Ale

Ale

Dans la famille des styles improbables, optons cette fois pour l’adventure rock. De quoi découvrir des terres inexplorées du monde de la musique ? Nous n’irons pas jusque-là, mais il faut avouer que les vocals d’Alexanderson ont un petit côté troubadour, presque médiéval, qui rajoute un cachet particulier à la musique rétro et colorée du groupe. On se croirait presque sur du Rainbow croisé à du Blue Light Orchestra ! « Tear of a Traitor » en est sûrement l’exemple le plus parlant. Peut-être plus classique, mais tout aussi agréable : la douceur d’un « Carry On », véritable invitation à un road trip nocturne. Et les trois derniers titres aux noms poétiques, « Labyrinth of Distant Echoes », « Blinded by the Emerald Mist » et « Fading Hero » prennent des airs d’épopée tant par leur durée que leurs sonorités : la première est plus tranquille, on est loin d’une montée progressive en intensité et force. Ici, tout est calme sans jamais être mou ou ennuyeux. La seconde plus péchue, s’emballant au milieu pour se calmer selon une trajectoire « en cloche ». Finalement, ils ne l’ont peut-être pas volé leur classification dans le genre du rock aventureux… On a l’impression d’avoir vécu un sacré trip avec le groupe en clôturant l’album. Nul doute qu’un soupçon de « space rock » n’y soit pas étranger non plus, surtout sur le titre qui clôt l’album ( « Fading Hero » donc). Dans le domaine du rock et ses dérivés, la nostalgie est omniprésente. Mais certains genres sont moins exploités que d’autres. De quoi savourer encore un peu plus ce nouvel album des suédois !

Si la setlist de ce concert n'est pas la plus originale, on ne prétendra pas non plus en être surpris. Tant parce que cela fait bien longtemps que BÖC n'a plus sorti de nouveaux titres que parce qu’ils sont toujours aussi diablement efficaces plusieurs décennies après leur sortie. On appréciera ainsi cette version ultra-longue de "Godzilla" de plus de douze minutes ! Mais aussi d’autres aussi bons que puissants : « Buck's Boogie », « Burnin' For You » ou encore « Harvester Of Eyes » font partie de ces titres que l'on n'a de cesse de redécouvrir. Que dire aussi de "Black Blade", morceau tout aussi geek que Godzilla mais bénéficiant d'une aura bien moindre alors qu'il a tout du "crowd pleaser" ? Les morceaux du groupe ont toujours brillé davantage par leurs instrus que par leurs vocals souvent plus minimalistes, mais ces dernières rajoutent toujours un cachet particulier c'est clairement le cas sur cette chanson. La joie de n'avoir pratiquement QUE de la musique, donc avec très peu d'intervention du groupe entre chaque morceau, est vraiment plaisant. Tant pis pour ceux qui voulaient entendre quelques anecdotes... Le groupe donne tout ce qu'il a sans fioritures, et c'est bien pour ça qu'on est là ! Si on pourra reprocher au groupe de ne sortir que des productions sans réelles surprises ces dernières années, on se réconfortera en disant que presque aucun titre n'a pris de coup de vieux. C'est toujours aussi jouissif d'entendre Cities On Flame With Rock And Roll ou Me262. Même si on trouvera toujours LE titre qui manque... Pour nous, ce sera "Astronomy" cette fois-ci.

Et une énième ressortie pour ce désormais bien culte "classic" ! En ce sens, difficile de feindre la surprise : la tracklist est le même concentré de gourmandise que l'on attend d'un groupe mythique comme BÖC. On a « Don't Fear The Reaper » (évidemment), « Godzilla » (peut-être dans la meilleure version jamais sortie), « Burning for You » (qu'on a du mal à écouter sans penser à un certain groupe suédois...), et quelques morceaux tout aussi excellents peut-être un brin moins connu : « Harvester Of Eyes », « Astronomy » ou « M.E. 262 ». Non finalement, outre le manque de nouveautés, ce qui est préjudiciable à l'album c'est peut-être d'avoir gardé en l'état les deux curieux "TV mix" en queue de peloton. S'ils permettent de pleinement apprécier l'instrumental des deux titres, on se rend bien compte de l'importance capitale des vocals dans la genèse des titres Godzilla et Don't Fear The Reaper. Ce n'est tout simplement pas pareil sans. Que dire de plus ? Il s'agit des meilleurs titres d'un des meilleurs groupes de hard rock, vieux de plus de cinquante ans. Les fans absolus n'y verront aucun intérêt. Les non-initiés y trouveront l'essentiel d'un groupe n'ayant plus rien à prouver. GO-GO-GODZILLA !

