Chris Grès

Chris Grès

Les grands anciens ont toujours la pêche ! Auteur du référentiel "Court In The Act" en 1983, au cœur de l’âge d’or du heavy metal, SATAN, revenu aux affaires en 2013, a sorti trois albums de qualité, avec le line-up des années quatre-vingt considéré comme classique. "Earth Infernal" est ainsi un feu d’artifice de guitares, une explosion de riffs diaboliques couplée à des soli fabuleux - joués parfois à l’unisson comme sur le formidable "Burning Portrait". Il se dégage de ces notes une grande sensibilité, une réelle émotion, fruits de la complicité des deux six-cordistes. Comme les refrains sont souvent percutants ("From Second Sight"), et comme la voix de Brian Ross, malgré un tout léger manque de puissance, reste remarquable ("Earth We Bequeath"), "Earth Infernal" ne connaît aucun temps mort. Le disque offre un instrumental concis, sans bavardage inutile ("Mercury’s Shadow") et colore l’intro de "A Sorrow Unspent" de teintes originales. La production à l’ancienne, brute et sans artifice, est parfaitement adaptée aux compositions millésimées des Anglais, qui enchaînent les temps élevés (la bombe "Twelve Infernal Lords", parmi de nombreux autres) sans jamais faiblir : SATAN garde un rythme d’enfer !

Oubliez la finesse et la subtilité, Midnight est dans la place ! Le one-man-band d’Athenar, multi instrumentiste cagoulé, est de retour tout en sauvagerie. Le gaillard avale un Motörhead ("In Sinful Secrecy", "Snake Obsession") au petit-déjeuner, un Venom ("Let There Be Sodomy") à midi et un Discharge ("Telepathic Nightmare") au souper… et, après digestion, nous pond un album crade et rugueux, une sorte de Thrash‘N’Roll avec un feeling Black qui évoque les années quatre-vingt. Voix rugueuse, soli en pagaille, rythme d’enfer – à l’exception du mid-tempo "Villainy Wretched Villainy " – les chansons, quatre minutes maxi au compteur, s’enchaînent comme les scènes de cul dans un porno amateur allemand enrichi de passages horrifiques ; une histoire de serial killer qui violerait ses victimes avant de les massacrer – ou qui les massacrerait avant de les violer, chacun ses goûts ! - filmée avec le souci obscène de tout montrer, de ne rien cacher. Athenar décrit d’ailleurs ses paroles comme étant d’une « animalité sauvage non filtrée ». Ne vous avais-je pas dit d’oublier finesse et subtilité ?

Vingt-cinquième album studio en cinquante-quatre ans de carrière, "Surviving The Law" se place dans la droite ligne de son prédécesseur, "Tattooed On My Brain". Le line-up n’a pas changé entre ces deux productions, avec notamment le brillant chanteur Carl Sentance qui a remplacé Dan McCafferty à la voix unique. Sa santé déclinant, l’emblématique vocaliste a dû quitter son groupe… après avoir adoubé son successeur. Nazareth reste fidèle à son Hard-Rock classique ancré dans les seventies et aux sonorités bluesy, illustrées par le magnifique "You made me" qui clôt le disque. Si les vétérans savent faire parler la poudre, comme sur les excellents "Runaway" et "Sinner", ils parviennent à varier les ambiances. "Psycho Skies" baigne dans les ténèbres quand "Let The Whisky Flow" défile sur un tempo plus lent. Compositeurs chevronnés, les Écossais ont placé en ouverture le percutant "Strange Days". Si les autres titres ne sont pas, loin de là, mauvais, "Surviving The Law" aurait sans doute gagné à être plus compact, à ne pas s’étendre sur quatorze chansons. L’écoute paraît parfois un peu longuette...

