Ale

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24.11.21 14:44

Nanowar of Steel

Nanowar, comme pas mal de groupes de rock/metal parodiques, a connu le succès un peu tardivement avec un album plus facile d’accès, parlant à un plus grand nombre. Ultra Vomit a eu son Panzer Surprise, Nanowar a eu son Stairway to Valhalla. Voir donc le quintet revenir à la charge avec un album respirant totalement l’italianité était quelque peu surprenant. Si cela a été le point d’ancrage de l’interview, une analyse approfondie des paroles rend compte d’idées parfois drôlement engagées, enracinées dans l’histoire et la culture historique et moderne d’un pays pas toujours bien connu au-delà des cartes postales. On en a discuté avec Edoardo, alias « Gattopanceri666 »

Salut ! Bravo pour ce nouvel album ! Pour directement lancer mon pavé dans la mare, je voulais comprendre pourquoi vous vous êtes mis en tête de sortir un album 100% italien, avec des chansons traditionnelles, des références et même un chant totalement lié à l’Italie ! Après avoir explosé avec « Stairway to Valhalla », c’est un choix audacieux ! Pourquoi avoir décidé de faire ça maintenant ? Hello ! Cela fait partie de notre projet à long-terme, celui de commencer une école de langue itinérante pour apprendre l’italien autour du monde. Après tout, nous n’avons aucun talent hormis celui de parler notre langue maternelle, c’est la seule chose que l’on peut offrir ! Donc on s’est dit que l’on pourrait en profiter en donnant envie aux gens de l’apprendre. Ainsi, les gens viendront nous voir en concert, mais la leçon ne durera qu’une heure et demie !

Je vois ! Et votre label s’est-il opposé à cette idée de sortir un album purement italien ? Avez-vous rencontré le moindre obstacle vis-à-vis de ça ? Ils nous ont juste dit « scusa ragazzo no parlo italiano pizza mafia arrivederci » [sic] !

L’album conserve malgré tout votre humour si particulier qui a su plaire aux gens. Même en ne parlant pas italien, j’ai trouvé « La Polenta Taragnarok » et « Gabonzo Robot » vraiment funs tout en étant sympas à écouter par exemple. Était-ce votre espoir pour vos fans ne parlant pas forcément votre langue ou non-familiers avec la culture italienne ? Oui, c’était notre façon de penser. Mais comme je le disais, on espère surtout que nos fans viendront assister à nos cours… c’est-à-dire nos concerts !

Puisqu’on en parle, vous avez sorti un clip pour « La Polenta Taragnarok » il y a quelques semaines. En fait, vous avez sorti pas mal de vidéos pour vos deux derniers albums ! Est-ce un exercice que vous appréciez particulièrement ? Comment se passe la réalisation d’un clip pour Nanowar ? Je trouve d’ailleurs que “Norwegian Reggaeton” est toujours l’un des meilleurs clips de votre vidéographie ! On aime bien sortir des clips parce qu’en plus de notre statut de professeurs d’italien, nous avons toujours rêvé d’être youtubeurs. Et si je peux te révéler un secret ancestral : pour être un bon youtubeur, il faut sortir des vidéos ! C’est uniquement pour cela qu’on le fait. Dans tous les cas, notre processus de création se passe à peu près comme ça : « On a une idée ! Est-ce qu’elle est stupide ? Oui ! Est-t-elle bizarre ? Oui ! Est-t-elle gênante ? Oui ! Est-t-elle coûteuse ? Oui ! Alors c’est parti, on fait ça ! »

Dans « L’assedio di Porto Cervo », une amie italienne (qui m’a beaucoup aidé à préparer cette interview !) m’a dit qu’elle parlait énormément d’antifascisme, avec de fameux boulets rouges tirés sur l’extrême droite. Et je n’évoque même pas « La Marcia Su Piazza Grande » qui en parle encore plus ! Je ne vais pas m’avancer outre-mesure puisque je connais très peu la vie politique italienne, mais je suis surpris de trouver des thématiques aussi fortes dans vos chansons. Je suppose que ce sont des sujets qui vous tiennent beaucoup à cœur malgré tout ? Mon amie se demandait aussi pourquoi parler de la Sardaigne en particulier ? Je suppose que t’évoque plutôt « La Marcia su Piazza Grande » en parlant de chanson anti extrême droite ? Il y a un peu de ça, je veux dire se moquer de la rhétorique fasciste, mais ce n’est pas le plus important pour nous. On voulait surtout se marrer. Je veux dire… La chanson parle de Giancarlo Magalli, un présentateur italien très connu (et quelqu’un d’assez simple et amusant de ce qu’on en sait). Et ouais, on en a fait un dictateur fasciste ! Simplement parce qu’on trouvait ça drôle d’en faire un dictateur sans pitié. Quant à la Sardaigne… Et bien l’album parle du pays dans son entièreté, donc on DEVAIT parler de la Sardaigne, il s’agit probablement de la plus belle région d’Italie.

Il y a aussi votre premier single « Der Fluch des Kapt’n Iglo »… Pourquoi avoir choisi de faire un clip pour la version allemande du titre et non l’italienne ? D’ailleurs, j’ai eu l’impression à la lecture des paroles d’une pique lancée à la pêche intensive et aux géants de l’agroalimentaire. En comparaison à Stairway to Valhalla, on dirait que vous vous lâchez davantage sur les idées politiques ! En fait, on a fait deux vidéos pour la chanson… En allemand comme en italien ! J’avoue ne pas trop comprendre ce que t’entend par chanson politique, sauf si t’estimes qu’il est politique de faire une chanson sur un vieux mec qui vend des bâtonnets de poissons surgelés !

Oh désolé ! Ceci dit, je suis aussi étonné de trouver un titre en allemand et même un autre en espagnol sur un album aussi « italien ». Bien qu’impressionné par les capacités de votre école de langue, je me demande les raisons de ces auto-reprises : un défi ? Pour la frime ? Avez-vous beaucoup de fans dans ces pays ? Tout simplement parce que ça sonnait bien et que ça paraissait avoir du sens ! J’ai vécu en Allemagne et en Espagne et j’étais familier avec le Kapt’n Iglo. Et aussi parce qu’en Espagne, il est courant de se moquer des petits vieux qui passent leur journée à épier les sites de construction… Une curiosité que l’on retrouve aussi chez les vieux italiens ! Cela nous semblait pertinent de traduire cet humour dans ces deux langues.

Pour revenir une fois encore sur « La Polenta Taragnarok », c’est un titre qui a fait mourir de rire mon amie italienne, alors que moi j’étais juste occupé à kiffer le morceau sans rien comprendre ! Elle paraît aussi être la chanson la moins directement critique de l’album. Oh c’est très clairement la chanson la plus importante de notre album parce que d’une part Giorgio Mastrota, le héros de notre enfance, nous accompagne au chant dessus. Et d’autre part parce que nous vendons de la polenta sur notre webshop ! Ce n’est d’ailleurs pas une chanson très politique selon ta définition car elle ne parle pas de fish sticks.

Pour aborder le dernier clip, celui sur Gabonzo Robot, j’ai cru comprendre qu’il mettait en scène un robot très connu en francophonie également. On l’appelle « Goldorak » ici ! Néanmoins, votre robot ne paraît pas très sympathique… Qui est-t-il précisément ? Il fait référence à quoi ? Gabonzo est un robot qui est apparu pour la première fois dans les bande-dessinées de Dr.Pira en 1999. C’est un robot avec une grande éthique, qui détruit tout et tout le monde, sans se soucier de leur âge, de leur genre, leur ethnie, leur santé physique, leur nombre de jambes ou leur groupe préféré. C’est le robot du futur, qui permettra d’atteindre la société la plus parfaite possible.

Vous avez réuni une liste impressionnante d’invités pour l’album aussi ! Fleshgod Apocalypse, Trick or Treat, Frozen Crown… L’album est très clairement italien à 300% ! Comment sont nées ces collaborations, qui a contacté qui ? Était-ce chouette à faire ? C’était super plaisant ! On était déjà en contact avec la plupart d’entre eux, donc ça s'apparente plus à une réunion de famille. C’était un honneur de pouvoir réunir autant de musiciens de talent pour chanter des bêtises.