“Hellyeah” ! Voilà ce qu’on a envie de lâcher en découvrant le nouvel album du supergroupe. Alors qu’arriver au sixième album pour ce genre de formation est déjà plutôt surprenant, voir cet album sortir malgré l’immense et tragique perte que représente le décès de Vinnie Paul force le respect.  Et avec une telle qualité, ça paraitrait presque insolent... Si cela n’en faisait pas l’hommage ultime. C’est que Hellyeah s’est grandement bonifié avec les années, et que les cloisonner au seul genre du Heavy serait infiniment réducteur. Injectant une bonne dose de groove, avec quelques pincées de thrash ou de nu par-ci, par-là, il y a une richesse bienvenue dans les quelque dix morceaux proposés : c’est sage, mais intense. L’album démarre en furie, avec le single “333” : il illustre parfaitement ce mix heavy et groovy... avec une bonne grosse patate bien agressive. “At Wick’s End” illustre mieux ce côté nu-metal tout droit sorti de la charnière 90s-2000s... Lourd, impactant avec une voix tantôt éraillée, tantôt plus mélodique (lors du refrain). Idem pour “Boy”, en plus enragé encore. On dirait presque du rap-rock !  Que dire de “Perfect”, pour le coup hyper dansant, donnant envie de sauter partout tant par son bridge aux riffs des plus délicieux que par son chorus simple et efficace. Même le morceau de clôture, à défaut d’être original (une balade acoustique), est plutôt joli et apporte une accalmie sympathique à un album qui nous hurle au visage pendant la demi-heure qui précède. Malgré un début de carrière plutôt décevant qui aura sans doute refroidi les fans les plus assidus, ce nouvel opus (et le précédent) démontre que Hellyeah mérite à être réhabilité. À voir si l’aventure continuera sans Vinnie, et s’ils pourront reproduire ce coup de maître sans ses talents...

En voilà un nom d’album pas du tout à rallonge ! Blague à part, la Suède nous prouve une fois encore qu’elle dispose de nombreux atouts pour séduire le mélomane, et ce dans tous les genres. On a ici droit à du bon rock à l’ancienne, dans le registre pêchu et hyper-catchy qui fait de chaque morceau une dose de puissance absolument jouissive. Pour un premier album, c’est déjà très peaufiné, très efficace. Le genre de morceaux qui accompagnent un road trip, ou qu’on apprécie en savourant un burger en chemise à carreaux… Même la voix d’Erik Linder semble tout droit sortie d’un jukebox ! Tandis que la gratte de ce dernier, adjointe à celle de Kristian Rigo groove sévère et propose de jolies prouesses tant mélodiques que simplement classes et énergiques. Parce que c’est surtout ça : leur musique est COOL. Même leur logo l’est, même leur dégaine… Et leurs prestations lives semblent l’être tout autant. Et ça se ressent parfaitement sur des titres comme « Rock’n’Roll Degenerate », « The Tourist » ou encore « Dog on a Leash » (dont l’intro vous rappellera peut-être quelque chose…). On regrettera peut-être, et c’est le plus dommage que les morceaux restent somme toute assez similaires, fonctionnant sur un même schéma. Ils sont tous très sympathiques, mais pas vraiment uniques… Rendant difficile la sélection d’un ou deux morceaux vraiment excellents. Mais on ne boudera pas son plaisir : certes, il s’agit là d’un énième groupe voulant faire du neuf avec du vieux, mais leur fougue est tellement communicative qu’on est tout simplement happé pendant tout l’album et sa patate. L’album se clôt d’ailleurs par « Frenetic Magnetic », l’un des premiers singles du groupe, au bridge délicieux qui clôt en beauté un album qui ne s’arrête jamais. Et avec un nouvel LP déjà prévu pour février 2020, on attend le quatuor au tournant !