"The Long Road North" est un chef-d’œuvre d’une froide beauté, qui brûle d’une flamme gelée. Comme l’indique le titre de l’album, ce disque est un voyage périlleux et merveilleux vers les splendeurs sauvages du Nord, la quête âpre d’une aurore boréale. Les atmosphères glaciales évoquent le meilleur du Black Metal, comme sur le "Cold Burn" inaugural d’une violence somptueuse. Toutefois, Cult Of Luna refuse l’obscurité totale, est toujours en quête d’une lumière qui jaillit ici d’un orgue ("The Long Road North"), là d’une ligne de clavier ou d’un chant clair (le lent "Into The night", ciel nocturne aux mille étoiles, propice à d’étranges rêveries). Dans ce périple aux confins du monde, les Suédois offrent un réconfortant feu de camp avec "Beyond I", chanson épurée sublimée par la voix grave, envoûtante de Mariam Wallentin. La quête, à l’image des vocaux d’une rage désespérée de Persson et des guitares en tension, le plus souvent hypnotiques, reste douloureuse. La marche est incertaine, les monstres tapis dans l’ombre comme sur l’immense "An Offering To The Wild" ou sur "Blood Upon Stone", longues pièces tortueuses, vicieuses, labyrinthiques, qui révèlent une douce clarté pour aussitôt la dissimuler. L’écoute achevée, « Et comme le soleil dans son enfer polaire, Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé. » (Baudelaire)

Apolinara, chanteuse et pianiste, est la force créatrice du groupe du même nom, née en Ukraine et désormais installée aux États-Unis. "Shadows And Signs" doit sa réussite à sa modestie. Ce disque n’est pas une démonstration sans âme de vocalises haut perchées à forte technicité ou de prouesses instrumentales boostées par une énorme production pour épater la galerie. 

Apolinara marie à la perfection pop (le doux et beau"You Had it all" final), rythme dansant (les claviers "Wonderful", guitares heavy et piano doux) et énergie métallique, dans les solos, comme celui qui dynamise "You Can’t Get Away With This". Le groupe, qui utilise avec intelligence et mesure son atout symphonique, comme sur un "Intro" éthéré, sait aussi montrer les muscles ("The Smile Of The Demon"). Une voix gutturale (le complexe "Shadows And Signs", avec une batterie ultra rapide) surgit parfois pour s’opposer aux mélodies suaves de la chanteuse. Ces chansons, drapées dans une gothique dentelle noire, sont de précieuses pièces d’orfèvrerie.

Ce nom étrange est en fait l’acronyme de Jaypee & the Cannibal Orgasmic Band, groupe de Jaypee-Jaypar qui s’essaie pour la première fois au travail en bande. Avec "Metamorphosis", nous naviguons loin des mers metal pour aborder les rivages ténébreux d’un folk rock, d’un blues sombre. Porté par une voix magnifique, rocailleuse et profonde, qui oscille entre Nick Cave et Tom Waits, hanté par l’esprit de Leonard Cohen, ce disque invite à franchir les portes d’un bar mal famé, au fin fond d’une campagne américaine, en Louisiane ? Un grand gaillard accoudé au bar, plus très net, raconte avec intensité ses malheurs et ses misères, parfois menaçant ("Son Of A Bitch"), parfois touchant ("Prayer"), tantôt mélancolique ("Rain"), tantôt colérique ("I’m Coming For You") – dans ces rades, un coup de poing est vite parti. Ambiance western ("John The Revelator") pour ce disque typiquement américain enregistré au Texas.

Les morceaux, diablement bien écrits, contiennent tous un petit quelque chose qui les rend mémorables, là un passage à l’harmonica ("Lonesome Bastard"), ici un motif de guitare imparable ("The Loser Song"), là encore du violoncelle ("Another Summer Day In France", "Rain"). "Metamorphosis" s’achève sur un chef d’œuvre, le long "In My Realm", conclusion magistrale d’un disque qui l’est tout autant.

Deuxième EP d’une trilogie débutée en 2019 avec "13 Fullmoon Nights Of Loneliness", "13 Fullmoon Nights Of Doubt" se compose d’un seul long morceau de vingt-et-une minutes. Cette chanson, doublée d’un clip flippant comme une vidéo de vacances sous substances illicites filmée par un Wes Craven zombie, est d’une inquiétante étrangeté. Derrière la pochette lumineuse, quasi sereine (tout est dans le quasi !) en accord avec le début apaisé du disque, se cache un violent voyage horrifique entre Black, Doom et Sludge, entrecoupé de froides mélodies. La douce voix féminine des premiers instants cède la place à des hurlements possédés, à de discrètes incantations, à de sinistres narrations… et soudain revient le chant clair posé sur quelques notes de piano… et de nouveau un passage torturé, douloureux. Ce va-et-vient crée une tension glacée, une énergie noire, un malaise constant.

