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Interviews (43)

15.01.22 15:14

Blockheads

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Sans vouloir exagérer en parlant directement de légende, il est un fait certain que Blockheads s’est positionné, en 3 décennies de carrière, comme l’un des pionniers incontestables d’une scène grindcore française qui, depuis une bonne dizaine d’années maintenant, se place comme une référence au vu de ses qualités et de sa diversité. Alors quand l’occasion est donnée de s’entretenir avec l’un de ses membres, on la saisit. À l’occasion de la sortie de « Trip To The Void », petit chef-d’œuvre qui aura indéniablement marqué la fin d’année 2021, c’est Raph (guitare ou basse selon les occasions) qui nous a accordé l’entretien qui suit et ce sans compter ses heures. Une interview fleuve mais aussi et surtout une rencontre humaine riche entre 2 passionnés. 

Qu'est-ce que vous avez foutu ces 8 dernières années ? This World is Dead est sorti en 2013. Pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour proposer un nouvel album ? Cette question revient régulièrement. Et c’est normal. On est pas mal répartis, avec Xavier à Annecy et nous autres en Lorraine. Ça nous donne un rythme de répétition quand même restreint. Parfois, on doit consacrer des répétitions entières au live. Ceci dit, on est aussi, on va bien l’avouer, assez lents. On jette pas mal de riffs. On peut être assez exigeants avec les apports des uns et des autres. Et puis l’album a été enregistré il y a plus d’un an, aussi. Le mix et Le master ont pris pas mal de temps.

Pour quelles raisons ? Ça vient de problèmes que vous avez rencontrés ou de ce côté exigeant dont tu parles ? Le mix, au départ, était confié à William de Gadget. Il a fait du bon boulot, honnêtement. Le problème est que ça sonnait très « moderne », très metal. Et on savait dès le départ qu’on ne voulait pas du tout sonner comme ça. Il a vraiment travaillé, nous a envoyé pas mal de versions différentes, toutes très bonnes, mais à côté de ce qu’on cherchait. Steph Tanker du Disvlar Studio, qui avait enregistré le disque, a finalement accepté de reprendre le mix et le master. Ça a été plus simple. Il y avait moins de distance et il nous connaît bien. Tout ça a pris des mois mais ça valait le coup.

Et avec lui, l'enregistrement en tant que tel a mis combien de temps? Quand on entend parfois le côté "urgent" de certains morceaux, j'imagine que ça n'a pas dû traîner. Au total, je dirais 7 jours, batterie comprise. Même si les prises de batteries ont été faites un peu avant le reste. Ça nous a permis de justement prendre un peu de temps, refaire, refaire et refaire. Steph est quelqu’un de super exigeant avec lui-même. Il a une oreille très sûre et c’est un bien meilleur guitariste qu’aucun d’entre nous ne le sera jamais. C’est ce qui nous a servi. Il est très exigeant en retour aussi. Mais dans le bon sens. Il nous a vraiment poussés techniquement plus loin que ce qu’on aurait pu faire sans lui. En plus, c’était un peu comme être à la maison. On a vraiment passé ces jours-là ensemble du lever au coucher. Ça reste une très belle expérience

Vous aviez déjà travaillé avec lui auparavant ? Jamais! Et c’est assez étonnant, une entente aussi immédiate. Mais Steph est vraiment adorable.

Parfois le feeling ne s'explique pas et c'est tant mieux. Ça contribue à la magie et là vraisemblablement ça vous a permis de sortir quelque chose de très abouti. Je vous ai découvert il y a 15 ans avec l'excellent "Shapes Of Misery" (2006) et j'ai toujours trouvé le groove dans votre grindcore hyper intéressant. Mais ici j'ai vraiment l'impression que vous êtes montés encore d'un cran en termes de balance entre ce groove et votre côté très brutal. Quand on entend "Cages", "Trip to the Void" ou "Flesh Furnace", les combinaisons fonctionnent à merveille. Ah et bien merci, déjà! J’aime bien quand on parle aussi de ce groove un peu latin que Nico arrive à caser par moment. Je te mentirais en te disant que ça sort tout seul, même si Nico est super surprenant dans certains choix de patterns de batterie. Mais on a essayé d’équilibrer les titres, individuellement, même ceux de 25 secondes. Ça explique aussi la lenteur du processus, étant donné qu’on compose essentiellement en répétition. Mais on a toujours aimé aussi les groupes et les titres très lourds, le sludge, le doom, la noise 90s, et Godflesh. Ça se retrouve par bribes, même dans un disque un peu « compact » comme celui-ci.

Je voulais justement te demander quels étaient les autres styles musicaux dont vous étiez friands dans le groupe et si certains de ces autres styles (ou groupes) avaient une influence sur votre manière d'écrire vos morceaux. Ce qui est assez intéressant pour les uns et les autres, c’est qu’on écoute tous pas mal de choses différentes, mais pas forcément les mêmes. Ça permet de brasser pas mal d’influences, de la powerviolence au sludge justement, mais aussi en ayant parfois certains réflexes de jeu piqués chez Helmet ou Unsane et ce côté un peu sec sur certains riffs. Évidemment ça ne saute pas aux oreilles, mais c’est bien là.

Toujours pour rester dans la composition et la production, pourrais-tu me dire si un groupe comme Blockheads, qui comptabilise déjà presque 30 ans de carrière, avait adopté d'autres méthodes en fonction des évolutions techniques qu'on a pu connaître ces dernières années en matière de home studio, de matériel... En gros, est-ce que Blockheads reste dans une optique "traditionnelle" de composition ou vous vous aidez d'autres outils pour travailler mais sans dénaturer ce côté brut de décoffrage que vous avez ? En partie. Maintenant on garde des traces de tout. Fred (guitare) se charge de monter ça chez lui, ce qui permet de ne pas perdre de riffs, ce qui pouvait arriver, et d’avoir une idée plus précise du morceau, à froid. Il y a évidemment le piège qui consiste à vouloir retravailler sans cesse un titre, mais globalement ça nous aide. Pour la composition en elle-même, Fred apporte la grande majorité du matériel, j’en apporte aussi, et on retravaille tout ça ensemble au local avec Nico (batterie) et Erik (basse), qui a un rôle énorme pour la structure des titres. En général, on retravaille les riffs ensemble, avec un jeu de Ping-pong entre nous trois ou quatre, et on garde la meilleure version. Encore une fois, c’est long mais dynamique. Et pour revenir à ta question, on ne compose que très rarement un titre à la maison. Ça reste démocratique comme démarche.

"Trip to the Void" est une véritable invitation à l'asphyxie et au ramassage de baffes. 25 titres, moins d'1/2 heure et la messe est dite. Quel est le secret de cette énergie pour un groupe de presque 30 ans? Vous ne laissez que les blancs entre les morceaux pour que l'auditeur reprenne son souffle. Je pense que c’est aussi notre album le moins « optimiste ». La période n’incite pas vraiment à l’être, il faut dire. Ça se reflète dans la musique. Ce serait un peu cliché, mais c’est en partie vrai, il y a une colère et un pessimisme latents derrière tout ça. C’est sans doute ce qui explique la densité du disque, même si ça n’est pas forcément conscient. Mais je comprends le côté asphyxie dont tu parles. Ça peut aussi rebuter mais c’est le résultat de ces années qui viennent de s’écouler.

L'album m'a parfois aussi fait penser au "Behold The Failure" (2009) des Suisses de Mumakil qui m'avait fait un peu le même effet à l'époque. En plus c'est un groupe avec lequel vous vous entendiez plutôt bien vu le fait que vous aviez sorti 2 splits avec eux. Des amis, on peut même dire ça.

Vous vous complétiez en quelques sortes même si chacun à son tour en remettait une couche par rapport à ce que l'autre proposait et inversement. C’était un peu la rencontre de l’horlogerie suisse et de la massue gauloise oui (rires).

L'intro de l'album est empruntée au 1984 de George Orwell. Il s'agit de la même phrase d'ailleurs que sur l'intro du morceau « Do Not Speak » de Anaal Nathrakh (sur « Domine Non Es Dignus » - 2004). Tu peux nous expliquer ce choix et en même temps les thématiques développées dans l'album? Ce choix est lié à notre amour commun pour ce livre. On savait qu’on allait s’en servir d’une manière ou d’une autre (je parle du livre). Fred a trouvé cet extrait et on a décidé d’ouvrir et de fermer le disque avec. J’avoue que je n’écoute jamais Anaal Nathrakh donc tu m’apprends qu’ils l’ont utilisé aussi. Mais la phrase est forte, et explicite, ça ne m’étonne pas forcément. Pour l’album en lui-même, nous traitons de thèmes d’actualité, comme la montée de l’extrême droite, du racisme, l’individu dans une société segmentée qui a perdu le sens du collectif, les inégalités sociales, l’aliénation par le travail... L’angle est peut-être parfois plus abstrait ou personnel, mais on écrit sur ces choses depuis très longtemps. Je ne sais pas ou plus si ça a une utilité, mais je ne me vois pas parler d’autre chose dans le groupe. C’est en nous et ça ne partira plus.

Y a-t-il des morceaux qui te tiennent plus à cœur que d'autres? Oui, on a tous nos « chouchous ». Pour ce qui me concerne, ce sont « The Devourer » qui évoque les morts en Méditerranée, un sujet qui me tient à cœur, et « Flesh Furnace », parce que c’est le morceau à part sur l’album. On a pu expérimenter un peu, et tenter une bribe de mélodie dedans. C’est aussi le titre avec le texte le plus abstrait, mais j’aime beaucoup les images qu’on a mises dedans. J’ai un amour particulier pour « Conscience Cleaner » aussi, pour le break, pour le côté jusqu’au-boutiste du morceau.

Le visuel de l'album est une véritable œuvre-d’art. Qui est derrière sa réalisation et quelle symbolique peut-on y voir ? La photo est une œuvre de Roberto Campos, un photographe mexicain qui l’a créée en lien avec son modèle. Visiblement, cette photo a une signification particulière pour le modèle, mais il n’a pas été plus loin dans ses explications quand j’en ai parlé avec lui, après la sortie de l’album d’ailleurs. C’est la seule proposition qui ait emporté l’adhésion de tout le monde dans le groupe. Et c’est vrai que c’est une photo très forte, très graphique, et très chargée émotionnellement. D’ailleurs l’intérieur du livret est tiré de la même session, mais sans modèle. C’est sans doute l’artwork dont nous sommes le plus fiers, je pense. La signification est justement assez ouverte. J’ai tendance à y lire les derniers moments de ce qui nous reste d’humanité avant le grand vide, mais c’est très personnel. On peut aussi y lire la crise de l’individu isolé des autres, peut-être, ou encore une prise de position en soutien au féminisme, ce qui serait cohérent avec ce en quoi nous croyons. Pas de réponse définitive donc, mais c’est l’intérêt des œuvres d’art aussi.

« Trip To The Void » est sorti via 2 labels différents en fonction des formats, Lixiviat Records et Bones Brigade. Un seul ne pouvait pas tout sortir ? En fait quand on a réfléchi à quel label pouvait sortir l’album, on a assez vite pensé à Lixiviat parce qu’on savait qu’ils faisaient du bon boulot. Mais eux travaillent essentiellement du vinyle. Et en discutant, la solution de le sortir avec eux et Bones Brigade, qui sort principalement du CD, a émergé puisque les 2 labels ont l’habitude de bosser ensemble. Ce sont des passionnés et ça a été super simple finalement. On est très contents. Et puis il faut dire qu’avec Bones Brigade, c’est une longue histoire.

C’est vrai que vous avez déjà sorti quelques trucs chez lui. Oui, on a déjà collaboré plusieurs fois avec lui. Ça fait toujours plaisir de croiser Nico. C’était la bonne solution par rapport à un label plus gros comme Relapse parce que déjà tu peux communiquer en français, tu n’es pas dans un roster de 150 groupes et tu ne te retrouves pas à être la 19e roue du carrosse (rires).

