GuiGui

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04.01.21 08:07

GRID - "Livsleda"

Formé en 2014, les Suédois de Grid officient dans un Grindcore teinté de crust D-Beat et dans lequel un certain sens de la mélodie a sa place. C’est avec ce style affirmé et indubitablement maîtrisé que le groupe est entré il y a peu dans l’écurie polonaise Selfmadegod, et ce afin de sortir ce que le label présente comme son premier véritable album. Et si au départ, les 9 titres et 17 minutes à peine de « Livsleda » font penser à un EP de plus, reconnaissons que l’ensemble est si dense et complet qu’il n’est pas du tout difficile de considérer cette pièce au même titre qu’un album à part entière. La production compacte et puissante offre à l’auditeur le confort requis pour apprécier ce Grindcore de haute voltige qui n’hésite pas à s’aérer avec des morceaux davantage mélancoliques (osons les mots) comme « Livsleda » ou « Doomed » et leur lot de riffs qui « transportent ». À découvrir d’urgence.

Pour le coup, on pourra dire qu’on aura suivi l’adage qui dit « Mieux vaut tard que jamais » puisque c’est avec un retard quelque peu significatif que nous traitons ce nouvel EP des Bataves de Collision sorti sous la houlette du label allemand Hammerheart le 17 avril dernier. Déjà vingt ans que le groupe existe et écume la scène avec son mélange de grindcore et de thrash qui n’a pas pris une ride au fil des sorties. La furie est toujours au rendez-vous et surtout, le groupe parvient à insérer du relief dans sa musique pour éviter la monotonie. On ressent alors toute la maîtrise d’un groupe qui fonctionne désormais depuis de nombreuses années avec les mêmes musiciens. En effet, seul le bassiste n’est pas un membre d’origine et n’est là « que » depuis 2005. Paramètre pour le moins intéressant si les gaillards recherchaient une certaine osmose. On en prend donc pour notre grade encore une fois tout au long de ce petit quart d’heure et de ces sept titres seulement, mais qu’on ne manquera pas s’enfiler deux fois de suite. « The Final Kill » est donc un petit concentré de puissance qui fait un bien fou.   

Formé en 2018, année durant laquelle il a sorti son EP « Universal Hate Speech » déjà chez Shadow Records, le duo polonais Terrestrial Hospice revient cette fois avec son premier véritable album sous le bras. Bien sûr, l’épreuve n’est qu’une formalité au vu du CV des 2 bougres puisque le batteur n’est autre qu’Inferno, cogneur chez Behemoth, et celui qui se charge du reste est Skyggen, apparu dans bon nombre de formations et notamment pour assurer des lives pour Gorgoroth, Aeternus ou encore Dead To This World. Autant dire que les camarades savent de quoi est fait un album de black metal et qu’ils appliquent la recette avec maîtrise. Seulement voilà, ils ne font que cela et n’apportent pas grand-chose de plus à un style déjà surchargé en albums de ce type. Musicalement, les 7 titres s’écoutent sans déplaisir et représentent un hommage de fort bonne facture à la seconde vague du black metal du milieu des années 90 mais il semble clair que cet opus serait peut-être passé bien en dessous des radars s’il n’avait pas pu capitaliser autant sur les noms des musiciens qui lui ont donné vie.

S’il fallait décerner un prix qui récompensait la vélocité, la technicité ou le nombre de riffs joués à la minute, les Canadiens de Protosequence tiendraient très probablement le haut du panier pour cette année tant le quatuor exécute son death ultra technique avec une facilité déconcertante, voire écoeurante, pour plus d’un musicien. Formé en 2014, le groupe propose ici son 3e EP via Lacerated Enemy Records. Il y a évidemment bien des choses à dire sur cette nouvelle pièce tant le savoir-faire transpire de chaque note exécutée avec une précision presque plus que chirurgicale et servie par une production presque trop propre pour être vraie. Tout d’abord, les 4 compères, s’ils se complaisent dans un style virtuose, ne semblent pas avoir oublié d’intégrer de la musicalité dans ce « A Blunt Description of Something Obscene » grâce à quelques parties plus aérées. Ensuite, bien que cela soit étrange, on a l’impression de palper l’amusement d’une bande de musiciens hors pair qui prennent un véritable pied à jouer leurs parties hyper chiadées. Enfin, le côté « plus carré que ça, tu meurs » absolument nécessaire dans le style est forcément bien présent et joue un rôle prépondérant dans la claque que se prend l’auditeur. Mais si l’œuvre en elle-même impressionne par la maîtrise dont font preuve les musiciens, il faut bien avouer qu’un tel déluge technique incessant donne très rapidement l’impression que l’album est interminable… Et qu’il se répète. Car non, malgré ses 8 titres et sa durée qui avoisine les 45 minutes, « A Blunt…. » n’est pas un album, mais bien un EP 4 titres (comme leurs 2 précédents sortis en 2016 et 2017) à la différence qu’ici, figurent les morceaux ainsi que leurs versions instrumentales. Avouons que la démarche est peu banale et que la question de son utilité se pose inévitablement, car ce n’est pas non plus comme si Protosequence offrait un style musical propice au karaoké. Le genre d’opus à ranger probablement dans la case des sorties réservées uniquement aux musiciens les plus aguerris.