J’espère que c’est une fausse impression, mais j’ai souvent la sensation que la musique « parodique » ou « comique » est souvent mise à l’écart et même diminuée par l’industrie et les mélomanes, comme s’il n’y avait rien au-delà de la blague. Est-ce quelque chose que vous avez déjà ressenti en tant qu’artistes ? Est-ce qu’on a pu diminuer votre talent en tant que musiciens à cause de ce que vous faites ? On a pu ressentir cela par le passé, mais les temps changent. Les gens pensaient que nous étions de piètres musiciens, mais maintenant ils apprécient le côté fun de notre musique. Et ils ne peuvent alors plus dire que nous sommes de mauvais musiciens parce que ce serait discriminatoire envers tous les musiciens officiant dans ce genre-là ! En mode « quoi, tu trouves notre musique fun mais on est de mauvais musiciens ? Cela n’a aucun de sens si toi tu kiffes ! » Et comme le plus important dans la vie c’est de voir nos opinions validées par les autres, surtout sur les réseaux sociaux, on se dit que le résultat en vaut la chandelle !

…d'accord ! Je n’ai pas tout suivi mais je pense que nous sommes d’accord ! En tout cas c’est une idée d’autant plus idiote quand on réalise à quel point l’album est diversifié et recherché, puisque vous avez mélangé plusieurs styles très différents de musique traditionnelle italienne. Puisque je suppose que vous n’êtes pas de tous les coins d’Italie, comment vous y êtes vous pris pour aligner autant de genres sur un seul album ? Est-ce que vous avez dû apprendre de nouveaux instruments ou de nouvelles techniques ? Oui… on a eu à écouter beaucoup de musique de merde que l’on déteste ! C’était la pire chose de tout le processus créatif !

Une autre couche de difficulté est peut-être venue du Covid aussi, non ? Comment vous y êtes vous pris pendant cette période ? Cela m’a changé en critique très bruyant vis-à-vis des politiques mises en place pendant cette période, notamment en ce qui concerne les confinements… Et sur bases scientifiques hein ? Enfin, mis à part cela, cela nous a surtout permis de donner naissance à plusieurs nouvelles idées débiles…Certaines se retrouvant sur ce nouvel album, et d’autres qui se retrouveront sur le prochain !

Je suis celui qui s’est occupé de chroniquer vos deux derniers albums pour Metal’Art, donc j’ai pu avoir un regard (et une oreille !) rapproché de vos dernières productions. J’ai remarqué que vos deux pochettes sont assez similaires, avec un air de bande dessinée symbolisant l’intégralité des éléments de l’album. Qui s’est occupé de ces artworks et avez-vous un mot d’ordre précis vis-à-vis de ceux-ci ? Les deux pochettes (et la plupart d’entre elles en fait) sont dessinées par notre chanteur, qui est illustrateur professionnel. Il a fait beaucoup de bandes dessinées ! Et c’est devenu notre propre style, notre marque de fabrique.

C’est une question un peu bizarre, surtout avec l’album qui vient de sortir, mais vous pensez qu’on pourrait voir un Volume 2 avec des chansons italiennes plus modernes ? Avec des reprises de groupes de metal italiens par exemple ? Cela pourrait être cool comme ça pourrait ne pas l’être tant que ça. Je crois que ça dépend beaucoup de notre inspiration, si l’on parvient à rassembler suffisamment d’idées pour produire un autre album en italien. Mais si ce n’est pas le cas, alors ça n’arrivera pas, tout simplement.

Enfin, nous avons une diaspora italienne assez importante en Belgique, notamment suite au passé que nous avons en commun. Est-ce qu’un nouveau concert chez nous est éventuellement prévu bientôt ? Avez-vous quelque chose à dire à vos fans belges ? On adore le Manneken Pis, nous pensons qu’il s’agit du monument ultime, le meilleur de tous les temps ! On adorerait revenir chez vous, je pense que notre dernier concert doit remonter à 2009 ! Et pour les fans, je ne dirai qu’une chose : « Bilbo Baggins Carabiniere ! » [sic]

 

Merci à Danai pour l’aide précieuse apportée à la réalisation de cette interview !

Après un premier EP qui m’était totalement inconnu, Ültra Raptör revient avec son premier vrai album qui propose plus de … tout en fait. Plus fou, plus beau, plus épique, plus déconneur. Avec un nom pareil, on s’attendait déjà à un délire assumé, tandis que la pochette (nettement plus belle que celle de l’EP éponyme, il faut bien le dire) donne le ton : ce sera de la bonne grosse référence à la pop-culture des années 80 comme elle a été mille fois parodiée au cours de la dernière décennie. Il n’y a rien de plus cool que des cyber-dinosaures, si ce n’est des guerrières peu vêtues et les vaisseaux spatiaux. Au risque de vous spoiler encore plus, les titres se présentent à peu près comme suit : « Cybörg-Rex », « Nightslasher », ou encore « Caustic Shower ». Autant de combinaisons de mots des plus évocateurs, façonnant immédiatement une image mentale forte à celui qui s’apprête à les découvrir.

Pour autant, ce « Tyrants » m’a surpris par ce processus que j’ai tendance à appeler « l’élastique », qui est une variante de la trajectoire « en cloche » : dans ce dernier cas, la sauce grimpe progressivement jusqu’à culminer pour ensuite doucement redescendre. Dans le cas de l’élastique, cela signifie plutôt que le début de l’album m’a un peu ennuyé. Certes, c’est de la grosse réf’ présentée comme telle. OK, ça va très vite et ça pète de partout. OK, ça joue un peu plus dans la cour du speed/power que du speed/heavy à la Judas Priest (époque Painkiller), et ça confère un aspect épique à la moindre ânerie que pourrait balancer le chanteur. Mais il faut bien le dire… Même si c’est bon délire et pêchu, cela manque d’un petit je-ne-sais-quoi pour que vraiment les morceaux nous accrochent. C’est marrant tout en étant bon. C’est bien foutu tout en étant drôle… Alors qu’est-ce qui dérange ?

Et bam ! «Gale Runner» se met à jouer et là, l’élastique part ! On croirait que le niveau final ou qu’une boss fight s’est enclenchée. Le chant de Phil T. Lung paraît soudainement un brin plus grave, un peu plus éraillé, et son refrain semble parler non plus d’un supervilain comme sur «Nightslasher» mais au contraire plutôt d’un anti-héros sorti de l’imaginaire détraqué d’un dessinateur anglais des 90s. Au côté épique et fou-fou se rajoute des éléments plus incisifs, un ensemble plus lourd. Le heavy tant promis ? Peut-être ! La guitare semble « moins propre » et plus audacieuse. Même chose sur le titre qui suit : « The Quest for Relics », qui semble presque former un diptyque. Une guitare plus crasseuse encore, un rythme toujours plus fou…Il passe enfin le nitro pour continuer leur course ! La guitare de «Winds of Vengeance» fait presque orientale, tandis que le chant prend presque des airs d’opéra. Son bridge, plus long que les autres, fait aussi belle figure. « Caustic Shower » devient pratiquement Thrash ! C’est furieux, inarrêtable. On attend fébrilement que le dixième et dernier titre se lance, sans trop savoir à quoi nous attendre. Malheureusement, il peine à aller encore un cran au-dessus dans le registre de la surenchère… Il revient même un peu à ce côté un peu ringard, mais touchant d’adulescence du début de l’album : c’est là où l’élastique pète. Mais pas sans avoir encore quelques belles vocalises et un chouette bridge passant un peu par toutes les émotions. De la cavalcade de riffs survoltés à une rythmique plus doucerette et annonciatrice de la fin approchante. Il ne rehausse pas le niveau, certes… Et peut-être fait-il bien pour ne pas nous laisser sur notre faim avec un plaisir à son apex sans possibilité de retrouver ses esprits. En tout cas, il reste sympa ce Spacefighter, on espère qu’il reviendra dans notre système solaire.

Alors oui, toute cette review se base beaucoup sur le ressenti. Sans doute plus encore que d’habitude alors que c’est déjà le cœur de mon style de chronique, la technique me faisant parfois défaut. Mais qu’on se le dise : les québécois nous proposent bien davantage qu’une blague ou un énième hommage. L’album met un peu de temps à démarrer, mais il ne nous lâche plus du tout dans sa seconde moitié, et ça laisse déjà présager de belles choses. Et venant de quelqu’un qui en a un peu sa dose… Cela devrait vous donner matière à creuser ! Poussez le délire encore plus loin les gars : même humour, avec plus de férocité encore… Cela ne peut que donner des merveilles.