S’il serait très tentant de gonfler la note du groupe pour la simple audace de faire du punk rock à l’ancienne à une époque où le côté pop, plus commercial, est venu se greffer dans la musique des anciens porteurs d’iroquoises, on ne sera guère étonné de retrouver des vétérans de Mucky Pup ou Murphy’s Law derrière ce premier EP. Pourtant, il est difficile de ne pas s’avouer quelque peu déçu par cette première offrande affublée du nom « Kings Never Die ». Si les quatre morceaux se suivent et ne se ressemblent pas, on pourrait même être désarçonné par ce manque de liant entre les titres qui composent la galette. « Before my Time » s’inscrit dans un style plutôt Thrash, manquant un peu de peps, mais clairement pas d’impact et de force. « Never Know What You Might Find » est certainement leur meilleur titre, puisque rajoutant cette hargne, cette adrénaline manquant au morceau précédent. « Raise A Glass », donnant son titre à l’EP, est un curieux patchwork entre un titre punk rock et une chanson à boire, qui s’intensifie progressivement. Dommage cependant que le refrain fasse totalement retomber le soufflé… Gageons que les mêmes vocals, chantées plus vite auraient donné un résultat nettement plus appréciable. Enfin, « The Juice » combine les qualités et les défauts des deux titres précédents : à la fois costaud et explosif, il devient par moment mollasson et sans reliefs. Il suffit de voir ces deux derniers tiers, pratiquement dénués de paroles : c’est long…très long. Difficile donc, de pleinement recommander cette première prod des Kings qui est tout juste sympathique, mais très rapidement oubliée.

Si la longue histoire du rock et du metal nous a prouvé que faire de la musique en famille, c’est fantastique, il est cependant toujours délicat de juger des morceaux chantés dans une langue que l’on ne comprend pas. Il reste les instrus donc, et ça tombe bien : ce live de Madsen se montre plutôt généreux avec ses vingt-deux titres (sans l’intro). Si le sentiment général vis-à-vis de l’album donne envie de les ranger dans la vaste famille des groupes rock jeunes, dynamiques et un peu pop ayant pullulé depuis le début des années 2000, ce serait se montrer bien snob et réfractaire à ce côté justement très pêchu et communicatif de la musique de ces mêmes groupes. Madsen n’est pas en reste : ils jouent avec leur public et le font très bien. Chaque titre transpire le peps et l’énergie : « Lass die Musik an » et son refrain aussi simple à retenir qu’efficace, le côté plus heavy de « Rückenwind » ou encore le côté lancinant de « Kompass », on peut reprocher aux frères Madsen un chant peut-être moins agréable pour les non-germanophones, mais clairement pas leur versatilité au niveau de leur répertoire. Que dire encore de « Goodbye Logik », avec sa longue intro instrumentale ? Ou « Nachtbaden », encore et toujours d’une patate exemplaire ? On ne peut pas dire que Madsen réinvente le rock, ou qu’il en a la prétention. Mais ce qu’il fait, il le fait bien. Et si cet album live n’apportera sans doute pas énormément à ceux ayant déjà entendu « Lichtjahre », le simple fait d’avoir le groupe au plus près de leur public, qui galvanise avec force des artistes toujours aussi fougueux quinze ans après leurs débuts, rend l’album très appréciable.