Relapse avait sorti votre précédent album « This World Is Dead » et comme vous n’en aviez sorti qu’un seul avec eux, je voulais justement te demander si c’était parce que vous aviez été déçus par la collaboration. Je pense que c’est plutôt l’inverse en fait (rires). Mais c’est plutôt normal. On n’a absolument aucune amertume là-dessus parce que déjà, ils ont travaillé l’album. Çà, il n’y a pas de problème…

… C’est vrai que généralement, il n’y a pas vraiment de sortie sur Relapse qui passe à la trappe. Ils bossent leurs sorties, ça c’est une évidence. Après je pense que Relapse est plus adapté à des groupes qui vendent et tournent plus que nous. Parce qu’arrivé à la cinquantaine, c’est compliqué de se débloquer 3 semaines pour aller tourner aux États-Unis. Alors que quand tu sors un album chez Relapse, c’est ce que tu devrais faire finalement. On leur a proposé cet album mais ils ont été très clairs avec nous et ne l’ont pas pris. Je pense qu’ils ont écoulé le pressage du précédent mais ils ne l’ont pas repressé. Ce qui est logique. Quand tu fais du grind old school tu ne vas pas en vendre des palettes. Personne ne se fait d’illusions là-dessus. On n’est pas comme Full Of Hell qui a un côté beaucoup plus moderne dans son grindcore. Il faut quand même apprécier le style pour ce qu’il est. Mais ça me parait logique encore une fois. Les mecs de Relapse, ils vivent de ça, ils paient leur loyer et bouffent avec le salaire que leur fournit le label. Tu as des contingences qui ne sont pas les mêmes. Donc ça ne m’a pas choqué.

Vous prenez ça avec une certaine sagesse dans un sens. Vous gardez les pieds sur terre. Oui il faut. En plus, on ne veut pas se prendre pour des gens qu’on n’est pas non plus. On n’a jamais été autre chose qu’un groupe de grind et s’il y a bien une musique de niche, c’est bien celle-là.

Mais tu ne peux quand même pas nier que Blockheads, d’un point de vue grindcore français et européen, est un groupe qui compte ? C’est super difficile d’avoir du recul par rapport à ton propre groupe et de voir comment tu es perçu. On est là depuis 30 ans, on a beaucoup tourné, je crois qu’on a un capital sympathie parce que les concerts sont ce qu’ils sont (rires) mais après il y a d’autres groupes comme ça. Si tu prends Agathocles, çà aussi c’est un groupe qui compte. Ils vendent des paquets d’albums…

… Oui mais ils ont 15 sorties par an… C’est vrai qu’ils sortent beaucoup de splits et nous on n’en sort pas tellement. J’ai énormément de respect pour Agathocles. Mais ça restera toujours comme les Québécois de Archagathus, qui est fortement inspiré d’Agathocles d’ailleurs, qui vont à fond dans leur truc. Ça restera toujours confidentiel. Pour moi ce n’est ni bien ni pas bien, c’est un état de fait. Je ne fais pas partie des gens qui pensent que tout doit rester underground pour l’underground puisque quand on fait de la musique c’est quand même pour que les gens écoutent ce qu’on fait. Après il y a le facteur réalisme qui fait que ça reste une musique qui n’est pas facile d’accès. Pour plein de gens, ça restera toujours du bruit. Et le corollaire de ça c’est que tu n’en vendras jamais beaucoup. En soi ce n’est pas grave, nous on le fait.

Et quand tu le fais, tu le sais finalement. Bien sûr, et encore une fois on n’a zéro problème avec ça. C’est juste comme ça. Nous on est contents de tourner et de sortir des disques et c’est le plus important je pense.

Est-ce que le fait d’avoir 2 labels qui sortent « Trip To The Void » sous différents formats vous fait bénéficier de canaux de distribution plus larges ? Je pense que les 2 travaillent avec les mêmes distributeurs pour tout ce qui est commerces, magasins de disques… mais ont peut-être effectivement des canaux différents pour envoyer aux distros (personnes ou structures qui vendent albums et merchandising de différents groupes via internet ou directement lors de concerts – ndr). Ce qui est sûr c’est que les 2 ont communiqué sur l’album. Maintenant la coopération de labels pour sortir un disque fait partie du côté culturel de la scène crust ou punk hardcore. C’est rigolo que tu me poses la question parce que je ne me l’étais jamais posée comme ça effectivement. Mais il fallait ça de toute manière. Comme je te disais, Lixiviat travaille essentiellement le vinyl et c’est intéressant parce qu’ils travaillent toujours avec le même presseur, Vinyl Record Makers dans l’ouest de la France, qui a un comportement intéressant parce qu’en ce moment le marché du pressage vinyl est assez tendu. Il y a un manque de matière première et les majors font presser des trucs en grosse quantité. Mais eux n’ont jamais laissé tomber les indépendants. Moi ça me fait plaisir de travailler avec quelqu’un qui ne laisse pas de côté les labels DIY pour faire du repress de Sheila.

C’est du circuit court. Il y a un peu de ça. Et puis c’est aussi à chacun son domaine d’expertise. Lixiviat pour le vinyl et Bones Brigade pour le CD. 

L’album est aussi disponible en streaming ? Oui, il est écoutable sur les plateformes. Quant à notre Bandcamp, il faut qu’on remette le tout un peu d’équerre mais a priori début 2022 tout devrait être rentré dans l’ordre à ce niveau-là. Pour ma part j’écoute assez peu de musique via ces canaux-là et donc on était assez contents que les labels s’en occupent parce que sinon je pense qu’on n’aurait pas su comment faire.

Qu’est-ce que ça représente d’ailleurs à l’heure actuelle un label de grind pour un groupe comme le vôtre en termes d’investissements, que ce soit financier ou autre ? Est-ce qu’ils ont participé, par exemple, à l’enregistrement ? Non, l’enregistrement on l’avait fait avant d’avoir un label. Donc eux se sont occupés du pressage, de la distribution, de la promo… Et c’est bien comme ça. Les labels qui paient les enregistrements maintenant, ça devient de plus en plus rare.

Pour en revenir au format vinyl, je serais assez curieux de voir le rendu de votre pochette dessus. Elle doit être superbe. Ouais elle claque. J’en suis super content. En plus le papier n’est pas tout à fait mat mais est un peu velouté je dirais. Il est très légèrement brillant mais à peine. Et comme les couleurs sont assez froides, ça rend super bien. Et c’est un gatefold, donc l’intérieur c’est juste une photo en plan large du marécage mais que le photographe a prise avant d’y installer le modèle. Donc c’est juste le marécage vide mais sans rien d’autre, pas une lettre, rien du tout. Comme je le disais, je pense que c’est le premier artwork pour lequel personne n’a rien eu à redire. On a eu beaucoup de questions là-dessus parce que c’est un artwork qui ne fait pas grind.

C’est justement ça qui est intéressant. Ben ouais. Tu vois quand Xav (chant) nous a montré la première fois la photo au local à l’arrache sur son téléphone, l’un d’entre nous a dit « waw, elle est chouette la pochette du nouveau Emma Ruth Rundle ». Et ce n’est pas faux. Ça pourrait être une pochette de post-rock. C’est pour ça qu’on a choisi de ne pas mettre de logo dessus.

La photo parle d’elle-même et c’est vrai que ça dénote avec les visuels précédents. Si on prend celui de « This World Is Dead »  avec ce paysage de désolation, la photo était très belle mais elle collait complètement au sujet. Ici, c’est un peu comme si vous preniez l’auditeur à contrepied. Est-ce que selon toi ce ne serait pas un peu une manière de vous réinventer dans un style qui a trop souvent été cloisonné ? Oui, c’était un peu l’idée qu’il y avait derrière tout ça. Tu sais là on approche de la cinquantaine. Tu as vu la vitesse à laquelle on sort des disques (rires). En fait on ne sait pas mais celui-ci pourrait bien être le dernier. Après on fera des splits, et on en fera plus qu’avant, c’est sûr. Mais donc on voulait vraiment sortir l’album qu’on voulait et ne pas tourner en rond notamment au niveau de la pochette. On avait envie de se faire plaisir. Celle-là a été un peu trouvée par hasard mais c’est un bon hasard. On a eu d’autres propositions avant mais à chaque fois, l’un d’entre nous avait quelque chose à redire, alors que là tout le monde a fermé sa gueule. C’était ça qu’il nous fallait. On a seulement envoyé un mail au photographe Roberto Campos, qui était content apparemment parce qu’il écoutait du métal mais il n’avait jamais travaillé avec un groupe je crois.

Ce que je trouve intéressant c’est cette espèce de dichotomie avec « Trip To The Void » qui est peut-être votre album le plus frontal et le plus violent dans tout ce qu’il représente et paradoxalement, c’est celui qui possède la pochette la plus belle. Je pense que c’est en tout cas l’album où Nico (batterie) s’est le plus lâché. Mais on n’a pas fait exprès. On ne s’est pas dit au début qu’on ne voulait que des morceaux courts. Ils sont juste sortis comme ça. C’est un album compact, on est en-dessous de la demi-heure.

Tu es à nouveau dans le groupe depuis 2017. Oui. J’étais arrivé en 2002 pour remplacer Payot à la basse et je suis parti en 2008. Mais j’étais toujours resté en contact avec le groupe et les mecs m’ont rappelé pour me dire qu’Erik (basse, chant) avait un boulot qui lui prenait pas mal de temps et ils m’ont proposé de revenir mais à la guitare cette fois. Et pour les concerts où Erik ne savait pas être là, l’idée était de faire ça à une guitare et moi je prenais la basse plutôt que d’annuler la date. Je trouve que c’est une bonne solution, ça permet d’être souple.

On parlait avant des labels et des tournées et on se rend compte que Blockheads ne tourne pas vraiment beaucoup. C’est plutôt un choix de votre part dû à l’âge et aux occupations de chacun comme tu le disais avant ou un manque d’opportunités ? Comme on a tous des tafs et des gosses, c’est assez difficile de mobiliser 2 semaines. Et aussi, par rapport aux enfants, on refuse catégoriquement de partir et de demander à nos femmes qu’elles s’occupent d’eux pendant 2 semaines. Personne ne voudrait le faire et il y aurait aussi une incohérence par rapport à ce qu’on défend concernant l’égalité homme – femme. Je ne critique absolument pas les groupes qui tournent en disant ça mais pour nous c’est important d’être là. Et puis il y a aussi un autre truc qui fait que le groupe dure, c’est qu’on s’est toujours dit que le jour où Blockheads deviendrait une contrainte, on perdrait ce côté familial. On essaie de faire au mieux, on va essayer de tourner un peu en octobre-novembre prochain. On a une date à Strasbourg en février, une autre à Dijon et si tout se passe bien, il devrait y avoir une date à Londres en septembre.

Pour tout ça, vous avez un booker ? On n’a pas vraiment de tourneur pour l’instant. Peut-être qu’on sera obligés d’y passer pour la tournée d’octobre par rapport à certaines salles mais on ne sait pas encore.

Je voulais faire le rapprochement entre Inhumate et vous. À quelques années près vous êtes de la même génération et à l’occasion d’un petit festival grindcore organisé en Belgique par « Stooph », le batteur d’Insane Order (le We’re Not Worthy Fest les 22 et 23.10.21 au Canal 10 à Hautrage – ndr), j’ai eu l’occasion de revoir Inhumate. Et on s’est dit avec quelques copains après ça que les mecs d’Inhumate, au même titre que Blockheads, avaient beau avoir l’âge qu’ils avaient, ils montaient sur scène et donnaient encore une leçon de grindcore à tout le monde. En tant que « chefs de file » d’une scène grindcore française qui regorge de qualités, j’aurais voulu avoir ton opinion sur l’évolution de cette scène et connaître un peu les groupes que tu mettrais en avant pour l’illustrer. La question est compliquée pour moi parce que pas mal de personnes sont des potes…

… Je sais, je suis désolé mais démerde-toi (rires). Je vais essayer d’être le plus objectif. La scène grind française est pour moi ultra vivante. Et qualitativement, elle est vraiment chouette. Il y a des groupes dont je suis ultra fan, comme Whoresnation. S’il y a bien un mec qui a compris comment balancer des riffs grind et les jouer c’est Lopin. C’est du grind comme moi je l’entends. Leur dernier « Mephitism » (2018) est une baffe. Il y a Chiens évidemment et leur dernier qui est monumental (« Trendy Junky » - 2019). Leur batteur Sacha est pour moi un des meilleurs du genre avec un jeu plus rock. Il y a Warfuck évidemment mais aussi Gummo, Tina Turner Fraiseur, Vomi Noir… Je ne sais plus s’ils existent encore mais j’avais pris une tarte monumentale au Moshfest de Montpellier il y a quelques années avec Riposte, un groupe de powerviolence de Paris. Il y en a vraiment plein. Et c’est super que la scène soit comme elle est maintenant parce qu’à un moment j’allais dans les concerts grind et je ne voyais pas tant de jeunes que ça. Alors que maintenant le public se rajeunit un peu. On n’est pas dans la transmission de savoir ou quoique ce soit mais ça ferait chier que la scène grindcore s’éteigne d’elle-même faute de nouveaux combattants (rires). Je ne veux pas passer pour le mec chauvin mais moi j’y trouve plus mon compte au niveau qualité et diversité avec les groupes français, ou francophones en général parce qu’il ne faut pas oublier le Canada. Il y a Grist aussi ou encore Bain De Sang, avec notre ancien guitariste Raph, Doomsisters, dans un style plus grind sludge. Il y a Gros Sel aussi qu’on oublie souvent.