Argonauta prouve encore son talent inégalable pour dénicher des vraies petites perles. Le label s’écarte pourtant de son catalogue usuel, fait de sludge, de doom et de stoner pour nous présenter un projet blues bien groovy qui n’a pas peur non plus de faire grimper les décibels. Rien que les trois premiers titres, en plus de débuter l’album avec fracas, se montrent plutôt variés et aptes à faire une première bonne impression réussie. « Right On My Level » propose une guitare bondissante, qui vient nous caresser l’échine entre les puissants refrains. « Five Finger Disco » met davantage en avant la batterie et la basse pour nous faire rouler des épaules, avec un chorus lui aussi très efficace. Certainement mon titre préféré de l’album. « Explain » est plus doux, presque langoureux même. On croirait presque voir apparaître un nuage de fumée de cigares et quelques verres de whisky oubliés sur une table défraîchie… au moins jusqu’à la seconde moitié du morceau, où la chanteuse explose, comme incapable de préserver sa façade plus longtemps ! On ne va pas tous les faire, mais citons aussi brièvement « A One Time Investment », aux percussions plus minimalistes (pour ne pas dire tribales). Ou encore « Another Page », dans la lignée « d’Explain » au niveau de l’ambiance… mais qui réussit à ne pas nous lasser malgré des ficelles très similaires. Son bridge phénoménal vient sans doute nous préserver d’une totale redite, et rend le titre presque plus marquant que son grand frère. Est-ce parce que le monde du blues m’est moins familier que celui du hard rock que je me montre plus clément ? Ou bien est-ce parce que les Lucid Furs ont vraiment frappé une corde sensible, une sensation simple de morceau bien fichu et qu’il est agréable d’écouter tout en ayant une bonne dose de peps ? À vous de me le dire ! En tout cas ici, c’est totalement approuvé.

La NDH est un cas d’étude intrigant. Prenant le monde par surprise lors de la seconde moitié des 90s, elle semble patauger dans la semoule depuis le nouveau millénaire, y compris chez les pontes du genre que sont Rammstein et Oomph ! Non pas que le succès n’y soit plus, loin de là, mais la forme est bien différente, donnant plus souvent son sens au titre alternatif de «Tanz/Dance Metal» et moins à ses racines indus plus froides et mécaniques, martiales et sexuellement brutales. Très grossièrement, on pourrait scinder ça en « école de Die Krupps » et « école de KMFDM », encore que cela serait fort réducteur. Mais bref, la scène se cannibalise pas mal, devient même consanguine à force de se concentrer en terres germaniques (sauf rares exceptions) et il faut bien le dire : ça fait longtemps qu’on n’a plus eu de grosse onde de choc dans ce bazar. Et ce troisième Schattenmann reprend peu ou prou la même formule que le précédent. La mauvaise foi nous ferait sourire de voir des titres intitulés « Spring » et « Jetzt Oder Nie », ajoutant encore un peu de crédit à l’idée que le genre copule avec ses cousins. Mais plus sérieusement, il est loin le temps où le genre faisait encore peur et se montrait audacieux dans ses sonorités. Mais dire que « Chaos » est à jeter serait injuste. Le titre éponyme est par exemple une bouffée d’air frais, presque un hymne pop-punk en fait ! «Alles Auf Anfang» possède un côté plus épique presque heavy (notamment par son bridge) , tandis que «Extrem» est simple et efficace, avec un refrain à l’efficacité agaçante. À défaut de sauver la NDH, Chaos se sauve lui-même. L’album est généreux et sans réelle fausse note, si ce n’est un manque de riffs vraiment marquants. Le chant, ainsi qu’une bonne énergie viennent compenser un album un peu lisse.

L’album commence un peu à plat cependant, avec deux titres certes funky mais dont les instruments manquent de peps. Est-ce une façon de rendre hommage à la qualité d’enregistrement de l’époque ? Aucune idée, mais c’est un rien dommage. Heureusement, la pure vélocité de «Small Circles» et «1982» viennent dissiper nos peurs ! Et après ça, ça y est : le groupe est parti, la disto nous accompagne de même qu’une batterie aussi simple qu’efficace. La voix, pas tellement mélodieuse, mais parfaitement adaptée au genre avec ses relents british bien marqués, rajoute encore de la crédibilité à l’ensemble. Le tout manque un peu de folie, de moments où tout part dans tous les sens… En fait, leur musique est très épurée, très primale. On est dans du punk sans artifices et totalement honnête. C’est plus à l’ancienne qu’à l’ancienne, et ça plaira sûrement aux fans des premières scènes du genre. À titre personnel, j’apprécie davantage le punk lorsqu’il se lâche encore un cran en plus, musicalement j’entends. Ici, même si « 6644 » et « LNCCBB » continuent sur une trajectoire énergétiquement revendicative, ça manque un peu de force et de créativité. Un trait qui empoisonne décidément tout l’album. Il s’adresse donc vraiment aux plus vieux crêteux, ou ceux appréciant leur punk allant le plus droit au but possible. Et ce n’est déjà pas si mal d’être si trompeur ! B-Squadron se place comme une vraie capsule temporelle.

Crevons directement l’abcès : le keupon exigeant que je suis ne retrouve pas tellement mon genre fétiche dans l’EP de Malota, et ce malgré des titres plutôt entraînants et gorgés d’adrénaline (et surtout un titre nommé « Anti-Social »… ça ne s’invente pas !) Maintenant que j’ai fait mon chieur, nous pouvons commencer.

« Lampedusa » nous claque la joue d’emblée, avec de gros riffs bien sales en guise de mise en jambe et une batterie simple, mais bien mise en avant. Plus surprenant : au milieu du titre, la guitare semble « engluée » et le tempo diminue. Elle est plus traînante, tandis que le chant se fait plus énervé. « Anti-social » rajoute un cran de vitesse et une basse plus marquée pour un titre plus « punky » malgré des refrains où la guitare traînante fait son retour. « Ministers of Fear » est peut-être la chanson où la basse est la plus affirmée, tandis que le chant est le plus fracassant. Le tout formant une mélodie duelle : à la fois véloce et puissante lorsque la voix et la guitare prennent la main, et au contraire plutôt groovy lorsque c’est la basse qui règne en maître. La fin du morceau ralentit fortement, devenant une sorte de proto-doom étrange… Mais pas désagréable, avant de repartir sur un refrain toujours aussi dévastateur. « The Queen, The Lady » rajoute une bonne couche de basse avec un chant cette fois plus clair, pour un titre toujours aussi explosif, mais qui lui aussi se permet des changements de rythme audacieux. Et la chanson éponyme qui clôt l’album ? Elle envoie tout ce qu’elle a dans le ventre ? Oui et non : disons qu’elle est plus haletante, et plus facile d’approche aussi, avec une guitare plus « bondissante ». Mais reste dans la lignée de ses consoeurs avec ses changements de rythmes fréquents.  Le tout se finissant de manière un peu abrupte, sans grande fioritures.

C’est un peu ce qui caractérise cet EP en fait, dont on ne sait pas exactement dans quel sens le prendre alors qu’il ne part pas dans des délires créatifs excessivement poussés. Si ce n’est quelques variations de rythmes et un chant fluctuant, il reste grosso modo dans les clous et on apprivoise ses méthodes au bout des 2-3 premiers morceaux. Et ça le rend presque frustrant à critiquer puisque, d’une part, il n’a pas une structure commune et sur-poncée. Et d’autre part, il ne fait rien de véritablement incroyable non plus. C’est ce genre d’album un peu tristoune qui n’a rien de fondamentalement mauvais, mais sur lequel on ne peut rien dire de réellement bien ou de marquant non plus. Il existe, simplement.

Alors oui, y’a quelques os à ronger pour le bassiste que j’incarne, et une bonne énergie qui donne la patate sur chacun des cinq titres. Mais le reste demeure franchement quelconque.