21.01.20 17:41

CB3 - "Aeons"

Cinq titres pour un LP, c’est dans la norme. Mais quand on parle de rock psyché, on se doute qu’on va avoir de la matière à se mettre sous la dent malgré tout… Et pas qu’à cause de la longueur des morceaux ! Si les vocals sont généralement en retrait dans le genre, le trio de Malmö choisit carrément de les occulter. Pour mieux se focaliser sur la musique ? On peut en tout cas le croire ! Le cosmique et onirique « Zodiac » parait court et intense pour du psyché, mais donne déjà le ton de la claque à venir, notamment par ses cordes hypergraves qui offrent un sacré impact ! Les deux titres suivants, « Sonic Blaze » et « Acid Haze » forment véritablement l’épine dorsale du LP : le premier offre un travail hallucinant sur les percus et donne une atmosphère qui groove tout en ayant beaucoup de corps et de versatilité. Le second commence de manière très cinématographique, voire guerrière. Il est beaucoup plus lent, mais beaucoup plus dense aussi : les riffs déchirant le lointain jusqu’à s’emballer au milieu du morceau et enfin revenir à une cadence plus musclée, plus rythmée. Les riffs stridents laissant leur place à des accords plus rapides et graves. Avec un peu plus de neuf minutes, ce titre est d’une versatilité exemplaire. Les deux titres suivants sont également très bons, mais moins mémorables que ces deux joyaux incroyables. Rappelant quelques titres de Death in Vegas par moment, Pink Floyd évidemment, mais clairement dans leur propre niche, on ne saurait que trop recommandé l’écoute de cette petite bombe suédoise !

L’histoire est commune : un groupe des 80s ayant subi plusieurs changements de line-up, ayant perdu son éclat sur leurs dernières productions et pourtant toujours là, à carburer pour sortir des nouveaux sons bien loin de leur âge d’or. On saluera d’ailleurs Peavy, seul membre d’origine du trio. Concernant l’album lui-même… Il est somme toute assez convenu, sans fulgurance, mais tout à fait sympathique. Les thèmes de prédilection du groupe, tantôt lorgnant faire la fiction, tantôt s’attachant à des thématiques plus humaines, sont bien retranscrits. Le premier s’illustrant magnifiquement sur le titre « Chasing the Twilight Zone », samplant le fameux générique de la toute aussi célèbre série de Rod Serling. Certainement l’un des meilleurs morceaux de l’album tant par sa puissance que pour l’incorporation astucieuse du sample. La deuxième thématique s’illustre davantage sur « Shine a Light », « HTTS 2.0 » ou « Don’t Let Me Down ». Malheureusement, si musicalement on ne peut rien reprocher à ces titres, les paroles, elles, sont plutôt plates… Voire un peu niaises. On reprochera aussi un milieu d’album traînant en longueur : rien de mal à caser une balade ou deux, mais celles-ci semblent presque prises en sandwich entre le début et la fin, bien plus musclées. Il aurait peut-être été préférable de les mettre en clôture d’album que de les entasser ainsi en son centre. Il n’empêche que si l’album manque de relief, tant dans le genre que dans la discographie du groupe, il n’a rien de foncièrement mauvais et saura satisfaire le fan de heavy n’ayant rien à se mettre sous la dent.

Pour les non-initiés fans d’Alestorm, la musique de l’équipage (ce n’est pas rien de le dire… plus de trente membres !) de Ye Banished Privateers est beaucoup moins dans le délire de la boisson et du gros metal et beaucoup plus dans les chansons de galérien, inspirées bien souvent de faits historiques revisités. Et la formule demeure inchangée pour ce quatrième album, traitant de thèmes lourds de la vie de marin avec des sonorités folk plus « traditionnelles » que leurs comparses. Que dire de l’entrainant, mémorable et magnifique « Hush Now My Child », l’un des morceaux forts de l’album ? Que dire de « Flintlock », plus posé, mais véritable conte en plein milieu de l’album ? Ou encore « Elephant’s Dance », gigue plus stéréotypique de récit de pirate, mais diablement efficace. La variation dans les vocals, tantôt masculines, tantôt féminines… Tantôt mixte, tantôt chœurs ! Avec un tel line-up, autant mettre à profit l’ensemble des talents à disposition. On saluera aussi le travail réalisé sur l’ambiance, l’atmosphère de l’album. Bruits de vagues et de mouettes à profusion, c’est peut-être convenu, mais ça marche. Et c’est peut-être le meilleur résumé de ce nouvel album : oui, c’est des chants de pirate comme on les imagine, comme le veulent les clichés. Mais quand c’est aussi bien fait, on ne va tout de même pas cracher dessus. Et après tout… Vous connaissez beaucoup de groupes récents opérants dans ce style si singulier ? Un album à écouter et à chanter, en sirotant un bon rhum brun !