Pour terminer je voulais te demander un peu ce qui se profilait à l’horizon pour Blockheads. Tu as parlé de quelques dates et de faire un peu plus de splits qu’avant… Oui on a recommencé à composer et je pense qu’on va essayer de faire des splits avec des copains, mais je ne sais pas encore avec qui ni qui va les sortir. Mais là ce qui est vraiment cool, c’est qu’on a trouvé un bon endroit pour enregistrer pas loin de chez nous, dans des conditions idéales et chez un mec qui nous connait. Enregistrer chez Steph Tanker, au Disvlar Studio, c’est un peu comme enregistrer chez soi.

24.11.21 14:44

Nanowar of Steel

Écrit par

Nanowar, comme pas mal de groupes de rock/metal parodiques, a connu le succès un peu tardivement avec un album plus facile d’accès, parlant à un plus grand nombre. Ultra Vomit a eu son Panzer Surprise, Nanowar a eu son Stairway to Valhalla. Voir donc le quintet revenir à la charge avec un album respirant totalement l’italianité était quelque peu surprenant. Si cela a été le point d’ancrage de l’interview, une analyse approfondie des paroles rend compte d’idées parfois drôlement engagées, enracinées dans l’histoire et la culture historique et moderne d’un pays pas toujours bien connu au-delà des cartes postales. On en a discuté avec Edoardo, alias « Gattopanceri666 »

Salut ! Bravo pour ce nouvel album ! Pour directement lancer mon pavé dans la mare, je voulais comprendre pourquoi vous vous êtes mis en tête de sortir un album 100% italien, avec des chansons traditionnelles, des références et même un chant totalement lié à l’Italie ! Après avoir explosé avec « Stairway to Valhalla », c’est un choix audacieux ! Pourquoi avoir décidé de faire ça maintenant ? Hello ! Cela fait partie de notre projet à long-terme, celui de commencer une école de langue itinérante pour apprendre l’italien autour du monde. Après tout, nous n’avons aucun talent hormis celui de parler notre langue maternelle, c’est la seule chose que l’on peut offrir ! Donc on s’est dit que l’on pourrait en profiter en donnant envie aux gens de l’apprendre. Ainsi, les gens viendront nous voir en concert, mais la leçon ne durera qu’une heure et demie !

Je vois ! Et votre label s’est-il opposé à cette idée de sortir un album purement italien ? Avez-vous rencontré le moindre obstacle vis-à-vis de ça ? Ils nous ont juste dit « scusa ragazzo no parlo italiano pizza mafia arrivederci » [sic] !

L’album conserve malgré tout votre humour si particulier qui a su plaire aux gens. Même en ne parlant pas italien, j’ai trouvé « La Polenta Taragnarok » et « Gabonzo Robot » vraiment funs tout en étant sympas à écouter par exemple. Était-ce votre espoir pour vos fans ne parlant pas forcément votre langue ou non-familiers avec la culture italienne ? Oui, c’était notre façon de penser. Mais comme je le disais, on espère surtout que nos fans viendront assister à nos cours… c’est-à-dire nos concerts !

Puisqu’on en parle, vous avez sorti un clip pour « La Polenta Taragnarok » il y a quelques semaines. En fait, vous avez sorti pas mal de vidéos pour vos deux derniers albums ! Est-ce un exercice que vous appréciez particulièrement ? Comment se passe la réalisation d’un clip pour Nanowar ? Je trouve d’ailleurs que “Norwegian Reggaeton” est toujours l’un des meilleurs clips de votre vidéographie ! On aime bien sortir des clips parce qu’en plus de notre statut de professeurs d’italien, nous avons toujours rêvé d’être youtubeurs. Et si je peux te révéler un secret ancestral : pour être un bon youtubeur, il faut sortir des vidéos ! C’est uniquement pour cela qu’on le fait. Dans tous les cas, notre processus de création se passe à peu près comme ça : « On a une idée ! Est-ce qu’elle est stupide ? Oui ! Est-t-elle bizarre ? Oui ! Est-t-elle gênante ? Oui ! Est-t-elle coûteuse ? Oui ! Alors c’est parti, on fait ça ! »

Dans « L’assedio di Porto Cervo », une amie italienne (qui m’a beaucoup aidé à préparer cette interview !) m’a dit qu’elle parlait énormément d’antifascisme, avec de fameux boulets rouges tirés sur l’extrême droite. Et je n’évoque même pas « La Marcia Su Piazza Grande » qui en parle encore plus ! Je ne vais pas m’avancer outre-mesure puisque je connais très peu la vie politique italienne, mais je suis surpris de trouver des thématiques aussi fortes dans vos chansons. Je suppose que ce sont des sujets qui vous tiennent beaucoup à cœur malgré tout ? Mon amie se demandait aussi pourquoi parler de la Sardaigne en particulier ? Je suppose que t’évoque plutôt « La Marcia su Piazza Grande » en parlant de chanson anti extrême droite ? Il y a un peu de ça, je veux dire se moquer de la rhétorique fasciste, mais ce n’est pas le plus important pour nous. On voulait surtout se marrer. Je veux dire… La chanson parle de Giancarlo Magalli, un présentateur italien très connu (et quelqu’un d’assez simple et amusant de ce qu’on en sait). Et ouais, on en a fait un dictateur fasciste ! Simplement parce qu’on trouvait ça drôle d’en faire un dictateur sans pitié. Quant à la Sardaigne… Et bien l’album parle du pays dans son entièreté, donc on DEVAIT parler de la Sardaigne, il s’agit probablement de la plus belle région d’Italie.

Il y a aussi votre premier single « Der Fluch des Kapt’n Iglo »… Pourquoi avoir choisi de faire un clip pour la version allemande du titre et non l’italienne ? D’ailleurs, j’ai eu l’impression à la lecture des paroles d’une pique lancée à la pêche intensive et aux géants de l’agroalimentaire. En comparaison à Stairway to Valhalla, on dirait que vous vous lâchez davantage sur les idées politiques ! En fait, on a fait deux vidéos pour la chanson… En allemand comme en italien ! J’avoue ne pas trop comprendre ce que t’entend par chanson politique, sauf si t’estimes qu’il est politique de faire une chanson sur un vieux mec qui vend des bâtonnets de poissons surgelés !

Oh désolé ! Ceci dit, je suis aussi étonné de trouver un titre en allemand et même un autre en espagnol sur un album aussi « italien ». Bien qu’impressionné par les capacités de votre école de langue, je me demande les raisons de ces auto-reprises : un défi ? Pour la frime ? Avez-vous beaucoup de fans dans ces pays ? Tout simplement parce que ça sonnait bien et que ça paraissait avoir du sens ! J’ai vécu en Allemagne et en Espagne et j’étais familier avec le Kapt’n Iglo. Et aussi parce qu’en Espagne, il est courant de se moquer des petits vieux qui passent leur journée à épier les sites de construction… Une curiosité que l’on retrouve aussi chez les vieux italiens ! Cela nous semblait pertinent de traduire cet humour dans ces deux langues.

Pour revenir une fois encore sur « La Polenta Taragnarok », c’est un titre qui a fait mourir de rire mon amie italienne, alors que moi j’étais juste occupé à kiffer le morceau sans rien comprendre ! Elle paraît aussi être la chanson la moins directement critique de l’album. Oh c’est très clairement la chanson la plus importante de notre album parce que d’une part Giorgio Mastrota, le héros de notre enfance, nous accompagne au chant dessus. Et d’autre part parce que nous vendons de la polenta sur notre webshop ! Ce n’est d’ailleurs pas une chanson très politique selon ta définition car elle ne parle pas de fish sticks.

Pour aborder le dernier clip, celui sur Gabonzo Robot, j’ai cru comprendre qu’il mettait en scène un robot très connu en francophonie également. On l’appelle « Goldorak » ici ! Néanmoins, votre robot ne paraît pas très sympathique… Qui est-t-il précisément ? Il fait référence à quoi ? Gabonzo est un robot qui est apparu pour la première fois dans les bande-dessinées de Dr.Pira en 1999. C’est un robot avec une grande éthique, qui détruit tout et tout le monde, sans se soucier de leur âge, de leur genre, leur ethnie, leur santé physique, leur nombre de jambes ou leur groupe préféré. C’est le robot du futur, qui permettra d’atteindre la société la plus parfaite possible.

Vous avez réuni une liste impressionnante d’invités pour l’album aussi ! Fleshgod Apocalypse, Trick or Treat, Frozen Crown… L’album est très clairement italien à 300% ! Comment sont nées ces collaborations, qui a contacté qui ? Était-ce chouette à faire ? C’était super plaisant ! On était déjà en contact avec la plupart d’entre eux, donc ça s'apparente plus à une réunion de famille. C’était un honneur de pouvoir réunir autant de musiciens de talent pour chanter des bêtises.

J’espère que c’est une fausse impression, mais j’ai souvent la sensation que la musique « parodique » ou « comique » est souvent mise à l’écart et même diminuée par l’industrie et les mélomanes, comme s’il n’y avait rien au-delà de la blague. Est-ce quelque chose que vous avez déjà ressenti en tant qu’artistes ? Est-ce qu’on a pu diminuer votre talent en tant que musiciens à cause de ce que vous faites ? On a pu ressentir cela par le passé, mais les temps changent. Les gens pensaient que nous étions de piètres musiciens, mais maintenant ils apprécient le côté fun de notre musique. Et ils ne peuvent alors plus dire que nous sommes de mauvais musiciens parce que ce serait discriminatoire envers tous les musiciens officiant dans ce genre-là ! En mode « quoi, tu trouves notre musique fun mais on est de mauvais musiciens ? Cela n’a aucun de sens si toi tu kiffes ! » Et comme le plus important dans la vie c’est de voir nos opinions validées par les autres, surtout sur les réseaux sociaux, on se dit que le résultat en vaut la chandelle !

…d'accord ! Je n’ai pas tout suivi mais je pense que nous sommes d’accord ! En tout cas c’est une idée d’autant plus idiote quand on réalise à quel point l’album est diversifié et recherché, puisque vous avez mélangé plusieurs styles très différents de musique traditionnelle italienne. Puisque je suppose que vous n’êtes pas de tous les coins d’Italie, comment vous y êtes vous pris pour aligner autant de genres sur un seul album ? Est-ce que vous avez dû apprendre de nouveaux instruments ou de nouvelles techniques ? Oui… on a eu à écouter beaucoup de musique de merde que l’on déteste ! C’était la pire chose de tout le processus créatif !

Une autre couche de difficulté est peut-être venue du Covid aussi, non ? Comment vous y êtes vous pris pendant cette période ? Cela m’a changé en critique très bruyant vis-à-vis des politiques mises en place pendant cette période, notamment en ce qui concerne les confinements… Et sur bases scientifiques hein ? Enfin, mis à part cela, cela nous a surtout permis de donner naissance à plusieurs nouvelles idées débiles…Certaines se retrouvant sur ce nouvel album, et d’autres qui se retrouveront sur le prochain !

Je suis celui qui s’est occupé de chroniquer vos deux derniers albums pour Metal’Art, donc j’ai pu avoir un regard (et une oreille !) rapproché de vos dernières productions. J’ai remarqué que vos deux pochettes sont assez similaires, avec un air de bande dessinée symbolisant l’intégralité des éléments de l’album. Qui s’est occupé de ces artworks et avez-vous un mot d’ordre précis vis-à-vis de ceux-ci ? Les deux pochettes (et la plupart d’entre elles en fait) sont dessinées par notre chanteur, qui est illustrateur professionnel. Il a fait beaucoup de bandes dessinées ! Et c’est devenu notre propre style, notre marque de fabrique.