À la réception d’un album, d’autant plus d’un groupe que je ne connais pas ou peu, il m’arrive fréquemment de grappiller mes premières infos sur ce qui m’attend via le genre énoncé, le titre de l’album, sa pochette et le dossier de presse fourni. Cela donne une première carte mentale, un avant-goût, une « couleur » de l’univers de l’artiste et de ce qu’il entend proposer. C’était d’autant plus important ici que si je suis pointilleux sur certains genres (typiquement l’indus, le thrash ou le heavy), il y en a d’autres où je patauge totalement tant j’y suis étranger. Le metalcore en fait partie. Et la pochette, avec son esthétique vaporwave et son titre au parfum de 80s non plus. Pas moyen d’y échapper : fallait y aller à l’aveugle !

Et l’expérience fût des plus plaisantes finalement. Comme il est jouissif de tomber sur une pépite insoupçonnée (parfois même jusqu’alors totalement inconnue), cet opus vraisemblablement attendu d’Every Time I Die m’a charmé. Sans doute parce qu’il a une charpente un peu thrashouille et hardcore. Les Buckley's sont absolument déchaînés et se donnent pour mission de nous faire aucun cadeau pendant chacun des seize morceaux répartis sur cinquante-et-une minutes (à l’exception, peut-être, de « Thing With Feathers », sorte d’accalmie aussi surprise que bienvenue dans cet océan de rage bouillonnante ! Elle est douce et magnifique) Aucune crainte à avoir non plus du côté du jeu de « Goose », leur nouveau batteur : il fait le café de fort belle manière, notamment sur « Desperate Times » ou  « We Go Together ». La plume de Keith est incisive et nihiliste, torturée même et s’illustre à bien des occasions comme sur le titre susmentionné, mais aussi « The Whip » ou « Post-Boredom » (d’une efficacité sans pareille d’ailleurs !), tandis que les guitares nous fracassent sur « All This And War », « Distress Rehearsal » ou encore sur le sobrement intitulé « Planet Shit ». Nous avons eu l’occasion d’entendre maintes fois ces deux dernières années à quel point les zickos étaient énervés, sur boostés… non pas sans raisons et sans doute d’autant plus du côté américain. Mais ETID va encore un grand au-dessus : totalement habituel, selon bien de mes confrères. Pratiquement une marque de fabrique du genre, si j’en crois mes maigres connaissances. Mais tout de même, une telle soif de sang alimentée par un magma de colère tout du long mérite d’être soulignée. On regrettera tout juste (et c’est un détail) cette générosité : peut-être qu’un titre ou deux auraient pu passés à la trappe. Non pas pour leur qualité ou une quelconque faiblesse, mais plus pour laisser l’opus respirer, le décharger un brin. Mais ce serait sans doute hérétique de le suggérer aux fans, surtout après cinq ans d’attente depuis « Low Teens »

Une vraie petite bombe en somme, et une occasion en or pour moi de mieux creuser le sujet. Chapeau bas ETID ! Deux ans après ma chronique du « All Hail » de Norma Jean, vous confirmez qu’il existe un monde de découvertes qui m’attend encore.

Pendant un cours instant avant réception du dernier album d’E-Force, mon passé en tant que fan d’electro néerlandaise (et de hardcore/hardstyle pour être plus précis) a ressurgit : qu’est-ce qu’il venait faire chez Metal’Art celui-là ? Mais il n’en est rien, puisque l’on parle en vérité d’un groupe de thrash vieux de vingt ans et riche de son cinquième album. Groupe sur lequel je suis passé totalement à côté pendant tout ce temps (au contraire de Voivod, son grand frère, duquel Eric Forrest semble avoir bien du mal à se défaire).

Est-ce que j’éprouve quelques regrets à être passé à côté, grand fan(atique) de Thrash que je suis ? Il faut bien dire que oui, d’autant plus qu’E-force (en tout cas sur cet album, j’ai de la matière à rattraper) semble être une bestiole bien particulière dans le genre très peu mouvant du Thrash metal. Je me dois d’ailleurs de faire un second aveu : lors de ma première écoute, j’ai dû digérer l’album en trois séances distinctes, tant je me sentais submergé par ce que j’étais en train d’écouter. Est-ce que je m’encroûte ? Est-ce que je n’étais pas dans de bonnes conditions ? Est-ce que je n’étais tout simplement pas prêt ? Je laisse cela à l’appréciation de chacun ! Toujours est-il que j’ai dû reprendre mes esprits en réponse à ce que je me prenais en pleine face. La seconde écoute a pu se faire d’une traite, sachant à quoi je pouvais m’en tenir. Elle fût d’autant plus éclairante.

Avons-nous là un album démentiel, d’une originalité hors-normes et franchement violent ? N’allons peut-être pas si loin ! Mais il s’écarte tout de même du Thrash pur et dur. Bien sûr, il reste belliqueux, il reste puissant et rapide, il propose des riffs inventifs prenant leur plein essor lors de bridges aussi fréquents que délicieux. Mais il propose aussi quelques éléments bien à lui : la voix aiguë et éraillée de son frontman, qui n’est pas un cas unique, mais reste une agréable surprise, surtout sur un album ENTIER. Le tempo est aussi régulièrement plus lent, comme pour marquer une atmosphère plus lugubre et impacter davantage de ses instruments. Ce côté ambiant se décuple sur un titre comme sur « Futures Past », entièrement instrumental et tranchant encore davantage avec ce que le thrash nous livre usuellement. Enfin, certains riffs, certaines mélodies semblent plutôt sorties du monde du heavy, voire certaines expérimentations que ne renieraient pas l’indus ! Avec cette jaquette biomécanique et une totale méconnaissance du sujet, je dois dire que cela ne m’aurait guère étonné qu’ils s’insèrent encore davantage dans cette optique.

En clair, E-Force m’a procuré des sensations que je n’avais plus ressenties dans le Thrash depuis fort longtemps. Bien sûr, les bonnes surprises ne manquent pas… Surtout ces dernières années. Entre vieux pionniers toujours dans le coup et jeunes rejetons bien inspirés, il y a à boire jusqu’à plus soif pour le thrasheux invétéré. Mais est-ce vraiment novateur ? Cela devient rare. On a bien Cryptosys qui s’épanche en science-fiction plutôt que les thèmes classiques de guerre, de religion et de politique. On a bien On a bien Nightmare, groupe de power-heavy français dont le dernier album Aeternam avait quelques relents bien thrashouille (et qui surtout peut se targuer d’être l’un des, trop rares, groupes du genre à avoir une chanteuse). Mais au-delà de ça, on finit par avoir l’impression d’avoir un peu fait le tour. Donc lorsqu’un groupe comme E-Force débarque, on se tait, on prend le temps d’écouter (même en plusieurs fois !) et on savoure. Une belle découverte… et comme une envie de rattraper le temps perdu.

À la lecture du titre de l’album et du genre dans lequel officient les norvégiens, je ne m’attendais pas réellement à quelque chose d’aussi varié… Et fracassant ! Le quatuor sort en effet, de leurs modestes mots, un « petit » album…c’est-à-dire pas un EP et pas un vrai album non plus, un objet dans l’entre-deux ! Et il faut dire qu’avec un peu moins de trente minutes de musique, nous avons en effet quelque chose de plutôt riche. On commence avec « The Seed », qui fait à lui seul près d’un tiers de l’album et se veut planant, posé, atmosphérique. La plage tutélaire vient lui ajouter du macabre, du dramatique tout en restant lancinant. « The Dwell » rajoute une batterie explosive et des riffs plus rapides, donnant très énergique. « Awakening Remains… » devient alors l’apogée, le point culminant où tous les instruments s’emballent dans un brouhaha grandiose. Seul le dernier titre, « The Sleep » déçoit un peu par sa fin très abrupte, n’apportant pas de réelle conclusion au microcosme de l’album. Il apporte néanmoins une accalmie bienvenue, sorte d’instant d’introspection suite à l’histoire qui vient de nous être contée.  Mais si sa fin déçoit, le groupe semble déjà plancher sur un autre mini-album… Nul doute qu’il fait office de teaser en ce sens, de première partie. Nous avons hâte d’en découvrir la suite !