Se lancer dans le heavy à l’heure actuelle est soit un pari un peu fou, soit le projet de vrais passionnés. On serait bien tenté de prétendre que Turbokill fait les deux ! Il serait sans doute illusoire de chercher encore de la nouveauté dans un genre si surchargé, et le groupe ne s’en encombre pas (y compris jusque dans le line-up classique : une guitare rythmique et des vocals indépendante du lead guitariste !). Et ce n’est pas plus mal : l’album se révèle aussi fun que sympa, ne dérogeant certes pas aux codes, mais les appliquant avec justesse, précision et talent. Le titre éponyme donne une patate monstre, tant par sa rapidité et un refrain honteusement entraînant. Le morceau suivant, « War Thunder » est encore plus véloce et décape par l’adrénaline pure proposée tout du long de ses quatre minutes. « Pulse of the Swarm » se veut plus lourd et cru, presque groovy dans les guitares… et clairement martial pour la batterie ! La grande force (et principal plaisir) de la musique de Turbokill c’est justement de puiser dans toutes les caractéristiques du genre pour nous livrer une sorte de « best-of » de tout ce qui s’est fait de mieux. En cette période d’amour inconditionnel pour les 80s, c’est de rigueur ! Et quand on entend « Turbokill » (le morceau !), semblant tout droit sortir du dernier album de Judas Priest, on se dit que c’est de toute façon un genre condamné à répéter son âge d’or… Pour le meilleur comme pour le pire ! En tout cas, pour un premier album, Turbokill s’en sort impeccablement. À voir s’ils vont poursuivre la route de l’hommage assumé ou creuser leur propre style. Quoiqu’il en soit, le produit fini demeure fort sympathique et atteste de tout l’amour du quintette pour ce genre, épique et mélodieux comme il se doit.

Un nom de groupe énigmatique sortant un album-concept au nom limpide. Un quatuor venu d’Italie qui nous délivre pour ce second opus un concentré de post-punk, de hardcore et une bonne dose de screamo… Tout un programme donc, et un bon melting pot comme on apprécierait en voir davantage. Focalisés sur « la futilité de l’existence » (selon les dires du groupe et comme le nom de l’EP le laisse présager), les titres sont au moins aussi équivoques : « Void and Pain », « Faded Colors » … Aucun doute : les thèmes abordés seront plutôt mélancoliques et sombres. Mais c’est parfaitement contrebalancé par la voix de Davide Giaccaria : à la fois juvénile et surprenamment puissante. Ce contraste est d’autant plus réussi que les instrus n’hésitent pas à balancer de la distorsion ou une batterie aussi soutenue que marquée. Notamment sur la fantastique intro de « Counterpoison » (qu’on aurait presque voulu plus longue… mais serait-ce bien raisonnable ?). Autre prouesse instrumentale sur le bridge de Mountains : précédé par un (trop court !) solo de batterie totalement fou de Marco Mei, il nous délivre ensuite une salve de gros riffs qui collent au corps, rapidement rejoint par les vocals hargneux de Davide. Si on a souvent du hardcore une image testostéronée et violente, la musique de JX Arket est plus fragile, plus sensible. Cela ne plaira pas forcément aux afficionados les plus brutasses, mais comme entrée en matière ou simple praline tragique, le jeune groupe fait très bien le taf. Hâte d’en découvrir davantage ! 

