la grande époque du Thrash dans son ensemble… Mais il en reste un honnête album produit par des vétérans de la scène presque aussi vieux que le big four lui-même.

Ceux qui pariaient sur un énième groupe de black/death venu de Norvège (surtout avec un nom pareil), se sont bien plantés. C’est en effet un curieux mélange de rock bien costaud, de rythmes effrénés et même, de relents psychédéliques bien sentis. Le rapprochement le plus évident sera peut-être à trouver chez Queens of the Stone Age, bien que leurs thèmes de prédilection demeurent plutôt éloignés. Le gimmick de New Death Cult se portant plutôt vers le spatial, le cryptique et ce qui nous dépasse… . Même les pseudos de chacun des membres sont peu équivoques ! Le single «Zeitgest» est un beau condensé de leur style : à la fois marquant par sa force et envoûtant par son refrain et ses chorus. Mais le coup de cœur revient à «Moon» qui bénéficie d’une intro aussi épique qu’hypnotique, presque «orientale»… . Aidé par un refrain lancinant et un bouquet final injectant une bonne dose d’adrénaline. On regrettera, peut-être, un petit manque de «folie» avec un tel florilège d’inspirations et d’idées : leur univers mériterait, sans doute, de s’affranchir des canevas maintes fois explorés , pour véritablement aller «au-delà». Mais ce premier opus reste, tout au long, fort sympathique !

17.10.19 06:21

3TEETH - "Metawar"

Il y a des artistes dont l’univers est si riche et intriguant, visuellement et symboliquement, qu’il capte l’attention par sa singularité. 3TEETH, malgré son jeune âge, en fait partie et nous propulse directement dans ses thèmes industriels… pratiquement robotiques et numériques en vérité. Sous ce couvert dystopico-cyberpunk (les qualificatifs ne manquent pas !), le groupe propose tantôt des morceaux d’un impact écrasant aux vocals distordues tel que sur « Altaer » ou un cri de guerre mémorable sur « Sell your face », tandis que « Bornless » rappellera les meilleures heures de l’indus américain des années 90. Les champs lexicaux de la débauche, de la désolation, de la désolation forment également leurs principaux fers de lance… décidément pas une once de lumière pour nos chastes oreilles. On n’ira pas jusqu’à parler de revendications rageuses, mais il y a un petit spleen chaotique qui se dessine tout au long de l’album… qui s’achève par une cover de « Pumped Up Kicks », dont le thème central épouse merveilleusement le style de 3TEETH. Déjà prolifique et savamment réfléchi, le projet du groupe s’affirme comme renouveau de l’indus… Et pourquoi pas, sa nouvelle direction : plus futuriste.

Il serait hasardeux de classifier la musique de Dialith dans une petite case réductrice, tant leur travail est riche en sonorités s’imbriquant parfaitement ensemble. Une pincée de gothique, une poignée de power et beaucoup de metal symphonique, pour donner onze morceaux grandioses aux proportions épiques. De l’intro au bouquet final, en passant par l’artwork de l’album, tout semble être une main tendue par le jeune groupe pour nous faire plonger dans leur univers. « Libra » nous donne l’impression de pénétrer dans une salle de bal digne d’un jeu d’heroic fantasy. « Where Fire Dwells » propose une intro du tonnerre où chaque instrument se met, un par un, à briller. Tandis que « The Sound of Your Voice » offre six minutes d’une intensité rare, faisant pleuvoir les riffs dans tous les sens et alternant rythme lourd et martial, tempo endiablé, avec une mélodie inspirante et angélique. Ce morceau est si complet et varié qu’il donne véritablement l’impression de vivre une aventure. Et tout ça sur le premier tiers de l’album ! La douce et mélodieuse voix de Krista Sion n’étant certainement pas étrangère à cette appréciation globale. Gageons que ce premier album représente les prémices de quelque chose de grandiose.

Bien décidés à faire varier les plaisirs, Anticosm nous délivre un cocktail détonnant entre deux genres. Au menu : chant guttural, riffs furieux et envolées cosmiques. Que ce soit un « Behold the Venom Crystals » , dont le niveau de riff/minute est totalement stratosphérique au moment du bridge,ou un « Fall Asleep » nous poussant dans nos derniers retranchements par sa rythmique fluctuante et ses cordes semblant se propager dans un écho infini tout du long de ses 5:28 minutes d’extase ! Parce que, oui, la grande majorité des titres de la galette sont d’une longueur généreuse nous laissant pleinement nous imprégner de toute la maestria déployée par le groupe. Ainsi, le titre éponyme prend tout naturellement son temps pour afficher ses meilleures armes :il débute, en toute simplicité, par quelques accords de mandoline , avant de nous cracher sa rage au visage au quart du morceau (qui survient après une minute trente quand même !).  Cette puissance monstre ne nous quitte plus ensuite… . Au contraire, elle s’emballe et s’accentue jusqu’à atteindre son apogée, lors du dernier tiers, tirant judicieusement en longueur. Péché de gourmandise par excellence, ce troisième opus nous a  amplement satisfait !

 

Résolument retro, cette ressortie du dernier album de Death SS est une occasion nouvelle de découvrir le dernier-né d’un artiste de l’ombre, malgré une carrière aussi longue que prolifique (il pré-date tout de même Maiden, Mercyful Fate… et même King Diamond dans son registre occulte et shock). Touche-à-tout, s’illustrant dans plusieurs genres, c’est le vers, le bon vieux heavy, que « Rock’n’Roll Armageddon » lorgne. Enchaînant les hymnes théâtraux tonitruants , les  fulgurances à la guitare, chaque titre se dote de sa propre ambiance… de sa propre histoire. Tel un maître de cérémonie, Steve Sylvester insuffle sa vision dans chacune des pistes de l’album, que ce soit « Witches’ Dance » et son atmosphère lugubre sortant tout droit d’un film d’horreur, ou « The Glory of the Hawk » s’apparentant presque à une bande-son de western spaghetti. Loin de se limiter au lyrique, des titres plus pêchus, comme « Zombie Massacre » ou « Hellish Knights », viennent s’acoquiner à l’ensemble pour proposer un peu d’adrénaline à cette foire au monstre. Œuvre géniale d’un maître-architecte créant dans un silence déconcertant, depuis bientôt 40 ans, gemme mésestimée d’un genre éculé, cet armageddon mérite le détour !

Des coups sourds, des murmures… . Voici comment débute «Genesis Vol.666», leur premier album. Cette atmosphère inquiétante est de bien courte durée, car, sitôt les 26 secondes de l’intro dépassées, nous sommes accueillis de plein fouet par une avalanche de percussions lorgnant vers le thrash bien vénéré. Ce n’est qu’à partir du refrain, que l’industriel se manifeste, donnant un cachet très mélodique et presque symphonique à l’ensemble. Le tout, accompagné de vocaux tantôt éraillés, tantôt gutturaux… . Et on est qu’au premier morceau ! Si le reste de l’album s’en tient à cette recette (et de facto : surprend moins), il reste impeccablement calibré et maîtrisé. Puissant, rythmé, n’abusant pas des sonorités excentriques offertes par ce style, préférant, au contraire, leur donner plus d’impact en les sublimant… . Chaque titre déploie ses armes judicieusement pour nous offrir une belle palette d’émotions et de rythmes au sein même du morceau. «Annihilation of the World of Spirits» semble tout droit sorti d’un film d’horreur des années 90, tandis que «Neon Antichrist» semble sorti de Doom II avec ses sonorités violentes, presque «arcades» . Un album bourré de bonnes idées, très complet et jouissif.