Si le titre de leur premier album n’est pas suffisamment équivoque, nul doute que leur premier titre, simplement baptisé « Intro », va vous mettre au parfum : ça gueule « ACAB » d’emblée, et pendant près d’une minute ! C’est qu’on n’a pas manqué de malheureux exemples de violence policière américaine ces dernières années, et pour des chiliens fraîchement expatriés, on ne peut qu’imaginer que la vie new-yorkaise n’a pas dû diminuer ces mauvaises impressions, que du contraire. Sans surprise, lorgner du côté du hardcore pour exprimer injustices et colères n’est pas fortuit.

Si le premier « vrai » morceau se place comme une présentation de ce juvénile quatuor (là aussi, « We Are Non Residents » laissant peu de place au doute, même pour quelqu’un qui parle anglais comme une vache espagnole), très vite, on se rend compte du poids qui pèse sur nos comparses : « Resilience », « Comfortably Tied », « Not For Me » sont autant d’appels à l’aide que de brûlots nécessaires. Et si le clin d’œil au titre controversé de Childish Gambino « This Is America » est possiblement une affabulation personnelle, l’occasion serait que trop belle que pour croire qu’il ne s’agisse que d’une coïncidence.

Et musicalement alors ? Et bah ça envoie pas mal, comme il est attendu sitôt que l’on joue avec ses tripes et avec toute l’honnêteté du monde. Rapide et puissant, leur musique ne se prend pas les pieds dans le tapis comme certaines formations qui, certes, ont beaucoup sur le cœur, mais une formation musicale peut-être encore trop faiblarde. Ici, c’est carré et endiablé, tout en n’oubliant pas d’être appréciable en tant qu’objet auditif, en tant que chanson que l’on veut gueuler autant que l’on veut voir nous titiller les tympans. On veut cogner autant que l’on veut taper du pied, et cerise sur le gâteau : on se tape en plus une idée plus géniale qui consiste à rajouter des rythmiques traditionnelles Mapuche (peuple autochtone du Chili et d’Argentine) à l’ensemble. Si aux oreilles du non-initié (dont je fais partie), cela ressemble à de la flûte, cela ne doit pas vous faire fuir pour autant, que du contraire : cela n’a rien d’un gadget ou d’une simple volonté de se démarquer. C’est une part que l’on imagine importante de leur identité, personnelle comme musicale, et on ne peut que leur implorer de garder cette idée sur de futures productions. « Brutal Caeca » et « Preludio » en sont ainsi garnis, et ça fait prendre de la grandeur à ces morceaux. Peut-être aurait-on aimé voir cela également au début de l’album, mais la sensation de surprise et de fraîcheur en aurait sûrement pâti. On se retrouve néanmoins avec des rythmiques entêtantes et quelques bridges bien thrashouilles qui font plaisir.

Je peux le dire sans trop sourciller : ce projet me touche énormément. Et c’est d’autant plus admirable que la forme est au moins aussi bonne que le fond. On aurait apprécié une poignée de chansons supplémentaires, mais pour un premier album, concocté en pleine pandémie en plus alors qu’ils espéraient tourner un peu avant… C’est de l’excellent travail. Hâte d’en entendre plus de la part de cette nouvelle référence de colère débridée, parce qu’assurément : le climat très tendu aux States aura au moins permis une résurgence punk de premier ordre, et de haute qualité.

Argonauta nous a déjà prouvé être un bel incubateur à projets intéressants, et je n’ai de cesse de promouvoir la scène musicale italienne dans plusieurs de mes reviews… On commençait donc déjà très bien pour Cripta Blue. On y ajoute quelques beaux passages à la basse et des titres qui groovent bien, et clairement il n’en faut pas beaucoup plus pour me charmer. L’épisode « Magickal Ride » qui débute avec un enregistrement semblant promouvoir l’idée d’une formidable expérience post-mortem, s’illustre par une guitare musclée, un court mais sympathique passage à la basse et un bridge délicieux, avec en plus des paroles dans une lignée nihiliste, comme son intro. « Creepy Eyes » s’illustre de son côté par sa gratte et son groove, qui s’énerve après son premier tiers, pour devenir plus lourd et lent, plus percutant… Presque industriel même ! « Spectral Highway », portant décidément bien son nom, et plus atmosphérique et lugubre… Mais chill aussi. Il est doucereux et noir, porté par un chant qui l’est tout autant. Et puis, de temps à autre, une pointe de puissance vient arracher nos tympans et nous sortir de notre torpeur ! « Death Wheelers » fait augmenter encore d’un cran l’épouvante au son des « hell’s bells » et d’une guitare plus distordue que jamais. Le tout pour un titre plein de patates. Enfin, « A Space Tale », portant elle aussi bien son nom, ajoute un peu de cosmique à cet album fleurant déjà très bon toute la vibe rétro des années 60 et 70. Là on se tape un son plus caverneux, mais toujours porté par ce feeling duel entre la bonne gratte qui fait secouer la tête et cette basse qui nous caresse l’échine, donnant malgré tout beaucoup de rondeur à l’ensemble. Pour le bassiste que j’incarne, la voir à la fois plus présente et en même temps en harmonie avec l’ensemble sans qu’aucun instrument ne se fasse écraser…C’est un plaisir total ! Cela résumerait plutôt bien ce premier album je pense : un vrai plaisir d’écoute, qui même s’il n’invente pas trop, retrace plusieurs influences s’étalant sur près de deux décennies.  Avec sa fort belle pochette qui lorgne du côté du bon vieux psyché/prog avec une pointe d’horrorpunk en plus, impossible de ne pas reconnaître un travail jusqu’au-boutiste dans leur démarche de proposer du neuf avec du vieux. Cripta Blue offre un opus très sympathique qui donne envie d’en avoir plus de leur part.

J’affirme souvent que tout l’intérêt d’un remaster peut provenir d’une envie de remettre au goût du jour d’anciens classiques, ou parfois d’offrir une seconde chance à un album sous-estimé ou mal-aimé. Dans le cas de Technical Ecstasy, le deuxième scénario est plus probable, tant la réception de l’album fût tiède à l’époque (et personne ne semble vraiment s’être levé pour lui redorer le blason depuis… et ça fait quarante-cinq ans quand même !). On peut le dire : même chez les fans absolus de la légendaire formation, on retient cet album davantage pour son artwork atypique, pondu par le non-moins mythique collectif Hipgnosis, qu’à ses titres. Quid après plus de quatre décennies ?

Il faut bien le dire, les fans avaient toutes les raisons du monde d’être déçus. Exit le doom, le macabre, le pesant, le lugubre : seul un écrin de poésie noire subsiste pour nous rappeler les premières armes du groupe qui a tout débuté et plonger le monde du rock dans la pénombre. Bien sûr, Sabbath ne se limite pas à une sensation de malaise et des textes lugubres, portés par un groove inimitable lors des bridges. La voix caractéristique d’Ozzy et le talent virtuose des trois instrumentistes sont parfaitement préservés, donnant un résultat qualitativement irréprochable. Non, ce qui dérange, c’est bien la forme. Et ça n’a pas tant changé avec le temps hélas.

Les contemporains autant que les pros s’accordent pour dire que la peur aurait gagné le groupe, alors que le punk explosait et que l’incroyable innovation de leurs premiers opus se tassait doucement. Les poussant donc, logiquement, à vouloir se moderniser… Au point de trahir leur son, leur essence, leur fanbase. Le fait d’avoir désormais autant de recul rend l’épisode « Technical Ecstasy » d’autant plus incompréhensible et dénotant avec le reste de leur discographie, pourtant très plurielle et riche en rebondissements. De nombreuses prises de paroles intervenues par la suite font état d’un groupe bien au fait sur la déception liée à cet album en particulier… Après, certains parleront d’excuses ou d’effet de masse. De l’eau à bien coulée sous les ponts depuis en tout cas, en atteste cette ressortie d’ailleurs.

La vérité, comme souvent, se situe un peu dans l’entre-deux. Non, Technical Ecstasy n’est pas un mauvais album ou un album raté. Non il n’est pas dénué d’intérêt, de sens ou de bons moments. En fait, son apparente légèreté est aussi une force, et le groove classique de Sabbath opère toujours bien, rendant le tout à minima sympa à écouter. Les thématiques abordées sont surprenantes et gardent une plume aiguisée. On retiendra même « It’s Alright » chantée par Bill Ward, rare exemple d’une chanson interprétée par un batteur ! Le résultat est loin d’être mauvais ou même médiocre, et pour un fan de Sabbath, c’est déjà une petite raison de retenter une écoute. « Dirty Women » est un autre titre mémorable, avec quelques riffs plutôt cools et un rythme bien péchu et aux relents plus hard. Son bridge est vraiment top !