Cantiques Lépreux nous invite à un voyage spatio-temporel. Le trio québécois téléporte l’auditeur dans la Norvège des années nonantes, dans les églises en flammes de la deuxième vague Black Metal. Dans "Sectes", un EP quatre titres de vingt minutes, tout est « trve », comme dans les deux albums précédents du trio, comme chez d’autres formations (Forteresse, Monarque) venues de la « Belle Province », si mal nommée en l’occurrence tant cette scène vibre pour l’agression et la haine. Au menu, donc : blast beat, tremolo picking, vocaux issus des profondeurs infernales, production rêche et ambiances sordides comme le laisse supposer le titre des chansons (j’aime particulièrement l’expression "Le Repaire des Anges Galeux"). Parfois, le groupe offre une parenthèse inquiétante, pause brève et sinistre au cœur de la tempête ("Coterie"). Un retour aux sources empoisonnées du Black.

A l’image de sa pochette, "Praesentialis In Aeternum" nous invite à pénétrer dans une forêt dense et profonde où les ombres et la brume se mêlent pour nous envelopper d’un suaire doux et léger.

Funeral a, depuis quelques années déjà, abandonné son Doom funéraire pour une version plus heavy, gorgée de touches symphoniques et épiques (le titre inaugural "And" débute comme la BO d’un film à grand spectacle) dans la lignée de Candlemass. Cette inspiration est revendiquée par le groupe depuis ses débuts et une reprise réussie de "Samarithan" figure sur la version deluxe du LP. 

Il se dégage de cette œuvre exigeante, parfois excessive dans sa richesse, aux paroles entièrement chantées en norvégien et inspirées des textes d’Emmanuel Kant (du Kant en norvégien, bon courage pour qui veut comprendre le message !) une intense mélancolie, née de superbes mélodies ou de somptueux leads, comme une présence lointaine et hantée. Un bref silence surgit tantôt ("Erindring"), un fragile a cappella jaillit parfois, petites perles limpides, comme le piano et le violon de "Shapes From These Wounds". Dans les clairières apaisées brillent d’intenses soli, derniers rayons d’un soleil noir. Funeral bien sûr, n’est pas que douceur et mystère ; souvent, montre la colère, quand les guitares se font lourdes. Les décès de Einar André Fredriksen (suicide) et Christian Loos (overdose) donnent à la formation son aura tragique : « nous avons dû traverser des périodes de morts et de pertes. Cette douleur nous a inspirés, comme êtres humains et musiciens », reconnaît le batteur et membre fondateur Anders Eek.

Quand elle délaisse les growls, la voix lyrique, théâtrale et monocorde de Sindre Nedland donne aux chansons des airs de prière pure et désespérée, comme une supplique pour s’échapper de cette forêt dense et profonde, pour soulever ce suaire doux et léger.

En ces temps troublés où les concerts se font rares, de nombreux groupes proposent des captations de shows donnés sans public pour un résultat bien souvent fade et terne - nous ne donnerons pas de nom pour ne stigmatiser personne. "Live at WDR Rockpalast" n’appartient pas à cette catégorie de disque sans saveur, sans odeur. Les Allemands, forts de deux albums réussis – le Stoner / Doom "Scar and Crosses" (2016) et le plus Sludge "Champain" (2018) – offrent une prestation d’une intensité et d’une précision remarquables, admirablement mise en valeur par la WDR, la chaîne de télévision à l’origine de cette performance. Les musiciens évoluent dans une usine désaffectée, dont une photo orne la pochette. Ce décor sied à merveille à leurs morceaux glauques et pessimistes. Ce mariage sinistre de la brutalité la plus sordide et d’ambiances étranges où règnent chant clair et arpèges mélodiques projette parfois des images du Seattle des années nonantes, des hologrammes de Layne Staley (Alice In Chains) ou de Chris Cornell (Soundgarden). L’incroyable "When We Suffer" est sans doute la meilleure illustration de cette union aussi haineuse qu’envoûtante. Une atmosphère très sombre, voire Black Metal ("Shine Equal Dark"), se dégage de ces terrifiantes compositions souvent dotées d’un groove étonnant ("Before I Disappear"). Les guitares envoient des riffs lourds et sales, soutenues par une basse métallique. Enfin, surtout, Mona Miluski projette ces chansons dans une dimension supérieure tant sa voix est riche et variée, capable d’évoquer Brian Molko (Placebo) avant de se métamorphoser en un growl d’outre-tombe. Ce live n’est autre qu’un instant de grâce malsaine.