En règle générale, une sortie estampillée Klonosphere annonce qu’on se promènera hors des sentiers battus. Ce postulat se vérifie encore ici avec le second album des Parisiens de Nord. « The Only Way To Reach The Surface » se joue des codes pour amener l’auditeur dans un univers musical d’une bluffante richesse. Voyageant avec une aisance incroyable parmi une vraie collection de styles, le groupe semble mettre ses influences en avant, mais en n’oubliant pas de montrer qu’il les a très bien digérées tant l’ensemble paraît superbement cohérent. C’est ainsi que tout au long des 9 titres, on passe comme si de rien n’était d’une électro vintage au mathcore via des parties black, pop ou encore jazz expérimental. Mais toujours avec cette ambiance lourdement propre (ou proprement lourde, c’est selon) servie par l’excellent travail de production de Clément Decrock du Boss Hog Studio (Morpain, General Lee…). Bien sûr, tout cela ne serait rien sans un travail musical titanesque en amont. Et le quatuor en est conscient. Sa maîtrise instrumentale en témoigne notamment avec une section rythmique délivrant un groove impeccable rendant parfaitement justice aux compos. Une solide découverte donc.

Sorti initialement en novembre 2019 (selon les sources Bandcamp), Constellatia voit son premier album réédité via Season Of Mist. Et en voilà une idée qu’elle est bonne, car non seulement ce que proposent les Sud-Africains colle admirablement avec la politique du label, mais il faut avouer qu’il serait bête de se priver de ce « Language Of Limbs » qui recèle une certaine richesse. Fruit de la collaboration entre Gideon Lamprecht de Crow Black Sky et Keenan Oakes de Wildernessking, Constellatia officie dans la même catégorie que les projets initiaux de ses géniteurs, à savoir un post black atmosphérique et progressif d’une beauté certaine. Au fil des 4 plages de cet album, toutes liées entre elles, le groupe nous plonge dans un univers fait de mélancolie, d’obscurité et de mélodies, mais sans oublier la puissance. Cet album est, semble-t-il, l’illustration sonore de lourdes années endurées par les principaux membres du groupe et représente donc une solide catharsis qu’ils ont bien fait de partager. Dans un registre comparable à Wolves In The Throne Room ou encore Shining, Constellatia est une découverte particulièrement intéressante.

Cher lecteur, je me dois de te conter une histoire, celle de la découverte de l’album dont je m’apprête à te parler et de la bêtise que j’ai failli faire après seulement 2 titres en ayant l’intention de lui octroyer une note en dessous de la moyenne. Mais les découvertes musicales étant ce qu’elles sont, toi comme moi savons que la surprise peut surgir de partout pour autant qu’on soit ouvert et qu’on ait la faculté de reconsidérer ses avis primaires qui manquent souvent du recul nécessaire. Et c’est justement ce qui est arrivé ici avec ce premier opus des Allemands de The Alligator Wine. Ce jeune groupe, créé en 2016, a la particularité d’être un duo formé d’un batteur et d’un claviériste qui se partagent également les voix. Oui, tu as bien lu, batterie et clavier uniquement. Ce qui veut dire pas de guitare ni de basse (un clavier Moog Bass se charge des fréquences graves si tu veux tout savoir) donc des manquements béants pour un groupe présenté comme rock psychédélique. Et c’est peut-être là qu’a résidé ma première erreur, m’attendre à un énième ersatz de tout ce qui a pu être proposé ces dernières années en matière de groupes se disant grandement influencés par les 70’s. C’est ainsi que durant les premières minutes d’écoute, la sauce ne prend pas et un faux sentiment de lassitude me gagne, sentiment agrémenté d’une impression de prétention de la part des musiciens, seconde erreur de ma part puisque The Alligator Wine ne fait que jouer avec les ingrédients du passé, mais aussi du présent (pop rock, voire electro, pour l’accroche) histoire de proposer sa propre recette. Me voilà donc petit à petit en train d’apprivoiser ce « Demons Of The Mind » qui m’apparait finalement comme une découverte tout à fait surprenante tant l’originalité et le talent transpirent des neuf morceaux qui le composent. Le groupe se dit influencé autant par le rock que par les musiques de film et cela se traduit par un sens de la mélodie et de l’atmosphère assez bluffante sur l’ensemble de l’album qui compte aussi bien des morceaux groovy (« Shotgun », « The Flying Carousel »…) que mélancoliques (le très beau « Lorane » et ses nappes à la Zack Hemsey). Repéré rapidement par la grosse écurie Century Media après seulement un EP 2018, le duo frappe un grand coup avec ce premier album à côté duquel, cher lecteur, j’ai failli passer. Il fallait donc que je t’en parle.