C’est une question un peu bizarre, surtout avec l’album qui vient de sortir, mais vous pensez qu’on pourrait voir un Volume 2 avec des chansons italiennes plus modernes ? Avec des reprises de groupes de metal italiens par exemple ? Cela pourrait être cool comme ça pourrait ne pas l’être tant que ça. Je crois que ça dépend beaucoup de notre inspiration, si l’on parvient à rassembler suffisamment d’idées pour produire un autre album en italien. Mais si ce n’est pas le cas, alors ça n’arrivera pas, tout simplement.

Enfin, nous avons une diaspora italienne assez importante en Belgique, notamment suite au passé que nous avons en commun. Est-ce qu’un nouveau concert chez nous est éventuellement prévu bientôt ? Avez-vous quelque chose à dire à vos fans belges ? On adore le Manneken Pis, nous pensons qu’il s’agit du monument ultime, le meilleur de tous les temps ! On adorerait revenir chez vous, je pense que notre dernier concert doit remonter à 2009 ! Et pour les fans, je ne dirai qu’une chose : « Bilbo Baggins Carabiniere ! » [sic]

 

Merci à Danai pour l’aide précieuse apportée à la réalisation de cette interview !

14.11.21 13:23

Park Rock Festival

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Tous les festivals rock sont en Flandres ! Tous !? Non ! Il existe dans nos contrées, un festival rock, géré par des passionnés, qui ne demande qu'à ravir vos yeux et vos oreilles. Sa potion magique :  c'est vous et votre motivation ! C'est pour cette raison que le Park Rock Festival a créé la "Winter Edition" les 11 et 12 décembre de cette année. Nicolas Sand, organisateur, va nous accompagner pour un petit tour du propriétaire.

Comment est né le Park Rock Festival ? Il a été créé par des jeunes de l’entité de Saint-Ghislain qui voulaient faire un festival dans le parc. Ça a commencé par un petit truc genre boy-scout et d’année en année ça a grandi. En ce qui me concerne, j’ai repris le festival pour la 15e édition en 2018, puis la 16e. Pour la 17e édition en 2020, ça a été annulé à cause du COVID, rebelote cette année et donc la 17e édition devrait avoir lieu en 2022 si tout va bien. L’idée de faire une édition d’hiver était déjà dans les cartons et on s’est dit que tant qu’à attendre un an pour la faire, autant la faire maintenant. On profite d’un subside qu’on a reçu pour l’annulation du festival pour la deuxième année consécutive. Subside qui était donné si on faisait un festival à jauge réduite, répondant aux conditions sanitaires et donc nous voilà !

Le concept de Winter Edition va perdurer ? Nous, on aimerait bien ! On va voir comment se passera cette première édition et comment réagira la commune même si avec Rock Nation, ils nous font confiance. L’idée est en effet d’avoir un Park Rock Winter et un Park Rock Summer.

La structure du festival est toujours la même: un premier jour de tribute bands et un deuxième jour de groupes originaux ? Avant c’était une journée et ce n’était que de la compo. L’organisateur mélangeait beaucoup de styles différents : du death au blues en passant par de la pop et du reggae. Il y avait vraiment de tout. Quand on a repris le festival avec Rock Nation, notre volonté, car on avait remarqué que la commune n’aimait pas trop les “extrêmes”, était de les gommer et de garder un festival rock, d’où le nom. On va essayer de développer la fréquentation qui a toujours plafonné entre 800 et 1200 personnes. L’idée est d’atteindre un premier palier à 1500 et puis 2000 et donc de le faire grandir. Pour que ce soit efficace, je sais que le tribute marche toujours bien et a franchement la cote. Je me suis donc dit pourquoi ne pas profiter de l’infrastructure, qui coûte quand même bonbon, une soirée de plus et faire la veille une soirée tribute. Attention, il s’agit de tributes, ce sont des groupes hommage et pas des groupes cover généralistes qui font du Claude François et du Deep Purple dans le même set....et un Johnny ! (rires) Cette structure a bien fonctionné les deux premières années et on attend avec impatience de faire l’édition suivante sous la bannière Rock Nation. On a d’ailleurs utilisé le même concept pour la Winter Edition parce qu’on sait que ça marche. On va continuer un petit peu avec cette formule, mais je ne te cache pas que, comme on a surnommé ça le “Park Rock Legends Tribute Night”, j’ai déjà dans l’idée de garder le “Park Rock Legends”, mais de supprimer “Tribute Night” et de ne faire venir que des “Legends“ du rock comme Thunder, Bad Company. Un peu comme a fait le Golden Age Festival à Liège. On aurait donc un jour de légendes du rock au sens large et le Park Rock Festival pour les découvertes et les groupes actuels. Voilà un peu l’idée que l’on voudrait développer, mais on va déjà reprendre là où l’on s’est arrêté, même un peu en arrière, puisque pour la Winter Edition on parle d’une jauge de 300 places par jour seulement.

Tu nous as parlé de l’agence Rock Nation, dois-je comprendre que beaucoup de groupes viennent de là ? On a placé évidemment quelques groupes comme tout agent organisateur, mais on a toujours essayé de garder une parité entre les groupes Rock Nation et les autres. Ce n’est pas le Park Rock Nation Festival. Pour l’édition hivernale, par exemple, pour les tributes c’est vrai qu’ils sont quasi tous dans l’agence sauf un, mais pour les compos il n’y en a que deux. C’est aléatoire et notre but n’est pas de faire repasser tous les ans les mêmes groupes.

Comment définirais-tu le Park Rock ? Quelle serait sa particularité ? L’environnement : c'est un très beau parc ! Quand tu es dedans, tu te sens bien et un festival pour moi c’est ça : c’est une atmosphère et il faut s’y sentir bien. La particularité c’est qu’en gommant certains trucs, on veut rester un festival rock à tout prix. On a l’impression que tous les festivals de rock comme Dour, Les Ardentes sont devenus des festivals électro-rap enfin tout ce qui est à la mode. Y’a plus beaucoup de festivals de rock généraliste. Il y a du hard, du metal, de l’extrême, mais ce n’est pas la même chose et j’ai envie de garder cette spécificité-là. Si je pouvais faire monter Little Richard, je le ferais ; pour montrer que le rock est parti de fous furieux comme ça. Je pourrais parler des développements que l’on essaye de faire : des animations pour enfants, faire travailler des artistes locaux, faire des expos. On n’a pas encore eu le temps de faire tout ce que l’on voulait, on a eu que 2 éditions jusqu’à présent. Mais on a déjà fait un atelier de lutherie sauvage pour les enfants : avec un bout de bois et de la corde, ils faisaient une harpe, avec des capsules un tambourin! C’est un festival familial un peu comme l’on fait avec la salle Zik Zak. Donc pour résumer : familial, rock et bel endroit !

La dernière question c’est une carte blanche qui t’es offerte pour un sujet non abordé, mais dont tu voudrais parler. Ça peut paraître bateau, mais je trouve important de le souligner. Je t’ai parlé de la ville de Saint-Ghislain depuis le début, le Bourgmestre Daniel Olivier, soutient ce festival. La commune nous subsidie de manière conséquente pour un festival de village. Je trouve ça assez rare pour le souligner et d’avoir tous ces gens du Bourgmestre, des Échevins jusqu’aux ouvriers qui s’occupent de l’électricité ou du transport qui se dévouent pour le festival, c’est impressionnant. Je ne suis pas pour ce genre de message, mais je suis à chaque fois ébahi par ce soutien et cette énergie. La première année de notre reprise, le Bourgmestre voulait que l’on garde un concours musical, j’étais pas trop pour parce que pour le concours t’as que les musiciens , leurs potes et leurs familles dans la salle. On faisait ça en intérieur et il faisait 35° dehors. Le bourgmestre qui avait déjà un certain âge, est resté du début à la fin assis dans la salle malgré la chaleur pour regarder tous les groupes. C’est pour bien montrer à quel point il soutient ce festival et une commune qui soutient le rock mérite qu'on le souligne !

05.09.21 09:46

Ça a l’air grave - Aaron

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Souvent incompris, parfois même moqués voire injustement critiqués, ils assurent pourtant un travail de l’ombre essentiel. Eux, ce sont les bassistes, les gardiens des fréquences graves. Ils sont la hantise des roadies et de leurs lombaires tant leurs amplis « frigos » pèsent leur poids et sont peu maniables, mais sont aussi et surtout des musiciens généreux au service de leur groupe ou de l’artiste qu’ils accompagnent. Rarement en recherche de gloire, ils ou elles se trouvent souvent en arrière-plan pour incarner, avec la batterie, la paire d’épaules sur laquelle le reste du groupe pourra aisément s’appuyer. Une race à part au service du groove.

C’est le très sympathique et disponible Aaron, bassiste et chanteur de Red Fang, qui nous a accordé quelques instants de plus dans la foulée de l’interview qu’il nous a accordée pour le MA9 (que vous pouvez retrouver en pdf sur ce site, faut-il encore vous le rappeler ?) à l’occasion de la sortie du dernier album des Américains, « Arrows ». Certes brefs, ces quelques mots ne sont toutefois pas dénués d’intérêt en ce qui concerne la vision du bonhomme.  

 

Comment as-tu commencé la basse ? C’était par nécessité. En secondaire, avec un ami, on avait monté un groupe dans lequel on jouait tous les deux de la guitare. J’ai déménagé avec cet ami à Portland et on a cherché d’autres musiciens. On a trouvé un batteur et j’ai switché moi-même vers la basse, ça me paraissait plus simple comme ça. Donc j’ai commencé la musique en tant que guitariste.

Selon toi, quel est le rôle de la basse et du bassiste dans un groupe ? Disons que la plupart du temps je vois le rôle de la basse comme étant une troisième guitare plus lourde et plus grave tout simplement. Je joue donc avec pas mal de distorsion et, en règle générale, je suis la structure mélodique de la guitare. Pour moi, la basse doit être capable de donner le ton du morceau. Mais avant toute chose, le bassiste doit être parfaitement calé rythmiquement avec le batteur, c’est le plus important. Par exemple, dans Red Fang, John (Sherman – batterie) et moi passons beaucoup de temps à définir ensemble une ossature rythmique qui définit le feeling du morceau en fonction des riffs de guitare.

Donc le batteur et le bassiste sont les meilleurs amis du monde ? (rires) Oui tout à fait….ou en tout cas ils doivent être connectés télépathiquement.

Pourrais-tu nous présenter en quelques mots le matériel que tu utilises ? Ma basse est une G&L SB-1, c’est une basse de type « Precision » (un des modèles Fender les plus populaires). Je la joue sur un ampli Sunn Beta Bass. Ce sont des amplis à transistor originaires d’ici en Oregon. Et c’est de lui que vient la distorsion. Et la tête est simplement reliée à un box 4x12. J’ai aussi des micros assez lourds et je suis assez dur avec mes cordes.

Tu joues toujours au médiator ? Presque toujours. Sur certains morceaux, il m’arrive de jouer aux doigts et de switcher sur le mediator pour les parties plus lourdes.

Quels sont tes influences en matière de basse ? Y a-t-il un ou plusieurs bassistes que tu apprécies particulièrement ? Pour ce qui est du bassiste qui a influencé ma manière de jouer, je dirais Rob Wright de NoMeansNo (groupe punk canadien fondé en 1979). Je lui dois beaucoup en termes de son mais il faut dire qu’à ce niveau-là il était lui-même influencé par Lemmy (Motörhead – ndr). Sinon il y a certains bassistes que j’adore comme, par exemple, David Wm. Sims de The Jesus Lizard.

Parmi les morceaux de Red Fang, y a-t-il un titre que tu apprécies particulièrement pour sa ligne de basse ? Un des morceaux les plus funs à jouer est « Throw Up » (sur « Murder The Mountains » sorti en 2011) mais si je dois me pencher sur une ligne de basse, je dirais celle de « Black Hole » qui est un titre qu’on a écrit il y a bien longtemps, en 2007 ou 2008 (bonus track du même « Murder The Mountains »). Il y a aussi une autre partie basse que j’apprécie bien, c’est sur « The Smell of the Sound » (sur le précédent album « Only Ghosts ») parce qu’il s’agit d’accord à la basse. Enfin je ne sais pas si mes parties de basse sont vraiment cools non plus (rires).