Que dire encore pour clore cette chronique ? Sans doute rementionner qu’un remaster en 2021 d’un album si mésestimé atteste que le groupe entend faire la paix avec lui-même, ou alors qu’il n’a de toutes façons plus rien à perdre et s’en moque donc éperdument. Peut-être est-ce ainsi qu’il faut l’appréhender ? Avec l’intention d’une (re)découverte qui, comme d’autres après lui, ne laissera pas forcément de souvenirs impérissables, mais nous fera dire que ce n’était finalement pas si mal que cela. À mes yeux, Technical Ecstasy est l’équivalent du Turbo de Judas Priest : souvent justifiés par une sortie trop hâtive ou une envie de changer d’air mal exploitée, on dira plutôt qu’ils ont tenté de faire quelque chose d’autre qui ne leur ressemblait pas. Intéressant pour l’histoire, assez quelconque au sein d’une discographie à la fois si vieille et si fournie.

Il s’en est passé des choses depuis la sortie de « I Get Wet » en 2001, mais beaucoup ont conservé ce souvenir profondément dans leur mémoire, au point d’ériger AWK comme un artiste certes drôle et énergique, mais vite répétitif malgré la patate folle furieuse qu’il nous assénait à l’époque. Mais avec un album intimiste au piano, un album plus grandiose et éthéré et tout un panel d’activités annexes et variées, il serait injuste de limiter le multi-instrumentiste à sa personne de « Party God ». Ce que le titre de ce nouvel opus n’indique pas… à tort. C’est en effet un sacré schisme qui s’opère chez AWK : toujours pleinement maître à bord, il fait péter le t-shirt noir (sacrilège !) pour proposer des titres lorgnant davantage sur des terres « metallisées », honorant son arrivée sur le label Napalm et tranchant nettement avec ses deux premiers albums, plus punks, plus simplistes. Ici les titres sont plus longs, plus sombres et plus hard. C’est un vrai volte-face créatif des plus rafraîchissants qui rappelle que AWK est fort d’une vraie et riche formation musicale, malgré des thématiques souvent légères. “God Is Partying” déplaira aux fans de la première heure, qui devront se faire à l’idée que l’époque « I Get Wet » est finie. Les réfractaires pourront dire que la forme est un peu convenue, donnant un métal sans grand relief malgré une indiscutable grandiloquence. D’autres enfin pourraient s’interroger sur la dimension religieuse de l’album, ou encore sur ses paroles parfois un peu nunuches. Mais tout cela ne peut occulter le simple fait que AWK est un artiste accompli qui prend là un énorme risque. On n’applaudira pas la forme à tout rompre : mais on fera une ovation à l’audace.

12.09.21 14:32

CONFUSED - "Riot"

Complètement foutraque, diaboliquement jouissif, cet album de Confused porte bien son nom et pas forcément de la manière la plus équivoque. Une haine anti-flic ? Un soulèvement contre l’oppression ? Y’a un peu de ça et bien plus encore ! En pure tradition punk, il y a également quelques titres festifs et bas-du-front à la « I Want A Beer » ou « Take A Bath », mais même ces derniers jouent avec nos nerfs pour libérer nos instincts primaires emmurés. Confused décoiffe, Confused dérange, Confused détonne. Le groupe nous tartine de dix-sept titres dépassant rarement les deux minutes et qui bougent le curseur au sein de plusieurs registres : parfois du punk californien plutôt entraînant malgré des textes revanchards, parfois du thrash de la même zone (et plus ou moins la même époque) pour garnir d’une armature plus musclée et puissante, cette base rageuse. Et ça c’est quand on ne vient pas même faire du pied au Death crasse, pour proposer un tourbillon de notes dissonantes, entre le bruit et la rafale de sons. Mais qu’on soit clair : c’est du chaos organisé. Ils ne gueulent pas juste pour gueuler, ni ne jouent avec la subtilité d’une grêle de coups de poings pour le plaisir de casser les oreilles des non-initiés. Le groupe est au contraire pleinement dans son élément et maîtrise amplement ses thématiques et sa musique : « Anger Issues » ou « Greedy SOB » suffisent à le prouver, tant elles sont curieusement sympas à écouter tout en ayant des refrains d’une efficacité insolente. Tandis que « Our Flag », « Love, Lies and Murder » ou « Hate In Me » traduisent des sujets certes chers au(x) genre(s), mais le font avec justesse et un plaisir coupable. Chaque titre ou presque fait mouche dans ce tableau bordélique, et s’il bouffe un peu à tous les râteliers, l’ensemble est étonnamment cohérent. Un comble lorsque l’on s’appelle Confused… Et qu’on ouvre notre album par un titre nommé « Chaos ». C’est finalement peut-être la traduction du monde tordu et imprévisible dans lequel nous vivons, et une énième preuve que les punks ont encore tout compris. Tant qu’il y aura un créteux pour gueuler l’étrangeté du monde, le genre persistera… Et l’inverse est peut-être aussi vrai. Rarement un album n’aura eu, presque physiquement, cette traduction de confusion profonde qui anime notre société, en tout cas au sein des vingt dernières années du genre. Alors certes, on regrettera sans doute le manque d’un ou deux ‘anthems’, d’un ou deux titres aptes à devenir des singles, des ‘tubes’. Mais sa légère difficulté d’accès fait sans doute partie de son ADN. Une formidable surprise, d’un groupe pourtant connu de la scène !

Groupe parodique désormais très en vogue, la popularité de Nanowar of Steel s’est retrouvée catapultée avec leur précédent album, « Stairway to Valhalla » et plus particulièrement avec sa ressortie via Napalm. Les quelques singles « bonus », rajoutés entre la sortie initiale et cette réédition (« Valhallelujah », « Norwegian Reggaeton » ou le clip pour « Uranus ») n’y étant certainement pas étrangers non plus. Bref, on part sur une bestiole à la fois plus internationale que nos Ultra Vomit préférés, et plus moderne que les géniaux Tenacious D. Tout cela rend assez curieux ce choix de sortir un album dédié à la chanson italienne traditionnelle. Toujours de façon parodique bien sûr, mais tout de même : le risque de perdre son public, pas franchement informé sur le folklore du pays, paraissait réel. Malgré leur carrière plus que respectable, on ne peut pas franchement dire que J.B.O. s’exporte des masses hors pays germanophones !

Comment diable envisager une critique d’un tel album alors ? Et bien tout est dans son titre : en l’étudiant comme un album de folk ! Le genre étant coutumier de l’emploi de la langue maternelle pour toutes les parties chantées, cela rend subitement plus logique et appréciable de considérer les onze titres sous ce prisme plutôt que celui de l’unique déconnade. Pas besoin de parler finnois ou russe pour apprécier Korpiklaani ou Arkona, et même chose ici… Bien que cela atténue forcément la plupart des vannes (après, faut-il réellement de grosses connaissances en italien pour traduire « La Maledizione di Capitan Findus » ?). Ce qu’il faudra retenir, c’est que musicalement, ça envoie plutôt pas mal : c’est entraînant, c’est puissant, c’est fait avec le cœur. Nul doute que vous reprendrez plusieurs refrains en mode yaourt, juste parce que cette bande de rigolos y met énormément d’énergie. Puis bon, en Belgique francophone, y’aura sûrement un ou deux airs que vous reconnaitrez, si toutefois vous avez eu l’occasion de passer quelques soirées avec des italiens…

En bref, « Italian Folk Metal » est, en substance, difficile à recommander à quiconque ne parle pas bien la langue et/ou ne connaît pas bien le folklore du pays en forme de botte. Même pour un amoureux de folk, le résultat est si éloigné d’un projet comme Tengger Cavalry ou Ensiferum qu’il est difficile de vous encourager à y tendre une oreille : cela reste de la parodie, et donc une revisite presque totale des classiques. Reste alors, pour les fans les plus assidus, un album fonctionnel, respirant la bonne humeur.