Century Media ressort le premier album de Borknagar, initialement paru en 1996, remixé et enrichi, pour fêter son vingt-cinquième anniversaire. Aux dix titres initiaux de ce brillant coup d’essai, quasi coup de maître, s’ajoutent des versions live aux légendaires studios Grieghallen de Bergen, des mixages alternatifs et, pièce historique, le premier enregistrement du groupe, en 1994, l’apaisé "Ved Steingard". Ce baptême du feu est une œuvre à part dans le parcours du all star band norvégien, le guitariste et compositeur Brun s’entoure d’Infernus (Gorgoroth), Ivar Bjornson (Enslaved) et Grim (Immortal). Bien plus Black que ses successeurs, avec peu de chant clair, "Borknagar", seule œuvre du groupe aux paroles en norvégien, lorgne vers Ulver, notamment grâce à la présence du monstrueux chanteur qu’est Garm. En témoigne le magnifique morceau d’ouverture "Vintervredets Sjelesagn", où se mêlent fureur blastée et puissance, colère et souffle épique. Les vocaux monstrueux, rêches (ah l’ouverture "Grimskalle Trell"!) se posent sur des guitares qui sentent le grand large et l’aventure. Horizons viking, nés notamment des instrumentaux, comme le cinématographique "Tanker mot Tind (Kvelding)", et pulsions de haine typiquement black norvégien s’unissent d’un morceau à l’autre ou même à l’intérieur d’une même chanson ("Fandens Allheim" aux mille visages). Placé sous le signe de Bathory, ce mariage est une fête païenne, une cérémonie intense qui célèbre la beauté des fjords et la force incontrôlable des océans.

22.01.22 11:19

Order

Formé en 2013, ORDER a débuté sa carrière par un drame, le décès à 45 ans de son membre fondateur René Jansen en 2014, trois mois après qu’une leucémie lui ait été diagnostiquée. Le groupe a sorti un solide premier album en 2017, « Lex Amentiae », avant de franchir une étape supplémentaire avec le récent « The Gospel ». Le batteur Manheim, passé par MAYHEM comme Messiah, le chanteur du groupe, se livre sans fard et révèle les sujets abordés dans sa dernière production.

Tout d’abord, peux-tu nous dire comment vit la Norvège par temps de pandémie ? Nous sommes au milieu de la vague Omicron et nous avons donc dû nous confiner de nouveau… enfin pas nous confiner, mais subir des restrictions sur tout, notamment les événements culturels, les restaurants et les bars. C’est frustrant mais la Norvège est un pays bien géré avec de nombreuses ressources pour faire face à ces problèmes. Il y a d’énormes compensations pour les entreprises et les travailleurs affectés par les restrictions. Tous ceux qui voulaient être vaccinés – ce qui chez nous représente plus de 90 % des adultes – a reçu deux doses… et nous sommes en route pour la troisième. Nous ne pouvons donc pas nous plaindre même si certains, surtout parmi les artistes, vivent une période rude.

Comment ORDER est-il né ? Nous nous sommes rencontrés en studio de répétitions durant l’été 2013 quand Anders a lancé l’idée de former un groupe avec lui et René, de CADAVER, ainsi que Billy et moi. J’étais concentré sur des collaborations et des spectacles de musique bruitiste, expérimentale et d’avant-garde - l'une de mes passions. Billy était dans son groupe Punk. C’était bien de jouer de nouveau du Metal. C’était comme revenir à la maison ! Nous avons alors décidé de voir où cette aventure pourrait nous mener.

Comment avez-vous surmonté le décès de Rene Jansen ? Il est toujours difficile de voir partir un ami. Quand René est mort, nous avons traversé une période durant laquelle nous nous sommes demandés si nous devions continuer ou pas. Ce décès aurait pu facilement marquer la fin du projet mais je suis content que nous ayons décidé de poursuivre. Je sais que c’est ce que René aurait voulu. L’un de ses derniers souhaits était que nous jouions à ses funérailles. Je suis fier que nous l’ayons exaucé. C’était une grande émotion de dire ainsi au-revoir à un ami proche.