17.07.21 14:21

Crescent

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Rares sont les groupes égyptiens qui arrivent à sortir des albums, encore plus ceux qui réussissent à tourner en Europe. Animés par les feux d’une volonté de fer et d’une passion pure pour leur art musical, Ismaeel Attallah (voix/ guitare) et Youssef Saleh (voix/guitare) réussissent cet exploit dans un contexte national pas du tout propice à sa réalisation comme nous le découvrons dans cet entretien.

Votre album est un concept autour du thème des Feux d’Akhet. Pouvez-vous élaborer ? Quelle est cette grande volonté divine que ces Feux représentent ? C’est en fait un concept à plusieurs sens qui sont dérivés de la perception qu’en avaient les anciens. D’un point de vue semi-littéral, les Feux d’Akhet représentent les « feux » de l’horizon, c’est-à-dire le lever de soleil. Une autre interprétation voit dans ces Feux la volonté de Ra qui emplit l’horizon. Pour nous, ils signifient les deux et nous y voyons la représentation de la volonté absolue de sculpter sa propre gloire pour s’élever vers les cieux. Chaque chanson de l’album traite de l’une de ces significations, en y intégrant aussi l’Histoire et l’aspect politique qui se cachent derrière certains éléments mystiques ou religieux de la mythologie.

L’artwork sur la pochette, faite par Khaos Diktator, est impressionnant. Pouvez-vous nous la détailler ? Nous sommes contents qu’elle te plaise. Khaos Diktator a fait un super travail, c’est sûr. La pochette s’inspire, et est en fait une recréation, de la palette de Narmer (ndlr : découverte archéologique vieille d’approximativement 5000 ans). C’est l’une des plus importantes reliques de l’Egypte antique dont elle illustrerait la première unification de la Basse et Haute-Égypte sous un même roi. Qu’elle soit historiquement exacte n’est pas important pour nous. Elle représente le début de quelque chose de colossal qui a pavé la voie de tout ce qui suivit en Egypte. Cela fait partie de cette grande volonté divine et dont traite l’album.

Est-ce que les récents changements dans le line-up ont eu un impact sur la musique du nouvel album ? Les nouveaux musiciens ont-ils été impliqués dans l’écriture ? Ismaeel a écrit l’album il y a à peu près deux ans et nous répétons depuis pour l’apprendre et le peaufiner, d’abord avec l’ancien line-up puis avec le nouveau. Tout était donc déjà prêt quand Julian et Stefan nous ont rejoints. Julian a certes enregistré les lignes de batterie mais elles ont été composées par notre ancien batteur, Amr.

Crescent est depuis ses débuts à la recherche de son identité sonore, qui évolue de fait à chaque album. Êtes-vous à présent satisfaits et est-ce que cette recherche prend avec « Fires of Akhet » ? En ce qui concerne la recherche que tu mentionnes, nous avons trouvé notre son il y a déjà longtemps mais c’est quelque chose qui se développe sans fin. Nous sommes donc très satisfaits de tous les albums que nous avons sortis jusqu’à présent. Nous sommes mus par l’envie d’évoluer et de ne pas nous répéter bien que nous pensons avoir atteint un niveau élevé qu’il ne sera pas facile de dépasser. Nous ne ferons cependant pas de nouvel album si nous avons le sentiment que nous ne pouvons pas nous développer au-delà du précédent.

Comment est la scène metal en Egypte ? Et plus spécifiquement, comment est celle du metal extrême ? Il y a beaucoup de groupes qui essayent de sortir des albums et d’être bookés pour des concerts dont la grande majorité demeure sans succès. Il n’y a pas réellement de scène en Egypte pour supporter les groupes et la plupart des fans n’ont pas cette culture d’appuyer les groupes. Cela est principalement dû à leur jeune âge. Pour couronner le tout, cela fait un moment que plus aucune salle n’organise de concerts de metal, encore moins de metal extrême, par peur des retombées politiques ou d’être pris comme bouc émissaire par des journaux minables dans des histoires vides de sens. La situation est devenue très difficile pour les groupes de metal extrême en Egypte. En ce qui concerne les festivals, c’était possible bien que compliqué par la difficulté de trouver des techniciens et professionnels fiables.

Vous êtes le premier groupe égyptien de metal extrême à s’être produit à l’étranger (par exemple : Wacken Open Air en 2014). Est-ce que cela vous met sous pression ? Nous sommes en effet les premiers à nous être produits dans des festivals réputés et dans autant de pays européens mais nous ne sommes pas les premiers à avoir joué à l’étranger. Cela n’a jamais été un sujet de pression ou de label : nous nous concentrons juste sur la production de l’album et nous faisons notre concert avec toute la passion qui nous anime lorsque nous nous produisons dans des festivals européens. La seule pression que nous pouvons ressentir est celle liée à la logistique et à l’organisation des vols qui peuvent être stressantes.

Vous allez jouer au Dark Easter Metal Meeting en avril 2022 (Munich). Allez-vous en profiter pour faire une tournée en Europe ? Nous en discutons avec le groupe et les agents. Nous verrons bien ce qu’il adviendra car il est bien difficile de prédire ce qui va se passer. Nous ne pouvons qu’espérer au mieux.

Le mot de la fin est pour vous. Nous voulons juste ajouter à ceux qui apprécient écouter notre type de musique de traiter cet art avec le respect et le sacré qui lui est dû. Nous, et beaucoup d’autres musiciens de Black/Death metal, investissons esprit et âme dans la musique. Par conséquent, les auditeurs devraient prendre le temps de digérer l’œuvre avec tous ses ingrédients, et ne pas la traiter comme du fast food. Gardez la flamme haute et à bientôt !

 

20.06.21 11:30

King Buffalo

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Malgré une pandémie rude à plus d’un titre et particulièrement frustrante, le trio derrière King Buffalo n’a clairement pas chômé puisqu’il prévoit non moins de trois albums avant la fin de l’année. Avec un style inclassable et des textes pesants et difficiles, le groupe nous fait part de son spleen, marqué par une période de grands bouleversements. C’est le guitariste et chanteur Sean McVay qui a répondu à nos questions portant autant sur le travail de Beksinski que sur la morosité ambiante découlant de leurs chansons aux titres mystérieux.

Félicitations pour ce nouvel album ! Le premier truc qui m’a surpris en me renseignant sur sa conception est qu’il s’agit vraisemblablement du premier opus d’un trio prévu pour cette seule année 2021. La pandémie vous a inspiré tant que ça ou particulièrement ennuyé ? Que pouvons-nous attendre sur ces albums à venir ? Une sorte de « trilogie » cohérente ou au contraire des titres très différents ? La pandémie a réduit à néant tous nos projets de tournées pour 2020 et il fallait donc trouver une alternative pour rester productif. Comme en plus le nombre d’infections était plutôt bas au sein de notre ville, on a pu se permettre quelques jam sessions… tout en gardant le masque ! On a rapidement accumulé des heures et des heures de nouveau contenu potentiel, ce qui a rapidement fait germer l’idée de produire trois albums pour contenir tout cela. Chacun d’eux aura un style et une ambiance différente, tout en ayant un « scénario » plus global.

Vous vous considérez apparemment comme un projet « heavy psych rock », mais cet album comporte aussi des touches prog marquées. Était-ce un choix délibéré et conscient ou plutôt une évolution naturelle de votre son ? Quel a été votre état d’esprit sur la façon de concevoir l’album ? Je pense que c’était une évolution naturelle. Nous sommes fans de tout type de musique aux relents progressifs, et on tente perpétuellement de nous surpasser et de faire évoluer notre son. Pour l’album, on s’est penché un peu plus sur des rythmes hors du commun ainsi que des sonorités uniques.

J’ai également remarqué que malgré une atmosphère assez inquiétante planant sur la plupart des titres de l’album, chacun des titres « sonne » assez différent l’un de l’autre. « Locusts » paraît presque mystique, tandis que « Hebetation » est plus pêchu avec des riffs et une batterie plus marqués. Comment parvenez-vous à rester cohérent en déployant une telle versatilité ? Hmm… Je dois dire ne pas savoir si on s’en est vraiment préoccupés. On apprécie simplement varier les plaisirs et expérimenter avec des sons nouveaux. Mais au final, ce sont toujours les mêmes mains et les mêmes esprits qui les sortent ! Ce serait difficile de produire quelque chose qui ne sonne pas comme du King Buffalo. On essaye simplement d’avancer sans spécialement se soucier du reste, à moins que cela ne se mette à sonner vraiment bizarre !

Je suppose que la pandémie a également permis un mix intéressant de frustration et de créativité pour tout un panel d’artistes. Vos chansons paraissent assez pessimistes, parfois même nihilistes. Si certaines d’entre elles forment une sorte de poésie noire, un titre comme « The Knocks » paraît carrément dépressif ! Idem pour « Burning ». Êtes-vous attirés par des thématiques plus moroses ? Qu’est-ce qui inspire vos textes ? Est-ce que vous vous sentez bien, personnellement ? Lorsque nous écrivions l’album, j’étais dans une période assez difficile. J’ai eu des soucis familiaux qui trainaient déjà depuis quelque temps, tout en devant vivre avec l’état de plus en plus lamentable et même horrifiant de la culture et de la vie politique américaines… Si on rajoute une pandémie d’ordre mondial et tout cela mis ensemble a pas mal joué sur ma santé mentale. Si j’avais voulu écrire quoique ce soit d’autres lors d’une telle période, le résultat aurait été faux, malhonnête et forcé. Alors j’ai simplement voulu écrire sur ce que j’observais et ressentais. Je suis quelqu’un de plutôt intimiste, donc partager ces sentiments à la face du monde était aussi difficile qu’effrayant. L’album n’est pas qu’une façon de grandir en tant que groupe, mais aussi pour moi, à titre personnel. L’expérience fut très cathartique.

Puisque j’évoquais « The Knocks », elle paraît avoir quelques congruences avec « Silverfish », notamment dans leurs sonorités. Était-ce une manière consciente de les connecter ? Oui. Ces deux chansons prennent place dans l’esprit du protagoniste de l’album. Elles ont la même tonalité et utilisent un effet similaire au niveau de la guitare, afin de les placer dans le même « contexte ». « The Knocks » est la pleine continuation de « Silverfish ».

Les titres de vos chansons sont également plutôt cryptiques, parfois même obscurs. J’ai écouté l’album trois fois et j’admets ne toujours pas comprendre pourquoi « Locusts » ou « Loam » par exemple. Sans nous donner toutes les clés, pouvez-vous nous expliquer comment un titre se rattache au contenu d’un morceau ? Comment choisissez-vous leurs noms ? Et bien, je ne veux pas en dire trop justement, pour éviter de forcer une interprétation plutôt qu’une autre ! Je dirai que pour « Locusts », on évoque l’idée d’une force écrasante, agissant comme une peste accablant les gens qu’elle est supposée servir. « Loam » est un synonyme de « soil » (ndlr: "souiller"), et c’est un aspect crucial de cette chanson. Trouver des noms pour un morceau est toujours un procédé particulier, et c’est généralement ce que l’on fait en dernier. En fait, la plupart de nos chansons n’ont même pas de titre finalisé lorsque nous nous accordons sur le titre de l’album ! En général, je préfère trouver un titre provisoire qui annonce la couleur du morceau… et ce dernier fait le reste, imposant de lui-même le titre final.