Près de cinq ans et demi après sa mort, il est toujours aussi difficile d’accepter que Lemmy n’est plus des nôtres. Tout comme il est difficile de reconnaître que leur discographie prolifique s’est arrêtée presque aussi brutalement. Du coup, la moindre occasion pour rouvrir les poussiéreuses pages du livre Motörhead est une opportunité à saisir. Pour se souvenir. Pour redécouvrir. Pour réécrire la légende. Et cette ressortie de leur premier et fameux album live, pleine à craquer de bonus, est assurément une occasion de plus de rouvrir la porte des mémoires de la grande histoire du rock.

Commençons illico par le chipotage avant de laisser place aux éloges : avec quatre CDs pour presque autant de concerts, on a vraiment BEAUCOUP de contenu. Septante-et-un titres très précisément. De quoi en faire une petite surdose ! De plus, et c’est plutôt logique, plusieurs titres sont présents en double, triple voire quadruple exemplaires… Avec trois concerts, plus le soundcheck (oui oui !), plus l’album original remasterisé, on pouvait s’attendre à plusieurs versions du même titre. Autre curiosité : les concerts présents sont dans le désordre. En effet, le CD2 reprend le concert du 30 mars 1981 alors que le CD4 nous gratifie du concert du 28 mars de la même année… Très peu gênant en soit, puisqu’on se tape un groupe en forme olympique qui garde beaucoup d’énergie même après plusieurs jours de représentations consécutives, cela pose néanmoins question. Mais nos critiques s’arrêteront là.

Car au-delà de ça, on saluera précisément la qualité des enregistrements : très propres malgré leur âge, et permettant de profiter pleinement du groupe alors qu’ils venaient de sortir leur mythique Ace Of Spades. Chanceux sont ceux ayant eu l’occasion de les voir à ces moments de leur existence (j’étais alors bien loin d’être né !), alors que leurs excès autant que les affres du temps n’étaient encore que très très loin devant eux. Plusieurs fans font état de concerts très rudes, presque larmoyants, en fin de vie de Lemmy… Il est alors bon de se rappeler de l’énergie folle que ces gars-là déployaient pendant les décennies qui ont précédé. Outre l’ajout de trois titres en soundcheck, les 4 CDs proposent surtout une moitié inédite du concert de Leeds ET du concert de Newcastle du 29 mars ! Le concert du 30 mars 1981 ne comporte lui « que » sept titres jamais sortis… Ce qui correspond tout de même à près de 28 titres jamais sortis auparavant. Juste l’équivalent de deux albums en somme ! Comme précédemment énoncé, tout le contenu présent est pré-Iron Fist… Ce qui explique l’absence de nombreux classiques (et la répétition de plusieurs morceaux, certes mythiques, mais un peu redondants). Néanmoins, au milieu des « We Are The Road Crew », « Motörhead » et « Overkill », on est gratifié de chansons moins connues comme « Stay Clean », « Capricorn », « Fire Fire » ou « Jailbait ». Les premières années d’un groupe sont toujours magiques pour cette raison simple : les concerts écument réellement les fonds de tiroir pour tenir le public en haleine et éviter l’ennui. Exit donc l’espèce de best-of des singles millénaires que l’on reçoit à la tronche, presque par automatisme, en fin de carrière : ici, même les fans les plus assidus redécouvriront sûrement une chanson ou l’autre. Et ça c’est toujours plaisant pour sa playlist. Difficile de pousser plus loin cette chronique déjà trop longue : si ce quadruple album manque un peu de variété, de versatilité…Il le compense par une générosité et un confort d’écoute hors-pair.

Assurément, tout le monde à une expérience différente et des anecdotes variées sur le groupe. Découvrir le groupe avec « Ace of Spades » n’a rien de bien surprenant, tant le titre est omniprésent dans la culture populaire. Poursuivre sa découverte par le jeu atypique de Lemmy, en tant que bassiste, est déjà un tant soit peu plus respectable. C’est lui qui m’aura donné le goût pour les bassistes sortant du lot… et malgré tout, je parviens encore à me tromper sur la position du umlaut présent dans le nom du groupe. Motörhead fait partie de ces groupes à histoires, de ceux dont on a tous entendu au moins l’une ou l’autre chanson et qu’on peut ne pas aimer, tout en continuant à grandement les respecter. Cet album est, en essence, un énième produit posthume surfant sur l’héritage d’un groupe intemporel. Mais surtout, il appelle au souvenir et atteste d’une période déjà bien trop lointaine. Indispensable ? Peut-être pas. Bigrement généreux ? Totalement !

« We Are Motörhead… And we play rock’n’roll »

À peu près deux ans après Valediction (chroniqué par votre serviteur, dieu que le temps passe vite !), l’âme tourmentée derrière le projet GosT nous revient avec un album à l’atmosphère aussi lugubre que l’album précédent était sensuel. Ce dernier à la pochette plutôt intrigante, inquiétante et esthétique à la fois, et aux titres aux relents gothiques et torturés, toujours avec un soupçon de romantisme. C’est que James Lollar, maître-architecte du projet, lorgne du côté de Priest, VR Sex ou Mr.Kitty plutôt que chez les Perturbator ou Carpenter Brut, figures de référence de la synth et d’autant plus par chez nous (rappelons, s’il le fallait encore, qu’ils sont franco-français !). Cette comparaison s’inscrit autant dans les thématiques que les sonorités, bien que leurs univers se frôlent sans jamais réellement fusionner. Et ce n’est pas plus mal.

Car même si GosT trouve sans doute moins les faveurs des metalleux (Perturbator et Carpenter Brut étant désormais habitués des festoches) ou des geeks (leur musique était présente dans les deux Hotline Miami), il touche un public peut-être plus vaste, plus ouvert aussi. Outre nos deux lascars, il a aussi tourné avec 3TEETH et, plus surprenant, Mayhem ou Power Trip. La synthwave a rapidement su s’extirper et s’éclater en dizaines de fragments parfois très différents. Si l’on avait tendance à regrouper tous les noms cités sous le terme générique de « darksynth », c’est sans doute lié à la fois à leurs sonorités généralement plus lugubres, brutales, rapides et écrasantes ainsi qu’à leurs paroles (quand il y en a) tantôt déprimées et vidées de passion, tantôt cryptiques, futuristes et langoureuses. Rien que ce terme pourrait être divisé en deux clans : d’un côté la darksynth puissante, effrénée, dansante et psychédélique et de l’autre celle plus poétique, plus balafrée, plus froide. Ironiquement, cette deuxième catégorie porte mieux les relents de gothique, surtout de « wave », suffixe présent dans le genre plus global de la « synthwave ». Si le premier genre s’acoquine parfaitement au genre cyberpunk, aux néons des dystopies Blade Runner-iennes , aux froides machines et aux night clubs douteux… Le second évolue davantage dans l’horreur, le fantastique, la nuit noire dérangée par la brume et la pluie verglacée. Les deux sont indubitablement liés et se serrent parfois la main, il est difficile de renier que tout le monde n’aimera pas ces deux écoles de la même manière.

Mais revenons-en à GosT, s’inscrivant donc plutôt dans ce deuxième carcan et prouvant une fois encore que les one-man-bands sont des cas passionnants à étudier, car toujours un peu plus intimes et forcément très personnels. On appréciera par exemple « Bound By The Horror » qui, au-delà de l’évidence-même de son nom, propose un revers horrifique dans sa deuxième moitié, rappelant un peu « Carbon Cult » de Deadlife (qui pour le coup semble tout droit sortir d’un slasher !). Le titre de GosT demeure plus brut, plus éraillé et chaotique mais il illustre à merveille ce que j’entends par « darksynth aux relents d’épouvante ». Il est suivi par “The Fear” (difficile de croire que ce n’est pas fait exprès !), et ce dernier est plus classique. Presque trop en vérité, surtout après dix ans de synthwave par des artistes nombreux et parfois très éphémères. C’est dansant et les paroles sont envoûtantes, mais le tout manque d’éclat. « A Fleeting Whisper » vient redresser la barre en alternant entre passages lourds et pesants et moments d’accélérations intenses. Quelques mois à peine après le déjà mythique « Excess » de Perturbator, gageons que de beaux pogos auront lieu sur ce titre ! « We Are The Crypt » quant à lui lorgne davantage du côté de « SKULjammer » de Mega Drive, gros inclassable mélangeant les deux écoles susmentionnées pour mieux les dynamiter de l’intérieur. On retiendra des titres diablement efficaces, entraînants à souhait tout en conservant cette couche d’onirisme vampirique.