« The Gospel » est un titre étrange pour un album de Metal extrême… Peut-être, oui. Il a été choisi comme une conséquence des paroles des chansons. Le mot « gospel » est utilisé comme un message, le gospel de ORDER, en fait. Quand nous composions nos morceaux, j’ai réalisé que toutes les paroles que j’avais écrites tournaient autour de la douleur et de la souffrance liées à notre condition humaine, qu’il est impossible de séparer de notre marche vers notre perte. Le message est que la peine est réelle et que nous devons vivre pour la supporter. Les paroles de la chanson éponyme ont été écrites par Billy. Elles ne concernent pas cette souffrance mais racontent une histoire – un gospel - qu'il a imaginée : comment certaines personnes se trouvent, se connectent et créent quelque chose dont on se souvient. The Gospel a un double sens, que j’apprécie. Bien sûr, c’est une évidence que l’usage chrétien de ce mot est si fort qu’il faut voir dans ce titre un jeu de mot.

Es-tu d’accord si je dis que « The gospel » est une version améliorée de « Lex Amentiae » ? J’aime « Lex Amentiae », c’est un bon album avec quelques bonnes chansons. Malgré tout, c’est une collection de chansons qui n’a pas la tension et la force de l’ensemble de « The Gospel ». Alors que « Lex Amentiae » est un pas vers l’aboutissement de notre potentiel, je pense que « The gospel » est un concept album puissant qui touche le but que nous nous étions fixé quand nous avons commencé cette aventure. Avec ce disque, je crois que nous sommes parvenus à plonger au plus profond de nous-mêmes, à la fois pour les paroles et la musique. Nous avons réalisé un intense album personnel. Dans ce sens, je suis d’accord avec toi : « The gospel » est une version améliorée de « Lex Amentiae ».

« The gospel » est un disque rempli de haine, d’angoisse, de colère. D’où vous viennent ces sentiments ? Je crois que les paroles de l’album parlent de sentiments que nous avons tous. Le désespoir, la souffrance, la solitude de traverser la vie. Ces paroles sont personnelles, je pense donc qu’elles reflètent surtout mes combats intérieurs et mes pensées mais je suis persuadé qu’elles représentent quelque chose d’universel, éprouvé par tous les humains . L’album commence avec le tout début de de la vie, dans le morceau « Pneuma », quand les choses sont incertaines mais merveilleuses. Ensuite, avec « Rise », nous commençons à nous réveiller, à nous confronter à des personnes qui tentent de supprimer ton chemin et ta volonté. Nous passons ensuite à travers les parties émotives de la vie, ce qui est difficile. « Bringer Of Salt » se rapporte à la tempête qui se rapproche de nous durant le voyage de la vie : la mort. « It Burns » , c’est  à propos du désespoir et de la douleur ressentis quand on brûle de l’intérieur. « Gal.lu » fait référence au vieux mythe, tiré des premières civilisations connues, de ce démon qui nous tourmente. « Descend » explique que nous sommes les architectes de nos souffrances. Nous chantons ensuite que, en tant qu’individus et qu’espèces, nous sommes menés par le désir de procréer et de propager la vie. Ma douleur est peut-être la partie la plus directe et la plus simple de mes paroles mais cet aspect direct exprime comment nous nous sentons quand la souffrance est si intense que nous ne pouvons que hurler. Dans « Tomb », nous exprimons que, quand nous sommes au cœur de tout cela, nous nous retrouvons seuls à lutter. L’album s’achève sur le morceau qui avait ouvert le disque, sauf qu’il reflète désormais une vie vécue. La vie, bien sûr, c’est aussi d’autres choses, les amis, la famille, l’amour, mais ce n’est pas de là que vient notre inspiration ! Je suppose qu’il nous est naturel d’exprimer des sensations liées aux parts les plus sombres de la vie.

Votre musique est un voyage à travers les différentes époques du Black Metal : de la plus ancienne, quand il était proche du Death, à la plus moderne, avec des touches industrielles. Je suis d’accord. Nous faisons avant tout de la musique pour nous-mêmes. Il est naturel de trouver de la continuité dans ce que nous composons. Nous sommes issus de la période où sont nés le Black et du Death norvégiens. Avec ORDER, nous essayons de rester fidèles à notre passé sans être nostalgiques. Nous créons de la musique contemporaine qui reflète là où nous en sommes aujourd’hui.