J’ai pu comprendre au fil d’interviews que tout le monde n’aime pas forcément parler en termes de « genres » et choisissent au contraire de simplement faire ce qu’ils ont envie de faire. Néanmoins, j’avoue avoir été un peu surpris en entendant des paroles, du texte en lançant l’album ! Le côté prog ou un peu post-rock m’a habitué à une place plus secondaire des paroles. Disons que votre musique pourrait sans doute s’écouter sans elles, mais ce n’est pas du tout une critique ! La voix plus douce et grave rajoute un côté plus « chaleureux » malgré vos thématiques difficiles. Est-ce que les paroles étaient planifiées d’emblée ? Est-ce que vous considérez que vos titres seraient « diminués » sans elles ? J’adore la musique instrumentale, mais je pense qu’avoir des paroles aide à avoir un effet plus structurant, plus lisse. Les paroles « guident » l’auditeur et permettent un scénario plus clair, plus profond. Je ne dirai pas que nous misons tout là-dessus en tant que groupe, mais cela reste un élément important de notre musique. Après, je suis le chanteur…donc, prenez ça avec des pincettes ! [rires]

Un petit mot sur l’artwork : il impressionne d’emblée, et j’ai immédiatement reconnu la patte de Zdzisław Beksiński ! Pourquoi avoir choisi cet artiste et cette toile en particulier ? Qu’est-ce qu’elle raconte sur l’album ? C’est Scott, notre batteur, qui nous a suggéré de nous pencher sur le travail de Beksiński pour la pochette de l’album. C’est un grand fan et c’est lui qui nous a fait connaître l’artiste, dont nous avons fini par égrainer chaque peinture. On était très impressionnés ! L’image que nous avons choisie paraissait englober la thématique et le feeling de l’album parfaitement.

Évoquons brièvement le clip que vous avez sorti récemment. J’ai plusieurs questions à son sujet : premièrement, pourquoi avoir choisi « Silverfish » pour cet exercice ? Est-ce que d’autres vidéos sont prévues pour la sortie de l’album ? Et ce monochrome est plutôt stylé aussi ! Il convient bien au ton sombre et mélancolique de l’album… Est-ce la raison de son utilisation ? Aviez-vous, en tant que groupe, beaucoup de libertés créatives au moment de réaliser le clip ? Nous avions la sensation très tôt lors de l’enregistrement que « Silverfish » avait le potentiel d’être super cool, et que le titre passerait super bien en tant que single. Pour le clip par contre, nous n’avons pas eu beaucoup d’influence sur sa création. On a demandé de l’aide à Mike Turzanski, un artiste et ami que nous estimons beaucoup, et c’est lui qui a élaboré tout le concept et les visuels du clip. On lui a pleinement fait confiance, on savait qu’il pouvait se lâcher, même en ne sachant pas exactement à quel résultat s’attendre. Il nous a simplement envoyé la première ébauche de vidéo après avoir filmer nos scènes, et on était convaincus. Le résultat nous convient parfaitement !

À propos du scénario lui-même, on peut voir la tête et le visage de notre protagoniste se couvrir progressivement de plus en plus de « nerfs », en même temps que le tempo de la chanson s’accélère et devient plus fort et bruyant. Est-ce une façon d’afficher visuellement et auditivement qu’une situation vous rend de plus en plus fou ? « Staring at the cracks in the wall » (ndlr: "regarder les fissures dans les murs") ressemble à quelque chose que l’on a tous du faire lors de cette pandémie ! Comme je disais plus haut, je n’étais pas au top de ma forme lors de l’enregistrement de l’album. J’ai eu l’impression de m’éteindre en quelque sorte, de me réfugier dans mon for intérieur. Et même si chacun à ses propres raisons de se sentir comme cela, je me suis dit que cette sensation devait être assez universelle, au point de permettre à d’autres de se retrouver au sein de la chanson.

J’ai pu remarquer qu’une nouvelle tournée était déjà prévue pour vous. Elle débute dès septembre si je ne dis pas de bêtises ? J’imagine que le public a dû vous manquer ! Qu’est-ce qui les attend, maintenant que vous avez la possibilité de vous produire à nouveau ? Je pense que je peux m’exprimer au nom de tout le groupe en disant qu’on est plus qu’impatient de retrouver les salles. C’est le délai le plus long que nous avons connu entre deux concerts en treize ans. Notre premier concert de reprise va certainement nous paraître très spécial.

J’ai aussi vu que vous aviez proposé plusieurs « lockdown sessions » pendant la pandémie. Même si cela ne remplace bien sûr pas un vrai concert, était-ce une activité qui vous a plu ? Comment les fans ont-ils réagi ? Le succès était au rendez-vous ? Oui, les retours que nous avons eus étaient phénoménaux ! On a reçu un feedback très positif, aussi bien de nouveaux que d’anciens fans.

La pandémie s’est beaucoup invitée dans cette interview et de nombreuses autres, mais est-ce qu’elle a eu un impact « pratique » dans la conception de l’album ? Vous nous avez dit qu’elle vous avait inspiré thématiquement, mais est-ce que le processus d’enregistrement fût bouleversé aussi ? Le processus était clairement différent. Comme je l’évoquais, au début, nous avions la possibilité de nous retrouver avec quelques précautions minimes, car les chiffres liés au COVID étaient bas de notre côté. Mais après quelque temps, le risque paraissait devenir non nécessaire alors que nous avions la possibilité de travailler à distance. Généralement, je taillais dans diverses idées avant de les envoyer aux autres, puis nous répétions chacun séparément. Idem lors de l’enregistrement : nous nous sommes occupés chacun de notre partie individuellement. Lors des finitions, il n’y avait que moi (puisque je suis aussi l’ingénieur du son et producteur du groupe) et alors soit Dan ou Scott. Mais puisque les choses reviennent petit à petit à la normale, on a pu à nouveau se voir tous ensemble et en personne pour l’enregistrement des albums deux et trois. C’est quand même bien mieux !

Enfin, je me souviens d’un concert joué à l’Ancienne Belgique en 2018. Avez-vous des souvenirs du public belge ? Est-ce qu’un nouveau concert dans notre pays vous paraît plausible ? Le public était fantastique et la salle incroyable. Le son surtout était impeccable, tandis que les fans étaient très accueillants… et nous ont permis de tester de super bières belges bien sûr. C’est toujours assez difficile de planifier quoique ce soit en Europe pour le moment, mais je suis sûr qu’on finira par revenir en Belgique très bientôt.

 

20.06.21 10:32

InHuman

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Tel un papillon qui sort de son cocon et nous présente ses nouveaux atours, voici InHuman, connu précédemment sous le nom d’Anwynn. Son nouvel album éponyme a laissé de côté le folk pour faire place à une ambiance plus sombre, plus death mais en gardant toute sa superbe symphonique et mélodique. Déjà sous le charme de l’album, je ne pouvais rêver mieux que de me laisser guider par la multitalentueuse Astrid pour en découvrir davantage sur son univers et sur cette nouvelle facette du groupe.

Ma première question ne sera pas à propos du changement de nom, car tu y as déjà répondu plusieurs fois et nos lecteurs pourront facilement trouver l’information sur votre page Facebook. J’aimerais surtout savoir ce qui a fait évoluer votre musique d’un style plutôt folk vers le death symphonique- gothique. C’est arrivé naturellement. C’est une vision qu’on avait avec les membres actuels depuis assez longtemps et vers laquelle on se dirigeait petit à petit. On voulait faire avec ce nouvel album beaucoup de violence, de symphonies, de mélodies. Beaucoup de tout en fait, jusque dans la production ! C’était une vraie intention.

L’album, les paroles, le trailer, tout laisse à penser que l’être humain, la nature humaine est vraiment le thème central de l’album. Ton travail en est-il l’origine ? Tout à fait, tu as bien cerné l’album ! J’ai en fait deux passions principales ; tout ce qui est psychiatrie et psychologie, car je suis effectivement psychiatre et tout ce qui est condition humaine, nature humaine, psychologie, maladie mentale m’intéressent très fort et m’inspirent. Ça se reflète dans ce que j’écris, dans mes paroles, dans ma façon de voir le monde, dans mon interaction avec les gens et dans ce qui me pousse à faire du créatif donc oui, clairement.

Ça a été facile d’embarquer les autres dans cette aventure ? Franchement oui. Au niveau conceptuel et là je mets la compo pure de côté, c’est surtout la chanteuse Eline et moi. Elle est dans le même trip à ce niveau-là et on se complète super bien. Les paroles sont également écrites par nous deux, plus ou moins à moitié-moitié et donc on est complètement sur le même bateau.

Le visuel de la pochette, qui a d’ailleurs un lien avec un de vos clips, me fait penser au « Parfum » de Süskind et cette envie de mettre l’essence humaine en bouteille. À moi aussi. Ce n’était pas un lien conscient, mais clairement en ayant cette idée en tête depuis longtemps et en travaillant dessus j’ai pensé à plusieurs trucs et mettre l’essence humaine dans une fiole, c’est exactement ça ! Bien vu !

Il y a un morceau qui, pour moi, sort du lot : « Cassus Belli ». J’y ai vraiment vu, plus que dans les autres, un court métrage. Tu as tout compris et je suis super contente que tu l’aies ressenti comme cela. Car c’est effectivement un « film » et à la base, avant que je ne réalise le coût de cela, je pensais faire un film d’animation dessus. J’ai vite compris que je n’avais pas €300,000.00 et on a mis cela de côté. En gros, c’est l’histoire d’un personnage qui doit partir à la guerre et on retourne ici un peu dans notre tendance « moyenâgeuse ». Il doit y aller pour protéger son enfant. D’où les bruits d’enfant et autres bruitages. Il n’a pas envie d’y aller, a très peur et le fait uniquement pour son enfant. Puis, quand il part pour la guerre, il se retrouve à tuer quelqu’un par hasard, enfin je veux dire de manière non intentionnelle puisque c’est pour se défendre. Il est alors envahi d’émotions : comment a-t-il pu tuer un autre être humain ? Mais il se rend compte qu’en fait, il adore ça et que c’était super cool ! Il est pris alors d’une sorte de manie psychopathique où il défonce tout sur son passage. On se rend compte alors qu’en fait le personnage n’est pas un homme, mais une femme ! Elle gagne finalement la bataille, retourne vers son enfant et lui chante une ballade du genre : je vais t’apprendre à te protéger comme maman. Pour être complète, on a fait aussi l’autre côté de cette histoire avec « The Day I Died » où, là, c’est l’histoire du premier homme qui se fait tuer dans « Cassus Belli ». Quand on sera des rock stars et qu’on aura plein d’argent on en fera une vidéo animée 3D.

Je lance un appel à nos lecteurs parmi qui, il y a sûrement des amateurs, voire des semi-pros en animation qui pourraient faire une collaboration ;-) Oui pourquoi pas : on est souvent sur la même longueur d’onde et les amateurs et semi-pros ce sont souvent des gens qui, comme nous, ont un job à côté, bien que certains d’entre nous soient pros, donc quand ils ont un projet ils se mettent à fond dedans, comme nous. Je ne dis pas par-là que les pros ne sont pas passionnés, c’est qu’ils ont juste d’autres projets.

Revenons sur les changements : changer de nom alors que l’on a déjà une renommée ce n’est pas risqué ? Bien sûr, mais tu parles de la fan base, je suppose ? C’est pour cela que ça a pris du temps. On a d’abord changé le visuel pour finalement arriver au fait qu’on allait aussi changer le nom du groupe. Maintenant, on voulait rester authentiques par rapport à la musique et au groupe. C’était le moment où il fallait changer. On a essayé de minimiser le risque en renommant notre page ex-Anwynn/Inhuman, mais il est impossible d’éviter de perdre des fans. J’en suis triste, mais ceux qui ont aimé le groupe d’il y a 15 ans n’aimeront peut-être pas l’évolution. Chacun ses goûts et son évolution musicale, il n’y a pas de mal et si ça plait à certains anciens fans tant mieux.

Passons à la création. Qu’est-ce qui est à la base d’un nouveau morceau : des paroles, un concept, un riff ? C’est souvent une idée qui va créer un texte et une mélodie. Je sais que c’est très cliché de dire que tout le monde fait partie de la compo, mais c’est le cas et c’est une des raisons pour laquelle la création de l’album fut si longue. On l’a commencé il y a 4 ou 5 ans et le tout premier truc qu’on a eu c’est la mélodie folk à la flûte de « No Bullet Required », venant du folk c’est normal, mais on ne s’attendait pas du tout à ce que ça finisse dans une chanson pareille. Chacun apporte au fur et à mesure et ce n’est pas toujours en lien avec son instrument. C’est vraiment un travail commun et en général, pour la direction artistique, c’est moi qui pousse un peu dans la direction que j’ai envie même si c’est une contribution de groupe. Ça prend du temps, c’est fatigant, mais j’aime quand c’est comme ça.