Sans sonder tout l’album, soulignons encore « Blessed Be » et son intro à l’orgue mutant en musique d’autoroute nocturne. « November Is Death » est mystique et planant. « Embrace The Blade » rajoute une gratte bien râpeuse à un ensemble presque magique. « Coven » avance encore d’un cran dans la puissance, avec un titre lorgnant cette fois plus franchement dans le Perturbator-like en termes de sonorités, et toujours dans une ambiance « cold wave » avec les paroles. Un hybride fonctionnant à merveille, et sans doute un autre titre qui gagnera à être expérimenté en live. Enfin, « Burning Thyme » vient faire retomber la pression, tout en minimalisme avec juste la voix de James pour nous porter les premiers deux-tiers du morceau, suivi d’un beat à nouveau fort classique pour de la synth, mais qui ne fonctionne pas trop mal pour clore l’album. On aurait tout de même aimé quelque chose d’un peu plus risqué et audacieux pour finir ce chapitre voulu plus sombre et dramatique. On saluera néanmoins la forte tendance à l’excentricité du gaillard. Versatile et changeant, GosT propose une palette étonnante qui varie même au sein d’un album.  En bref, ROLAR est un nouvel opus garnissant à merveille la discographie déjà fort fournie de notre sombre poète. Moins punchy et endiablé que le précédent, il le compense par une teinte plus macabre et cauchemardesque. Assurément, la pandémie (entre autres), a dû travailler l’esprit de James Lollar, faisant naître de nouvelles idées sombres. Heureux qu’il continue son bout de chemin, on le sera d’autant plus s’il suit la précédente tendance de sortir deux albums coup-sur-coup (Behemoth et Non Paradisi, puis Possessor et Valediction sont sortis à un an d’intervalle). Fans de macabre, vous voilà servis !

Il est assez amusant que la promo de l’album semble se moquer des groupes inventant un « nouveau » genre de toutes pièces, presque par prétention et désir de se forger une identité propre. Ceux-ci défendent alors la musique du quintet danois en expliquant que malgré une apparente simplicité, elle rend des hommages assumés à des groupes comme Black Sabbath ou Corrosion of Conformity, le tout formant un mix de hard rock et de heavy à l’ancienne. Sauf qu’à titre personnel, c’est précisément cela qui me gave bien plus que les groupes essayant bien trop ardemment de se créer un style unique. On pourrait alors pointer une certaine hypocrisie de ma part, sachant que mes chroniques font généralement l’éloge de l’hommage bien fichu et des retours aux sources des groupes punks ou gothiques par exemple. Sauf qu’il faut bien dire ce qui est : ces genres demeurent marginaux et leur âge d’or est loin derrière. Le hard rock comprend toujours nombreux de ses pionniers (dont on jure qu’ils joueront même un pied dans la tombe), mais surtout l’offre était déjà surnuméraire à l’époque et continue à l’être. L’offre de groupes s’inspirant de ces glorieuses années ou des groupes qui les ont fait grandir est également astronomique, et de fait : on finit par s’en lasser quelque peu. Alors même si Black Swamp Water porte ses références à bras le corps, l’enthousiasme n’y est pas : les thèmes, les sons, les titres mêmes sont du vu et revu. Alors oui, il y a bien des notes de Thrash et de Rock Sudiste pour faire varier les plaisirs, tout comme les influences ne s’arrêtent pas à la bande à Ozzy, mais lorgne également du côté d’Alice Cooper et même un brin chez Metallica par exemple. Mais cela ne suffit pas à sauver un album décidément terriblement générique. On ne pourrait pas le qualifier de mauvais, car il est musicalement clean et efficace mais il peine à transcender, à se rendre mémorable. Vite écouté, vite oublié.

Voilà encore un groupe qui a choisi la carte de l’anonymat pour porter son bien mystérieux projet. L’originalité est sans doute un peu passée maintenant, mais c’est raccord avec ce que le « collectif » entend proposer. Et pour le coup, que ce soit sur son premier ou sur ce nouvel album, Circle of Sighs étonne totalement en nous transposant dans de multiples réalités, façonnées par des sonorités multiples et des plus surprenantes. Narci apparaît cependant un peu plus lumineux, peut-être un peu plus triste aussi que Salo, qui était largement plus enfoncé dans un Doom poisseux, collant et lugubre. Narci accentue les nappes de synthé, avec même un peu de piano et de cuivres pour agrémenter le tout. Les titres sont parfois un peu plus verbeux aussi, comme « Roses Blue », atmosphérique à souhait, se voulant à la fois mélancolique et trippant. Le titre d’ouverture « Spectral Arms », étonne déjà par sa longueur (avec dix minutes, c’est le morceau le plus long de l’album), mais aussi par sa dualité entre ce piano vanté plus haut, lui conférant une certaine douceur, pour ensuite mieux nous frapper par ses riffs lourds et lents. Rajoutons-y quelques enregistrements vocaux pour agrémenter certains titres, et on se retrouve avec un album plutôt frais, plutôt audacieux et surtout versatile. Une bonne raison de suivre ces mystérieux musiciens masqués de près.

À l’exercice de la cover, il y a généralement deux écoles : celle qui préfère préserver toute l’aura de l’artiste originel en ne touchant pas trop à leur style. Et celle qui, au contraire, choisit un titre pour mieux le tordre et se le réapproprier (il existe une troisième école qui dit que les covers sont pour les groupes fainéants en panne d’inspiration mais il ne faut pas les écouter). Grande chance : cet album-hommage propose les deux, et pour cause : ce sont quinze artistes différents qui se sont essayés à l’exercice, proposant des approches très différentes au sein du domaine particulier de la reprise. Tout ne se vaut pas forcément, mais aucun titre n’est foncièrement mauvais ou inintéressant. Disons plutôt que certains hommages sont plus audacieux et créatifs alors que d’autres sont plus convenus, tout en parvenant à bluffer, sonnant fortement comme le groupe d’origine (évoquons par exemple « Marian » par Columbia Obstruction Box » ou « Lucretia My Reflection » par Dan Swanö). Non, les deux seuls vrais bémols, bien que minimes, sont plutôt la présence de plusieurs titres en doublon comme le mythique « Temple of Love », « More » ou « This Corrosion ». Bien sûr, le résultat n’a rien de totalement comparable, mais on aurait apprécié un projet à la « Dirt Redux », sorti l’année dernière pour commémorer Alice in Chains, où chacun des groupes invités avait proposé un titre unique, ou encore le tout aussi fameux « For The Masses » célébrant Depeche Mode. Ce qui nous amène au deuxième défaut de la galette : presque tous les titres existent depuis plusieurs années (exceptions notables pour Columbia Obstruction Box et Cadaverous Condition & Kara Cephe). Mais là aussi, bien malintentionné sera celui qui se détournera de l’album pour ces raisons : à moins d’être fan absolu du groupe et d’avoir sillonné les tréfonds de YouTube, la plupart des reprises faisaient office de rareté. Et pas seulement parce qu’il est rare qu’une reprise fasse grand bruit, loin de là : entre les titres jamais sortis, ceux de groupes moins reconnus ou tout simplement passés sous les radars, il y a certainement des vieilleries inconnues qui vous attendent. En soit, plus que de plébisciter l’un des groupes les plus célèbres de la scène gothique, ou même de redécouvrir certaines chansons moins connues de leur catalogue, l’idée est plutôt de regrouper sur un même disque ces nombreux hommages, et aussi de sécher nos larmes en nous rendant compte que, si le groupe est bien vivant et actif sur la scène live, il reste silencieux aux prières de fans désireux d’un nouvel album depuis trente longues années. Tant pis… Il faudra encore se rendre en live pour espérer grappiller quelques nouveaux sons. Et pour les autres, « Black Waves Of Adrenochrome » devrait et devra satisfaire votre soif de Sisters of Mercy. Comme quoi, la vie n’est que trop rarement bien faite !