Il y a une grande variété de vocaux sur « The Gospel » ; C’est dû au fait que Messiah n’est pas le seul à chanter. J’ai fait les voix sur « It Burns », « Gal.lu », « Descend » et « Pneuma II » en plus d’appuyer le chant sur quelques autres morceaux. La réalisation  de « The Gospel » a été très intense. Nous avons laissé aller les choses comme elles venaient.

Il est difficile de ne pas parler de MAYHEM. Que représente  désormais ce groupe pour Messiah et toi ? J’aime MAYHEM et ce que fait ce groupe. Je suis ravi que Necro soit capable de mener à bien sa carrière depuis si longtemps.

Comment perçois-tu « Deathcrush » aujourd’hui ? Je suis toujours fier de ce que nous avons réalisé avec « Deathcrush ». J’aime ces chansons. Avec ORDER nous en jouons quelques unes en concert. Je vois toujours Nécro pour les répéter. Qu’il y ait autant de personnes dans le monde qui les écoute et les apprécie autant me fait me sentir humble et reconnaissant.

Sera-t-il possible de voir ORDER sur scène ? Eh bien, la pandémie est toujours un problème, notamment parce que la plupart des festivals et des salles ont déjà leur programmation avec les reports de 2020. Quoi qu’il en soit nous venons juste de finir notre tournée norvégienne et nous jouerons en avril à l’Inferno Festival. En octobre, nous avons bouclé une mini tournée de trois dates. En dehors de ça, nous n’avons rien d’arrêté. Nous travaillons sur une possible tournée dans les Balkans et en Amérique du Sud. Espérons que les deux se réaliseront. J’espère aussi que nous pourrons nous produire en Belgique et ailleurs en Europe mais ce sera difficile en 2022.

Pour conclure, quels sont tes albums de Black préférés ? Question difficile ! J’en aime tant mais, si je peux choisir un album de MAYHEM

Bien sûr ! Alors je suis sûr de ne pas me tromper en disant que « Mysteriis » en fait partie car il est une référence du genre. Si je devais en citer un autre, ce serait « Hellfire » de 1349.

Voilà un EP, uniquement disponible en digital pour l’instant, qui porte bien son nom. Les excellents Suédois, maîtres du Doom épique de haute volée, ont profité du confinement pour enregistrer quatre reprises d’artistes qu’ils vénèrent. Le mythique "Gates of Babylon" de Rainbow, le méconnu "When Death Calls" de Black Sabbath, l’incontournable "Crusader" de Saxon et le ténébreux "Waiting for Darkness" d’Ozzy Osbourne. Clairement, ces titres constituent un choix haut de gamme. Sorcerer livre des versions incroyablement heavy, fidèles aux originaux; en tant qu’adeptes, ils n’allaient pas trahir leurs idoles ! S’ils ralentissent parfois légèrement le tempo, les guitares sont brillantes (le solo de "Gates of Babylon" et la voix d’Anders Engberg est sublime). On frissonne sur le sublime début de "Crusader"! "Reverence", qui respire la passion et l’honnêteté, est un pur bonheur qui ravira les fans de Metal traditionnel.

Et de quatorze ! « No Sign Of Life» est le quatorzième album de Unleashed en trente-deux ans ! Les Suédois restent fidèles à leur Death old school parsemé de passages épiques (notamment sur le mystérieux « Midgard Warriors For Life" »). Ils misent tantôt sur de lourds mid-tempos (l’inquiétant « You Are The Warrior»), tantôt sur la furie (l’excellente entrée en matière avec « The King Lost His Crown » ainsi que « Tyr Wields The Sword » et ses blast-beats parsemés) sans jamais oublier de glisser le solo qui collera parfaitement au morceau. Les vocaux, quoique intelligibles, débordent de haine comme il se doit. Les morceaux courts sont souvent aussi simples que accrocheurs, lorgnant de temps à autre vers le thrash (« Did You Struggle With God »). L’atmosphère, de la pochette au texte, reste viking. Rien de neuf sous le marteau de Thor… mais les Géants n’ont qu’à bien se tenir tant cette arme reste efficace !