Comment dire qu’avec un tel pedigree pour chacun des membres du groupe, sortir un tel album laisse forcément un petit goût amer dans les oreilles. Passons outre la pochette (qui on l’espère, est emprunte d’autodérision) et concentrons-nous sur le nœud du problème : l’album est creux, l’album est plat, l’album n’a rien de spécial. Que les thèmes abordés choisissent de cracher sur la religion et la guerre ne pose aucun souci : cela relève pratiquement du folklore thrash, au même titre que les riffs agressifs ou l’abus de la double grosse caisse. Non ce qui pose problème, c’est d’avoir un tel bagage et de proposer des morceaux si insipides. Jamais à jeter, mais jamais vraiment bon non plus, les morceaux défilent sans que l’on ait vraiment envie d’y retourner. On headbang mollement sur des compositions assez peu inspirées, parfois sauvées par des textes incisifs qui n’hésitent pas à donner des coups là où ça fait mal (notamment « Blackend Cloth », critique acerbe de la pédophilie dans l’Église). En revanche, certains morceaux nous plongent vraiment dans l’incompréhension. Pourquoi « Angels and Demons » se pose comme une balade à la limite du Glam par exemple ? « 18 oz of Chrome » en revanche, est franchement pas mal et propose quelques bonnes idées… Mais il est beaucoup trop long, et finit par devenir répétitif au fil de ses sept minutes. Les morceaux de plus de trois minutes réussissent rarement au Thrash pur, et Wreck-Defy en fait les frais. S’il s’agissait du premier album un peu bancal de jeunes zickos, le bilan serait plus clément. Mais avec Greg Christian à la basse et Alex Marquez à la batterie, le jugement mérite plus de sévérité. Même pas digne d’être une curiosité, on ne garde qu’un album fade.

La production de Sodom de ces dix dernières années est aussi prolifique qu’inégale. Il s’agit en effet déjà de leur deuxième EP cette année. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils se montrent plutôt avares sur cette nouvelle galette, avec seulement cinq titres dont seulement trois inédits. S’il est toujours plaisant de réécouter Agent Orange et sa critique aussi fracassante que pertinente de la guerre du Viet Nam, cela reste un titre vieux de trente ans… De même, si la version live de « Bombenhagel » n’enlève rien à son refrain tonitruant, les fans du Big Four allemand connaissent le morceau par cœur. Les morceaux restants ne sont pas foncièrement mauvais, mais ils n’ont que très peu d’éclat en comparaison des deux autres. On ne peut pas souhaiter ravoir un « Ausgebombt » et en même temps cracher sur la nouveauté, mais force est de constater que le reste ne suit pas. Certes le titre éponyme propose une descente de riffs sympathique, mais trop vite expédiée. « On your Knees » propose un bridge maous, précédé par un passage en mid-tempo freinant totalement nos ardeurs. Pas évident d’enchaîner deux morceaux de plus de cinq minutes à un rythme effréné, mais on aurait apprécié qu’il soit mieux amené. Seul « Genesis 19 » sauve vraiment la mise, avec son intro qui commence merveilleusement, avec des sirènes, des riffs bien lourds s’enchaînant sur un combo percu/cordes sous adrénaline. Si lui aussi se voit pollué par un interlude mid-tempo dispensable, la première moitié du morceau résume tellement l’essence sauvage du quatuor (dont seuls Tom Angelripper et Frank Blackfire peuvent se targuer d’avoir connu leur âge d’or). Ni vraiment destiné aux fans, ni suffisamment riche que pour faire découvrir Sodom à la jeune génération, cet EP est malheureusement très dispensable.

Premier EP des thrasheux de Municipal Waste depuis la prolifique année 2012 (qui aura vu naître deux EP ainsi qu’un album), autant ne pas tergiverser : on reste clairement sur sa faim face aux dix petites minutes de la galette. D’autant plus que chaque morceau est… très bon ! Le magnum opus de l’album se trouvant certainement dans le titre éponyme : des lignes de basse hyper lourdes et répétitives, accompagnées de percussions simples et efficaces et on se tape un morceau tabassant tout sur son passage dans un océan de violence brute et sans finesse. « Wave of Death » sert de très bon apéritif également, avec ses riffs très mélodieux s’extirpant de cette basse (encore elle !), clairement bien décidée à clamer haut et fort son existence. Tandis que si « Rum for Your Life » ne vous décroche pas un sourire à la simple lecture de son titre, nul doute que sa frénésie sortie tout droit de l’esprit d’un ado colérique saura vous donner l’envie de sauter partout. Si vous espériez un peu d’accalmies sur « Car Nivore », comment vous dire qu’il s’agit peut-être du morceau le plus foutraque ? Avec une batterie, jusqu’ici « sage » qui se déchaîne d’un coup complètement ? Alors ce n’est pas très long… Mais que c’est bon !