Amateurs de mélopées, vous pouvez allègrement passer votre chemin puisqu’il n’en sera aucunement question dans ces lignes. En effet les chefs de file canadiens du war black metal sont de retour et les concessions ne semblent toujours pas figurer dans leur agenda. L’auditeur se trouve toujours pris en tenaille dans une mixture alliant black et death outrageusement chaotiques et quelque peu désaccordés relevée d’une bonne rasade grind en matière de voix tantôt hurlées tantôt pitchées. Revenge reste le groupe qui saura accompagner vos moissons de champs de crânes en char d’assaut et n’a pas encore décidé de changer son lance-roquettes d’épaule si ce n’est au niveau de la production qui permet maintenant de distinguer davantage les riffs qui, auparavant, n’avaient tendance à rester qu’au stade de bouillie inintelligible. Tout ça ne veut bien sûr pas dire que le groupe a répondu aux sirènes de l’exécution musicale policée. La seule chose qui lui reste propre est sa démarche hautement respectable et l’intégrité dont il témoigne depuis maintenant 20 ans. Cette nouvelle offrande est sale et méchante, point à la ligne.

C’est dans un univers dérangé et dérangeant que nous convie Gabriel Palacio, cerveau du projet floridien Antimozdebeast. Et une chose est sûre à propos de lui lorsqu’on effectue quelques recherches, c’est que le bougre ne chôme pas puisque « The Red River » représente ni plus ni moins que sa troisième sortie sur Bandcamp rien qu’en 2020 et sa quatrième depuis mai 2019. Mais il ne s’arrête pas là puisqu’à l’heure où nous rédigeons ces lignes, un autre EP a déjà vu le jour sur la célèbre plateforme de streaming. Alors bien sûr, certaines mauvaises langues pourront se dire que sortir de l’électro noise sur le net à un rythme effréné n’est probablement pas compliqué quand on se débrouille un tant soit peu avec ses machines, mais Antimozdebeast fait davantage en instaurant une réelle ambiance par ses « riffs », ses fonds et ses hurlements souvent sursaturés. Nous sommes donc ici au-delà de la simple ponte de morceaux sans intérêt ayant pour simple objectif de remplir un profil sur le net. Il y a de l’idée chez cet artiste bercé aux Nine Inch Nails, Skinny Puppy et fan de The Body ou encore Author & Punisher. Rien que cela mérite qu’on y jette une oreille, et ce, même si la production ou la finition ne sont pas encore totalement au rendez-vous.

Depuis ses débuts, Pyrrhon a bien fait comprendre qu’il n’était pas le genre de groupe à entrer dans le moule et ce n’est certainement pas ce quatrième opus qui changera la donne tant ce dernier n’est pas à mettre entre toutes les oreilles. Bien loin d’une démarche musicale élitiste, le quatuor de Brooklyn continue son bonhomme de chemin à travers ses expérimentations (improvisations ?) dédiées à un death metal noisy hyper technique et lourd à souhait l’amenant même parfois vers des mesures à la limite de la cacophonie. Amateurs de prouesses techniques, « Abscess Time » saura sans doute vous ravir pour autant que vous vous y prépariez, car ne croyez pas être ici face à un brutal death à la Obscura ou Abysmal Dawn où chaque note pourrait être décortiquée tant la production est propre. Non, Pyrrhon choisit clairement son camp et officie dans un registre bien plus cru et old school au niveau du son, bien plus proche d’un Immolation des débuts. Un album pour musiciens diront sans doute certains. Nous pencherons plus ici pour une œuvre à la démarche artistique honnête. Un véritable ovni confectionné avec les tripes. Toutefois, même si la prise de risque fait l’objet d’une certaine admiration de la part de votre serviteur, celui-ci ne saura pas nier la difficulté d’entrer véritablement dans le délire et ce à cause du manque d’accroche dont « Abscess Time » lui a semblé faire preuve.

Fruit de la collaboration entre Wim Coppers (Oathbreaker, Wiegedood), Levy Seynaeve (Wiegedood, Amenra), Lennart Bossu (Amenra, Oathbreaker) et Aaron Rieseberg (YOB), Living Gate est, sur le papier du moins, un groupe formé par des musiciens plus qu’aguerris. Et ce qu’il y a de bien dans l’histoire, c’est que le papier ne ment pas. Réunis autour de leur amour du death metal aussi bien classique que plus contemporain, les 4 camarades proposent, en guise de premier jet, ce « Deathlust » de fort bonne facture. Le plaisir ne se boude pas dans ce cas-là puisque le quatuor offre à l’auditeur un subtil (le mot est peut-être mal choisi) mélange d’old school et de moderne en ce sens que ces 5 titres sont inspirés et techniques sans jamais tomber dans le démonstratif à outrance, mais également bourrés de passages accrocheurs qui tabassent les esgourdes dans les règles. Le tout enrobé dans un bien bel emballage sonore où la part belle est faite à une section rythmique qui prend son pied et des guitares à la saleté si séduisante sans tomber dans le crade complet et inaudible. Vous l’aurez compris, tout est mis en œuvre pour que ce « Deathlust » fleure le cuir et la sueur et entretienne les bonnes traditions.