Vous êtes plus actifs sur les réseaux sociaux, probablement à cause de la situation actuelle, mais est-ce quelque chose que vous allez continuer ? Je pense que c’est important de créer du contenu et c’est super cool pour les gens d’avoir du contenu autre que purement une chanson. C’est quelque chose que l’on compte continuer, car ça développe aussi la créativité et c’est ce qui me plait.

Vous êtes deux filles dans le groupe. Est-ce que la perception, l’acceptation des filles dans le metal ont évoluées ? C’est un de mes sujets préférés : je suis une grande féministe, Eline aussi. C’est quelque chose que je me demande très régulièrement. Ça évolue : clairement. Paradoxalement, ou pas, dans le metal ça va encore comparé à d’autres styles musicaux. J’ai eu la chance d’être invitée à une conférence organisée par la Fédération Wallonie-Bruxelles sur la représentation de la femme dans la musique. J’ai eu l’opportunité de discuter avec 4 autres artistes qui, elles, n’étaient pas dans le metal (rap, jazz et classique) et pour le metal, ça va encore, mais il y a encore énormément de progrès à faire. J’ai moi-même changé d’avis dernièrement. Avant j’étais très énervée par tout ce qui est « female fronted metal » et les festivals dédiés aux chanteuses. Je ne refusais pas d’y jouer, mais je n’aimais pas parce qu’on ne devrait pas faire de différence et que le style musical n’est pas défini par le fait que le chanteur ait des boobs ou pas… Mais mon opinion a évolué et oui, dans un monde idéal il n’y aurait pas de différence, mais on n’y est pas encore et changer la manière dont les femmes sont représentées dans la musique ou dans le monde entier passe aussi par de la discrimination positive, puisqu’il s’agit de cela. Elle est peut-être gênante au moment même puisque dans un monde idéal cela n’existerait pas, mais elle est peut-être indispensable, à ce stade-ci pour en arriver là où l’on veut d’ici une génération ou deux. Ça m’énerve donc moins et j’espère donc un monde plus idéal dans pas si longtemps que ça.

Ma dernière question est une carte blanche pour parler d’un sujet qui t’intéresse et qu’on n’a pas abordé pendant l’interview. Le premier truc qui me vient à l’esprit comme tu as parlé du trailer et que j’ai parlé de mes passions c’est que j’aime beaucoup c’est mélanger différents styles d’art : de la musique, de la danse, de la vidéo etc. C’est là-dessus qu’est partie l’idée du trailer. Ça faisait super longtemps que j’avais envie de faire une chanson avec des danseurs. Je pense que ça a résonné avec les gens, ça fait plaisir et j’espère continuer avec d’autres styles d’art complètement bizarres dont je n’ai pas encore entendu parler aujourd’hui.

20.06.21 10:29

Debauchery

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Avec « Monster Metal», Debauchery et son leader, Thomas « The Bloodbeast » Gurrath, reviennent avec trois disques qui forment la «  Trinité des Dieux du Sang ». Le chanteur et compositeur nous plonge dans l’univers sanglant de ce groupe aux compositions directes, à l’efficacité immédiate. Prêts pour le combat ?

Votre dernier album est un triple album, avec trois lectures différentes des morceaux. Pourquoi proposer un tel package à votre public ? J’ai essayé de faire des digipacks sympa durant toute ma carrière. La musique est gratuite partout ; je veux donc offrir des choses en plus dans nos CDs. Je mets beaucoup d’artworks, d’illustrations… En 2007 et 2011 j’ai proposé des CDs bonus avec des reprises, sur d’autres albums, c’était un DVD… Depuis presque 10 ans, j’ai créé mon Univers Musical Debauchery avec Blood God et Balgeroth. Cette aventure a débuté avec l’album hard rock de Blood God, « No Brain But Balls » en 2012 : j’avais fait un disque bonus avec les Vocaux Monstrueux de Debauchery, comme pour « Thinderbeast » qui comprenait aussi un album de reprises de Motörhead. En 2012 est arrivé Balgertoh avec les paroles en allemand dont l’album de 2018 « Hölle Spricht Man Deuesch » avait un deuxième disque avec les vocaux monstrueux de Debauchery et de vieilles chansons de ce groupe en allemand. Le « Fuck Humanity » de Debauchery en 2015 avait, comme le dernier album, un bonus avec Blood God et Balgeroth. Sans compter 2 compilations 3 CDs en 2017 et 2019 pour Debauchery et Blood God. « Monster Metal » prolonge ce passé. L’album principal est celui avec les vocaux monstrueux de Debauchery. S’y ajoutent la version de Blood God, du heavy metal à l’ancienne dans la veine d’Accept et AC/DC et un EP en allemand de Balgeroth. Je suis un artiste et j’aime tout ce qui a trait à la fantasy, à Warhammer ou Warhammer 40000. C’est un peu comme les héros Marvel : parfois, tous mes groupes sont ensemble, comme les Avengers, parfois l’un a un rôle dans le film d’un autre. Je n’ai pas un vrai groupe, j’ai les metal monsters : Debauchery, Blood God et Balgeroth. À eux trois, ils forment la Trinité des Dieux du Sang.

Tu as aussi sorti en 2007 un disque bonus de reprises. Quelles reprises pourrais-tu jouer sur scène ? Nous n’avons jamais joué aucune de ces reprises live. Il y a pas mal d’années, peut-être 10, nous reprenions du Cannibal Corpse sur scène, mais c’était surtout parce que quelques-uns de mes musiciens live étaient fan de ce groupe, et ça matchait avec ma voix. Sur le Debauchery Blood God tour de 2014, nous jouions « Painkiller » de Judas Priest. Je préfère toutefois jouer mes propres chansons : nous ne sommes pas un groupe de reprises. Il s’agissait juste de bonus pour quelques albums.

Préfères-tu écrire et chanter en anglais ou en allemand ? J’apprécie les deux langues. L’anglais est plus rock’n’roll et tous mes groupes favoris chantent dans cette langue. J’ai toujours voulu faire quelque chose dans le style de Judas Priest ou AC/DC. Mais je suis allemand… et je ne peux rien y faire ! L’allemand est une langue si brutale, dans laquelle tout sonne incroyablement « evil ». Ça colle bien avec Balgeroth. J’écris en allemand l’environnement fantasy de mon univers ; mon travail est plus consistant ainsi.

Tu parlais de Judas Priest…. et je sais que tu es fan de Tim Ripper Owen, qui chante sur le premier morceau de  « Monster Metal ». Comment cette collaboration est-elle née ? Je pense qu’il va parfaitement avec mon style. « Jugulator » est l’une de mes principales influences. J’essaie de l’avoir comme invité depuis des années, mais ça ne fonctionnait pas jusqu’à présent. À cause du Corona, tous les gens restaient chez eux et avaient du temps pour ce type de boulot. Pour moi, c’est fantastique !

À propos du Corona, comment as-tu vécu cette période ? J’étais à la maison, à travailler sur les albums. J’ai composé une vidéo pour chaque chanson du nouveau disque. De nouveaux artworks, de nouvelles illustrations : c’était beaucoup de travail. J’ai aussi bossé sur mon magasin en ligne : www.bloodstore.de ; j’avais donc beaucoup à faire.

Es-tu d’accord si je décris ta musique comme directe, comme visant une efficacité maximale ? Oui, j’aime la musique qui va droit au but, avec ces riffs puissants et des refrains forts, comme AC/DC, Manowar, Priest. La plupart de leurs bonnes chansons sont basiques. C’est ce que j’aime et ce que j’essaie de faire. Il n’y a rien de faux dans les chansons et les riffs complexes, mais je veux écrire du metal « catchy », direct et groovy.

Une tournée, quand ce sera possible, est-elle prévue ? Oui… Il y a déjà les shows de 2020… Il devrait y avoir une tournée Debauchery Monster Metal et Balgeroth est prévu au Wolfsfest.

Le thème du sang est important pour toi. Que représente-t-il ? Au début, ce thème vient du Blood God Khorne, tiré de l’univers de Warhammer, sur la chanson « Blood For The Blood God ». Au fil du temps, j’ai écrit la plupart de mes paroles sur l’environnement propre à Debauchery. Tu peux trouver des informations à ce sujet sur mes pages perso. Le Blood God était toujours présent pour les fans de Debauchery, j’ai donc dû le garder dans mon univers. Pour qu’il y ait des différences dans mon monde fantastique, il y a plusieurs Dieux du Sang, aussi appelés Immortales Cruores. Ce ne sont pas vraiment des dieux, ce juste des monstres puissants et brutaux : c’est pourquoi les gens qui les combattent les appellent des dieux. Ce sont des créatures, des vampires, des dragons, tous biomécaniques, avec des pouvoirs démoniaques. Les maîtres les plus puissants des Légions de Blood Gods sont Dracul Drakorgoth, Setekh Drakorgaut et Balgeroth. À eux trois, ils forment la Trinité des Dieux du Sang.

Tu as été contraint de renoncer à ta carrière de prof de philo pour continuer à jouer du metal, ton employeur n’admettant pas cette activité. Pas de regrets ? Du tout. Je suis à fond dans le metal.

 

 

11.04.21 11:20

Ça a l’air grave - Jérémie

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Souvent incompris, parfois même moqués, voire injustement critiqués, ils assurent pourtant un travail de l’ombre essentiel. Eux, ce sont les bassistes, les gardiens des fréquences graves. Ils sont la hantise des roadies et de leurs lombaires tant leurs amplis « frigos » pèsent leur poids et sont peu maniables, mais sont aussi et surtout des musiciens généreux au service de leur groupe ou de l’artiste qu’ils accompagnent. Rarement en recherche de gloire, ils ou elles se trouvent souvent en arrière-plan pour incarner, avec la batterie, la paire d’épaules sur lesquelles le reste du groupe pourra aisément s’appuyer. Une race à part au service du groove.

Pour inaugurer cette rubrique, Jérémie (Emptiness, Meat Heart, ex-Enthroned, ex-Unlocked, ex-Hybrid Viscery – producteur, ingénieur du son et fondateur du Blackout Studio à Schaerbeek) a gentiment accepté de se prêter au jeu dans la foulée de l’interview que nous avions faite de lui à l’occasion de la sortie de l’album « Vide » d’Emptiness (Interview à retrouver dans le Metal’Art 7).

Comment en es-tu arrivé à jouer de la basse ? C’est mon grand frère qui m’a fait découvrir la musique. Il écoutait du metal et jouait de la guitare. Il m’a fait connaître ce genre de musique assez tôt et me poussait à « jammer » avec lui. C’est lui qui m’a proposé de jouer de la basse. Je devais avoir 10 ou 12 ans.

As-tu un rapport particulier avec cet instrument ? Oui. Je sens que c’est vraiment mon instrument. Mais par contre, je ne me considère pas comme un bon musicien. Je ne suis pas du genre à prendre une guitare ou une basse chez moi et jouer comme ça. Je prends l’instrument par nécessité pour composer. Par contre, la basse est l’instrument que je comprends le mieux, mais c’est aussi celui que je mets le plus de temps à enregistrer puisque je prends le temps justement de trouver la bonne ligne de basse toute simple et « catchy » qui soutient tout le morceau. C’est assez dur finalement. De plus, je trouve que c’est un instrument très dynamique, contrairement à ce qu’on lui demande d’être en règle générale, à savoir quelque chose de solide. Le son vient au final de plein de petits éléments, pas entièrement de l’instrument ni de l’ampli. C’est tellement sensible que parfois pour avoir la puissance que tu veux, tu te dois d’être doux avec ta basse puisque l’intention que tu veux traduire ne sera pas forcément ce que tes doigts vont apporter.

Quel est pour toi le rôle prépondérant de la basse ? Qu’est-ce qu’un bon bassiste pour toi ? Le réflexe serait de dire que la basse est le lien entre la rythmique et la mélodie. Et c’est vrai qu’un bon morceau est un morceau qui a une bonne ligne de basse et où tout tourne autour d’elle.

C’est un travail de l’ombre ? Oui, mais ça va avec le caractère des musiciens. Les bassistes ne sont généralement pas des « m’as-tu-vu ? ». Par contre, il y a cette sensation quand tu joues en groupe et que tu sens que ta basse a bien sa place. Ça fait quelque chose de sentir cette connexion avec la grosse caisse. Il y a aussi cette sensation quand tu joues sur ta basse et qu’elle n’est pas branchée. Tu ne l’entends pas, mais tu ressens les vibrations et donc tu l’entends autrement.