Huitième opus du quatuor, sortant bien après la vague metalcore et screamo qui a traversé tout le début des années 2000, il permet de prouver aux quelques réfractaires qu’il y a toujours matière à travailler même à l’aube des années 2020. Mélodique et brutale, à l’image de la voix tortueuse et râpeuse de Cory Brandan, la musique de Norma Jean se veut aussi fluctuante que délicieusement agressive. Peut-être faut-il imputer ces changements multiples au line-up lui-même très mutagène du groupe… Qu’importe, si cela peut offrir à nos écoutilles une salve originale tous les trois ans en moyenne. Car c’est aussi un sacré atout du groupe : sa capacité à brasser les sous-genres avec une certaine maestria. Que ce soit le hardcore, le prog ou le noise, rien ne paraît greffé : tout s’imbrique très bien. Même les interludes valent le détour… Si ce n’est pour leur atmosphère lourde, pesante… pratiquement effrayante même ! Ou encore le morceau qui clôt l’album : « The Mirror and the Second Veil ». Une simple guitare acoustique, sans rien derrière, pour clore non sans amertume une galette très fournie. Clairement, il y aura à boire et à manger sur cet album. Les thèmes abordés sont tranchants, sombres et riches… à l’image de leur musique en vérité. Si on ne peut pas leur retenir un caractère unique les rendant un peu à part (on aimera ou pas), on regrettera presque cette surabondance… Qui ne manque que d’un soupçon de raffinement pour décrocher un score parfait. Mais on chipote…

Prétendre que la musique de Coilguns est un véritable chaos jubilatoire pourrait paraître péjoratif ou réducteur, mais il faut bien admettre que ça résume plutôt bien un style très difficile à résumer (justement…). Jouant sur les rythmes et les sonorités, au goût prononcé pour l’expérimentation, les Suisses nous livrent une suite foutraque au déjà bien distordu « Millenials », sorti dix-huit mois avant. C’est aussi cet aspect désorganisé, mais pourtant très calibré et très agressif qui confère toute son aura à cet album. Que ce soit les percussions endiablées, presque jazzy, du titre éponyme (fallait bien être Suisse ou s’appeler Coldplay pour parler d’horlogerie dans une chanson !). Ou encore la cacophonie punk à souhait de « Big Writer’s Block ». Et que dire du mécanique et presque prog « The Growing Block View » ? Et si on veut un peu de rab’ niveau versatilité, on a aussi le plus lent « Prioress » qui fait durer le plaisir jusqu’à l’explosion au milieu du morceau, venant caresser nos oreilles et agissant presque comme un épilogue… en plein milieu de l’album ! « A mirror bias » et ses cordes très douces agit de manière similaire, comme une pause bienvenue au milieu du fracas que contient l’album. Pour ce qui est des vocals, on oscille entre du scream bien hardcore appuyant à merveille les instrus comme sur « Broken Records », et un chant plus rap-metal. Watchwinders est donc un album assez singulier et pas facile d’accès, mais qui ravira les fans de sono moins lisse, propre et codifiée.