Déchirant. "Moonflowers", véritable dissection du deuil, est une œuvre bouleversante d’honnêteté. Une mise à nu magnifique de la douleur de Juha Raivio. Le guitariste-compositeur exprime dans ce chef- d'œuvre la souffrance indicible ressentie au décès de sa compagne. La magnifique pochette, des fleurs ramassées par le musicien surplombées d’une lune rouge tracée avec son propre sang, est comme le reflet des chansons : « les écrire m’a fait penser aux fleurs de lune qui fleurissent à l’heure la plus sombre de la nuit », explique-t-il. Ces morceaux traduisent les sentiments qui hantent leur auteur. Les arpèges de guitares, les délicates mélodies et un violon, fil rouge de mélancolie, évoquent une douce nostalgie, le regret des heures heureuses aujourd’hui envolées. La lourdeur des guitares exprime le poids de l’absence et du manque. Les hurlements death, voire black,sur le terrifiant « This House Has No Name», plongée dans les abysses suicidaires de la solitude, transcrivent la colère face à la perte brutale de l’être aimé. Naît ainsi, à l’image de vocaux variés, capables d’une grande délicatesse, un maelstrom de sentiments, une tempête émotionnelle d’où, à travers les mots de Cammie Gilbert (Oceans Of Slumber) sur le sidérant « All Hallow’s Grieve», émerge le fantôme de la disparue : Behind the dark / I still had heart / Hold on to / Behind the lines Where / I’m torn apart. Juha Raivio affirme détester cet album. C’est l’album qui se serait imposé à lui. « Save me ! From myself », implore-t-il ainsi dans « The Void ». Créé, comme seul remède, comme seule issue.  Et laisser les vers du  « Recueillement » de Baudelaire résonner en écho à ce « Moonflowers » déchirant.

 

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.

Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :

Une atmosphère obscure enveloppe la ville,

Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

 

Pendant que des mortels la multitude vile,

Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,

Va cueillir des remords dans la fête servile,

Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici,


Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,

Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;

Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

 

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,

Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,

Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

Groupe talentueux, certes, mais à la carrière parsemée de contrariétés – rapports tendus avec son premier label Chrysalis, allers-retours du chanteur John Bush vers les thrashers d’Anthrax – et de drames (décès d’une leucémie de son guitariste fondateur David Prichard), … Armored Saint a toutefois touché la grâce avec « Symbol Of Salvation », publié en 1991. Le groupe a décidé de célébrer les trente ans de cette pierre angulaire de leur discographie (dixit John Bush) en publiant une version live capturée au Gramercy Theatre de New York en 2018. Cette prestation fait honneur à ce grand disque de Heavy Metal : production solide et équilibrée qui met en valeur tous les instruments, public enthousiaste et audible, musiciens investis à l’image d’un John Bush à la voix splendide. L’auditeur peut donc savourer ces chansons haut de gamme. Dès les riffs tranchants et le solo jouissif de l’inaugural « Reign Of Fire », le ton est donné ! Les mélodies accrocheuses (« Last Train Home ») se conjuguent à la virulence des guitares (« Spineless »), à une section rythmique impeccable, mise en valeur sur le sautillant « Tribal Dance ». Au milieu du show, le bref et bel instrumental « Half Down Bridge » suivi de la ballade « Another Day » permettent de reprendre son souffle avant de rallumer le feu sur l’excellent titre éponyme. Cerise sur ce succulent gâteau : un DVD du concert accompagne cette publication. Quant à la crème chantilly, vous la trouverez sur la version vinyle avec cinq titres inédits, en version démo quatre pistes, tirés des premières sessions de l’album. Les fans seront ravis et émus d’y entendre la guitare du regretté David Prichard.

24.11.21 13:10

LUCIFER - "IV"