Qu’est-ce que tu penses des délires humoristiques qui entourent les bassistes et qui font passer la basse pour un instrument simple, voire simpliste, ou encore qui ne sert pas à grand-chose puisqu’il ne se distingue pas toujours ? On entend ça surtout chez les personnes qui écoutent du metal ou du rock tout simplement parce que la basse n’y a pas un impact aussi direct que dans le funk ou dans le jazz. J’imagine que dans le monde du funk, ces blagues se font moins (rires). Maintenant comme je ne me sens pas spécialement uniquement bassiste, ça ne me fait pas spécialement marrer, mais ça ne me dérange pas non plus. Ça me laisse un peu indifférent au final. (Rires)

Tu joues davantage à l’onglet ou aux doigts ? Sur le dernier album, je joue aux doigts, mais j’étais plus un joueur à l’onglet avant parce qu’on jouait plus rapidement et on avait envie de ce genre d’attaque. Mais maintenant, je trouve ça plus chouette de jouer aux doigts. C’est pareil pour la guitare, parce que j’en joue pas mal sur le dernier album. C’est une manière de sentir l’instrument. Maintenant, notre album est très doux d’une certaine manière. Il n’y a aucune distorsion donc ça va avec, parce que tu ne peux pas toujours te permettre de jouer aux doigts évidemment.

Tu voudrais bien nous présenter brièvement ton matériel et nous parler un peu de tes techniques ou de tes petits « secrets » de jeu si tu en as? Je joue sur une Ernie Ball Stingray quatre cordes. Mon ampli est un vieux Marshall full tube Superbass, pas spécialement puissant, mais il sonne très bien. Je n’ai pas vraiment de secrets si ce n’est qu’on a toujours tendance à dire que la basse doit être compressée, alors que pour moi, le compresseur devrait être toi en jouant. C’est comme ça qu’elle sonne ta basse. On croit toujours qu’il faut constamment mettre le compresseur sur la basse parce qu’on se dit que ça doit être quelque chose de constant qu’on ne doit pas chercher à l’oreille et donc on lui enlève sa dynamique. Alors que ta basse sera énorme si tu apprends à la jouer en tenant toi-même le rôle du compresseur.

C’est assez intéressant, mais c’est une vision spéciale pour un ingénieur du son de se dire que le tout sonnera mieux s’il y a moins d’intervention de sa part après, non ? Non parce que pour un ingé son, c’est toujours une perte d’ajouter quelque chose pour compenser ce qui n’aurait pas été fait en amont.

Tu utilises de la distorsion ? Tout dépend du projet sur lequel je suis. Pour le dernier album d’Emptiness, comme on voulait être le plus naturel possible, c’était la basse directement branchée dans la carte son, même pas dans un ampli. Mais il y a tout de même eu un peu de « disto » sur l’un ou l’autre morceau, mais je serais incapable de te dire ce que j’ai utilisé.

Il y a des bassistes que tu apprécies particulièrement, qui t’influencent ou t’ont influencé ? Je n’ai jamais vraiment vénéré quelqu’un. J’aime les bonnes lignes de basse, mais je ne vais pas chercher plus loin. Je ne saurais pas vraiment te dire qui est mon bassiste préféré. J’ai aussi un rapport assez bizarre avec la musique de ce côté-là. J’aime les groupes, j’adore la musique, mais je me fous un peu du nom des personnes, de qui est derrière quel instrument. Ça se limite à la musique et à la pochette.

Un grand merci Jérémie. Merci à toi, c’était cool.

11.04.21 10:12

Suicidal Madness

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Parmi les sous-genres du Black metal, il en est un qui fait moins l’objet de critiques tant il se développe au-delà de nos ressentis et qu’il parvient à se régénérer à travers les époques ; c’est le black atmosphérique dit « dépressif ». Pourtant, l’on pourrait se dire qu’il n’y a rien de neuf à ce que des artistes expriment un mal être sur les notes qu’ils sortent de leurs tripes. Là où l’intérêt se pose, c’est la manière avec laquelle ils le font. Le détour par les Français de Suicidal Madness est recommandé à tout lecteur ayant une accroche généraliste du metal car exprimer des souffrances, nous l’avons compris, c’est une chose, mais, en 10 ans d’existence, tels des alchimistes, nos voisins ont démontré de solides capacités à transmuter la sombre matière. Suicidal Madness, c’est désormais un quintet qui fête 10 années d’existence et surtout, qui procède à un relifting de réalisations passées à travers un excellent E.P., « Vestiges d’une ère ». Pour en parler avec Metal’Art, Psycho, une des chevilles ouvrières du groupe, n’hésite aucunement à livrer ses états d’âme.

Bonjour Psycho, tout d’abord, comment vas-tu en cette période assez compliquée pour le commun des mortels ? Assez bien merci, malgré les hauts et les bas que l'on rencontre tous depuis de longs mois maintenant, j'arrive plus ou moins à garder une certaine stabilité émotionnelle, ce qui m'empêche de trop sombrer. Mais le moral prend quand même un coup, il faut bien l'avouer, je survis surtout grâce à la musique, en restant extrêmement productif et aussi grâce à la famille, les amis... Je crois que sans tout ça j'aurais déjà clairement perdu pied.

Mine de rien, en tant que guitariste, les années s’écoulent et ton expérience se capitalise toujours plus. En tant que musicien, que ressens-tu dans ton évolution personnelle ? Savoir que l'on évolue est toujours très gratifiant. C'est ce qui nous pousse à continuer et à toujours vouloir aller de l'avant, afin de s'améliorer encore et encore. Je pense que c'est pareil pour chaque musicien, cette quête de l'amélioration perpétuelle. Mais au-delà de ce côté, il y a surtout le plaisir de créer, c'est même l'aspect le plus important pour moi, qui passe même avant l'évolution personnelle. Car comme je le disais dans la réponse précédente, composer m'aide énormément, la musique nourrit mon âme et m'apaise et avec le temps je me rends compte qu'elle fait de plus en plus partie intégrante de ma vie. Créer est devenu comme une drogue dont je ne peux plus du tout me passer.

Avec ce groupe qui t’est manifestement cher, Suicidal Madness, vous avez fait une sorte d’état des lieux de vos premières productions, avec de nouvelles forces à vos côtés, Nekros à la basse et Frakkr à la batterie. Que peux-tu constater au niveau de leur apport sur les titres que vous avez eu l’occasion de créer jadis ? Nekros étant à la base notre bassiste live, il a apporté ses propres lignes, c'est ce qui a ajouté une autre couleur et une autre profondeur aux morceaux. Habituellement, c'est Alrinack qui s'occupe de ce rôle sur les albums, mais pour le coup nous avons réenregistré les morceaux tels que nous les jouions sur scène. Jusqu'à maintenant, nous avions toujours eu recours à une batterie programmée sur nos albums et Frakkr est maintenant notre batteur depuis 2017. Pour l'anecdote, nous avions l'intention déjà pour notre troisième album, d'enregistrer avec lui malheureusement ça n'a pas pu se faire, et nous avons dû une fois encore recourir à la programmation. Cette fois-ci, les choses furent différentes et nous avons pu enfin enregistrer tous ensemble. Évidemment cela change du tout au tout, il a apporté sa propre patte et cela se ressent fortement comparé aux anciennes versions. La combinaison de leurs deux jeux respectifs accouplés aux nôtres a fait que ces anciens morceaux ont eu droit à un nouveau souffle, une seconde vie.

Qui a eu l’idée de sortir un EP d’anniversaire des 10 ans ? Par-delà les sempiternels clichés, en quoi est-ce important symboliquement de fêter votre entité musicale ? L'idée vient de moi à la base, les autres ont bien sûr tout de suite approuvé. 10 ans ce n'est pas rien dans une vie, et au bout de cette décennie nous avons écrit, si l'on peut dire ainsi, le premier chapitre de notre histoire. Une page se tourne et avec notre prochain album nous allons clairement franchir un nouveau cap en termes d'évolution. C'était donc important pour nous de marquer le coup en faisant une rétrospective de notre première période avant de passer à la suite.

Avez-vous eu des retours quant à cette petite galette « Vestiges d'une ère » ? Si oui, de quels types ? Qu’est-ce que les auditeurs trouvent dans votre univers ? Les retours sont pour le moment très positifs, les différentes chroniques que l'on reçoit sont vraiment très bonnes et cela fait extrêmement plaisir. Je pense que ceux qui apprécient notre musique se retrouvent dedans tout simplement. Après, ça reste très difficile de me mettre à leur place, chacun perçoit la musique à sa manière et tout le monde n'a pas la même sensibilité. Mais j'imagine qu'il y a quelque chose de cathartique pour eux tout comme pour nous.

En pensant à tes compères, pourquoi vous être orientés vers le style du black atmosphérique à énergie dépressive ? Aviez-vous chacun des références sacrées selon vos goûts ? En fait, ça s'est fait tout naturellement. Nous ne nous sommes jamais dit qu'il fallait le faire, cela s'est imposé tout seul, au fil des albums. Nous avons beaucoup de goûts assez variés et différents au sein du groupe et je pense qu'à un moment ou un autre nos influences doivent ressurgir et déteindre un peu sur notre musique. Mais on ne cherche jamais à sonner comme tel ou tel groupe, tel ou tel style...

Est-ce que ça te choque si je te dis que je ne trouve pas vraiment votre art pathogène, mais plutôt capable de transcender les brumes des souffrances diverses ? Non, je suis assez d'accord avec toi, dans le sens où ça aurait comme une sorte d'effet thérapeutique. C'est là où j'en reviens au côté cathartique de tout ça. Pour nous, ça nous permet d'évacuer nos souffrances internes, c'est en composant que l'on évacue. Mais on n'est absolument pas dans la complainte et l'apitoiement de soi, on essaie plutôt de, comme tu le dis, transcender cette souffrance, la dépasser et même la sublimer pour qu'au final elle devienne une certaine forme d'art à la manière de nos plus grands poètes maudits qui écrivirent de magnifiques poèmes emplis de spleen, nous c'est au travers de notre musique que l'on s'exprime.

Quel regard portez-vous sur votre carrière ? Y aurait-il des rêves que vous souhaitez accomplir ensemble ? Nous sommes plutôt fiers du chemin parcouru, malgré des débuts assez difficiles, nous avons su au fil des années trouver notre propre voie, évoluer également au gré des albums et avons même eu quelques belles occasions, comme partager la scène avec Nocturnal Depression, Wolves in the Throne Room, Wiegedood ou encore Gorgon. Si on me demande si en créant le groupe en 2010 je pensais que cela pouvait se produire un jour, je n'y aurais jamais cru. Et j'espère que les choses vont continuer en s'améliorant encore. On aimerait beaucoup pouvoir se produire plus sur scène, dès que cela redeviendra bien sûr possible pour tout le monde, jouer à l'étranger par exemple... On verra bien ce que l'avenir nous réservera...

 

Question difficile que je te pose, mais j’y tiens, selon toi, si tu devais dégager un titre de toute votre œuvre, représentant bien votre essence commune, quel est-il ? En effet, le choix est assez difficile à faire, chaque album, ainsi que chaque morceau à une histoire, un vécu propre. Mais je vais jouer le jeu et je vais choisir le morceau "Les larmes du passé", ce morceau qui figure à la base sur l'album du même nom sorti en 2015, et que l'on a réenregistré justement sur notre dernier EP "Vestiges d'une ère" est sûrement le morceau où l'on plane le plus lorsque nous le jouons, que ce soit entre nous en répète ou que ce soit sur scène, il se passe toujours quelque chose de particulier, une sorte de symbiose totale qui nous met limite en transe. Cela est sûrement dû à son côté lancinant et hypnotisant. Même si bien sûr beaucoup de nos morceaux ont ce côté léthargique. Mais celui-ci dégage quelque chose de vraiment unique. Il représente le mieux l'essence même du groupe.

Je te laisse le mot de la fin pour nos lecteurs. Qu’as-tu envie de leur dire ? Tout d'abord merci à toi pour ce moyen d'expression et pour l'intérêt que tu nous portes. Je tiens également à remercier tous ceux qui nous soutiennent, c'est ce qui nous permet de continuer. Un grand merci donc à tous !