Que dire de cet album, si ce n’est qu’il est presque parfait ? Et pour un groupe qui en est qu’à son deuxième album (en deux ans !) et qui joue dans la cour d’un genre maintes fois essoré, ce n’est clairement pas rien ! Il serait par ailleurs difficile de nommer les meilleurs morceaux, tant chacun d’entre eux est d’une efficacité incroyable, proposant à la fois des vocals à la force juvénile impressionnante et des instrus d’une lourdeur beaucoup trop rare. Quand on y ajoute une rapidité affolante, comme sur « Kick it Down » (avec une disto clean et bien calibrée de surcroit), ça devient presque du Thrash ! Mais le côté groovy, lancinant et répétitif de « March Davai » nous transporte tout autant, dans un style bien différent. Car c’est aussi l’une des grandes forces du groupe : leur faculté à proposer des titres qui se renouvellent sans cesse, tout en affichant une qualité et une technicité toujours exemplaires. Même le titre éponyme, pris en sandwich entre les deux bêtes de vitesse que sont « Under the Black Veil » et « Kill or be Killed » , se révèle une sympathique praline plus posée, plus chill (mais toujours heavy et diaboliquement entraînante, faut pas pousser non plus). Et que dire du titre « The Nihilist », qui se raccroche parfaitement à la cover de l’album et qui fera beugler un bon gros « GOD IS DEAAAD » au plus pieux des métalleux… Slayer style ! Dernière marque de fabrique du groupe, et pas des moindres : ses bridges. Aussi long que généreux, chaque morceau fait la part belle aux moments purement instrumentaux… Comme si le groupe était pleinement conscient que malgré des vocals d’une grande qualité, il n’y a rien de mal à laisser s’exprimer pleinement l’entièreté des talents du groupe. Un album quasi sans faute, et un incontournable de cette fin d’année.

Avec un titre et une jaquette pareille, on aurait pu croire que le bon Joel Grind pousse à fond dans le délire 80s bien kitsch. Que ce soit en nous donnant une cuillérée de thrash à l’ancienne, ou en jouant la carte des synthés, lasers et autres joyeusetés. Mais le maître-architecte du groupe (qui fait presque tout tout seul, hormis les tournées) ne l’entend pas de cette oreille et nous assène un metal puissant, sans compromis et bien dans la veine de ce que propose Toxic Holocaust depuis désormais… vingt ans tout pile ! On retiendra tout juste une voix hyper caverneuse, comme s’il avait décidé d’augmenter la reverb’ à son maximum. Si cela donne moins de fièvre tapageuse à l’ensemble, pas de crainte à avoir : l’album ne nous prend jamais par la main et ce dès le tout premier morceau : « Chemical Warlords ». Et c’est à la fois sa plus grande force et sa faiblesse : chaque titre est vraiment très bon, vraiment très punchy mais aucun ne se distingue particulièrement. Si on saluera la pluie de riffs hyper bien rythmée de « Black Out the Code », ou encore le bridge très groove de « Iron Cage » : on ne pourra pas écarter l’une ou l’autre chanson. Ni en bien… et sûrement pas en mal !

Une réédition en bonne et due forme pour célébrer le dixième anniversaire, il faut dire aussi que le quintette n’a plus sorti grand-chose depuis. Qu’importe, l’occasion est trop belle pour redécouvrir la musique d’Iron Age. C’est d’ailleurs sans aucune volonté péjorative que l’on pourrait synthétiser leur style comme du « thrash plus élaboré ». Non pas qu’il n’y ait aucune technique ou recherche dans un thrash plus agressif et rapide, mais le rythme plus mesuré semble rajouter de la force d’impact aux morceaux, et leur donne une atmosphère plus écrasante que sur un morceau de thrash brut. Ce n’est pas tant du terreau à pogo qu’une volonté d’expérimenter et de complexifier un peu l’ensemble, donnant un aspect presque post-apo à l’album. Le thème lovecraftien, si cher au doom, trouve ici pleinement sa place. Notamment sur des titres tels que « A Younger Earth », qui ne s’emballe qu’à la toute fin et surtout « Materia Prima », morceau dénué de paroles qui se révèle être une pause des plus angoissantes en plein milieu de l’album. Difficile aussi d’ignorer « Arcana pt.1 et 2 » tant ils s’emboîtent : le premier plus rageur et le deuxième plus lourd. Un peu de moins de colère, ça fait du bien !