La reprise vintage de "Gone With The Wind Is My Love" par Lucifer, accompagné d’Elin Larsson de Blues Pills, a confirmé que ces deux groupes étaient les faces opposées d’une même créature. A l’un la nuit et la lune, à l’autre le jour et le soleil. Sur son quatrième disque, le groupe mené par le couple infernal Johanna Platow (chant) / Nicke Andersson (batterie), cette fois-ci épaulé par le guitariste Linus Björlund à la composition, poursuit son exploration des temples obscurs. Si les textes et la pochette restent sombres, la musique, entre rock et hard rock, toujours très seventies (le lancinant "Cold As A Tombstone"), elle, ne fréquente toutefois plus les recoins les plus mystérieux des édifices en ruines. Rassurez-vous, l’atmosphère occulte demeure (l’orgue inaugural de "Mausoleum", le menaçant "Wild Hearses", l’envoûtant "Nightmare"...). La lourdeur sabbathienne est toujours présente, la batterie aussi sobre qu’efficace et les soli bien troussés. Surtout, surtout, persiste cette capacité à signer de petits délices mélodiques ; comment résister à l’enchaînement "Crucifix"/"Bring Me His Head"/"Mausoleum", qui précède "Funeral Pyre" la brève pause acoustique placée en milieu d’album, comme s’il fallait reprendre son souffle après ce triptyque efficace en diable ? Autre originalité, le très sudiste, mais pas déplaisant, "Louise". Et, bien sûr, l'âme de Lucifer, la voix suave de Johanna, enveloppe cet album de son doux suaire.

Derrière une pochette étonnante, d’un kitsch désabusé, «Your Time To Shine» est un grand album, l’un de ces disques d’une honnêteté rare. Monolord n’hésite pas à s’y dévoiler, à s’y mettre à nu, à révéler les tourments qui le hantent. Bien sûr, les Suédois restent fidèles à l’héritage sabbathien, par ses riffs gras et heavy («The Weary», ouverture  percutante très seventies), tantôt menaçants («I’ll Be Damned»), tantôt planants («To Each Their Own»). Le son est épais, parfois grésillant. Quant à la basse, magie de la formule trio, elle renforce cette lourdeur plus doom que stoner. Mais les Suédois nimbent ce «Your Time To Shine» d’une mélancolie, d’une tristesse bouleversante, que ce soit dans la voix de Thomas V Jäger, lointaine et comme résignée, ou dans les guitares déchirantes. Les deux derniers morceaux que sont le magnifique titre éponyme et le fabuleux «Siren Of Yersinia» (chanson faisant référence à la peste) brillent de mille ténèbres, se déploient en une longue procession, en un terrible cheminement qui, inéluctable, mène à la mort. «Your Time To Shine» est le fruit étrange d’une époque tourmentée, d’un monde qui glisse vers sa perte.

Voilà une union bien fangeuse, célébrée dans des eaux marécageuses. Les témoins ? Des crocodiles affamés, prêts à passer à l’attaque. Le prêtre ? Un ange morbide, dont Verdun reprend en français, et de fort belle manière, "Dawn Of The Angry", tiré de "Domination". Old Iron, malsain en diable oscille entre l’agressivité angoissante d’un sludge colérique ("Planetsimal") et le désespoir doomesque de son second titre "Strix Nebulosa". Voix lointaine et terrifiante, batterie qui mène la danse macabre, guitares torturées, les Américains dessinent à la suite nos pires cauchemars. Outre la reprise de Morbid Angel, Verdun brille d’un éclat fébrile sur les huit minutes d’un "Narconaut" déchirant, tendu, menaçant, porté par des vocaux hallucinés. Une lourdeur envoûtante qui s’achève aux confins de l’horreur.

Spiral Grave est l’héritier d’Iron Man, orphelin du guitariste-fondateur et compositeur Alfred Morriss III, décédé en 2018. Sa maladie était la cause du silence du groupe depuis la sortie de l’excellent "South Of The Earth" en 2013. "Legacy Of The Anointed", avec Will Rivera (Lord) en nouveau membre, s’inscrit dans la lignée de cette œuvre majeure du doom, comme en atteste la présence d’un "Nightmare On May Eve : Dunwich Pt 1", flashback du "Half-Face/Thy Brother’s Keeper (Dunwich Pt. 2)" présent sur "SOTE". Les vocaux, que l’on peut trouver agaçants, de Dee Calhoun, les riffs aisément mémorisables, le groove général - mention à la basse - et le son typé années 70’s rappellent les heures anciennes. Toutefois, les survivants n’hésitent pas à accélérer le tempo, à proposer des titres rapides ("Your Ennemy’s Ennemy", "Tanglefoot"), aux sonorités heavy. L’album regorge d’agressivité, de colère ("Nothing") et plonge parfois dans une atmosphère poisseuse, sudiste, comme sur "Abgrund", huit minutes de doom malsain qui explose en une furie foudroyante pour conclure en beauté ce "Legacy Of The Anointed" de haute tenue.