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09.05.21 20:53

ENSANGUINATE - "Entranced by decay"

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Formé en 2020, Ensanguinate nous balance son premier EP « Entranced by decay » contenant quatre titres initialement sortis de manière indépendante l’an dernier et distribué uniquement dans leur propre pays. Récemment signés sur le label Emanzipation Productions, les Slovènes ont maintenant l’opportunité de faire connaitre ce premier opus au plus grand nombre. Ensanguinate pratique un death metal bien old school, celui de l’époque où le death et le thrash étaient très proches et où seuls les styles de chants ainsi que les thèmes abordés permettaient de différencier les formations. Le chant guttural caverneux, limite black metal, vient définitivement placer le groupe dans la catégorie la plus extrême, proposant une musique les plaçant entre Possessed et Nihilist. Les morceaux « Ghoul presence », « Hunted » et « Untented graves, scattered remains » prouvent la dévotion au style death black old school sombre, sanglant, putride et baveux. On pourra toutefois se réjouir de retenir également comme influence Morbid Angel, dont la lourdeur typique se fait ressentir sur « Pit of Ash », troisième plage de cet EP. Avec « Entranced by decay », Ensanguinate ne révolutionne rien, mais réussit une entrée par la petite porte dans la scène death metal européenne. On attend maintenant la suite… 

Cette ressortie d’album ne pouvait que difficilement mieux tomber, avec le décès en mars dernier du très productif, créatif et éclectique Neil Merryweather. Actif pendant plus de cinq décennies, plutôt avant-gardiste, flirtant avec le gratin des 70s tout en continuant son bout de chemin au point de sortir encore quatre albums entre 2018 et 2020, l’album « Space Rangers », l’un de ses plus connus, et issu de sa période la plus riche et fastueuse. De quoi en faire un hommage parfait, pour un artiste souvent éclipsé par ses contemporains.

Première pensée en finissant l’album : le space rock, ça avait tout de même du bon. C’est dommage que la fantasy soit toujours aussi populaire dans le rock et assimilé (surtout dans le heavy, le folk et le power, soyons francs) alors que la science-fiction semble être restée au siècle dernier, même si ça englobe tout de même au moins quatre décennies entre les années 1950 et 1990. On a bien la synthwave et ses sous-genres pour nous faire un peu rêver de machines et d’extraterrestres, mais cela s’arrête ici. Heureusement, Merryweather et sa bande sont là pour nous rappeler qu’il y a une époque pas si lointaine où les étoiles et le cosmos étaient encore en vogue pour nous faire rêver. Avec un goût aujourd’hui kitsch qui à l’époque devait être le summum de la technique et du bruitage. On parlerait aujourd’hui de « neo-retro » pour qualifier ce qui s’apparente à la bande-son d’un film familial un peu cheapos prenant pour cadre l’espace.

Seconde pensée : les albums composites sont tout de même vachement bien. Tant pour découvrir un artiste que pour explorer de nombreuses facettes et ne jamais succomber à l’ennui. Un peu cliché ? Peut-être, mais c’est tellement agréable d’écouter la première moitié de l’album et d’avoir l’impression de ressentir des émotions contrastées et des atmosphères, voire des scénarii sans vrais liens entre eux, si ce n’est l’esprit fantasque de leur créateur. On comprendra que certains préfèrent les albums avec un début et une fin, dont les morceaux forment un tout cohérent et qui s’enchaînent avec aisance. A titre personnel, la préférence va au contraire aux albums surprenants, qui peuvent partir dans un sens puis dans l’autre. J’en prends pour exemple le titre ouvrant le disque : « Hollywood Blvd » et son parfum de mélancolie. Il est suivi directement par le nettement plus positif « Step In The Right Direction » dont les paroles semblent donner une leçon de vie accompagnée d’instruments résolument funky …  S’en suit « Eight Miles High », aux relents plus psyché avec une basse survitaminée. « King of Mars » rajoute un côté mélancolique, mais davantage typé ballade, et semble tout droit sortir de l’album « Sad Wings of Destiny » de Judas Priest… alors qu’il est de deux ans son ainé ! Sa montée en puissance et son bridge sont particulièrement savoureux. Autre comparaison ? Le titre suivant « Neon Man » fait penser à The Who, et plus particulièrement l’intro mythique de « Baba O’Riley ». On ne va pas tous les faire, mais l’essentiel c’est que chaque titre apporte sa pierre à l’édifice et permet d’avoir un album où chaque titre peut avoir le pouvoir de vous captiver, même si les deux précédents n’ont pas fait mouche.

Cette critique demeure très éparse et je m’en excuse. Mais il fallait bien ça pour rendre justice à un album qui lui aussi est très polymorphe. À la fois profondément ancré dans son époque et manquant terriblement aujourd’hui. Et qui rajoute le parfum un peu triste de l’hommage imprévu, de l’ultime cadeau d’un artiste que l’on découvre bien trop tard. Mais comme le dirait si bien mon paternel : « peu importe l’âge d’une œuvre, elle paraitra toujours neuve lorsqu’elle nous était jusque-là inconnue ».

Serez-vous étonné d’apprendre qu’il s’agit d’un opus post-rock, à la vue d’un tel nom de groupe et d’album ? Sans doute pas trop, pas plus qu’en voyant la durée des cinq titres proposés sur la galette. On pinaille, on taquine, mais ce quatuor distille les influences non seulement post-rock, mais aussi doom et stoner depuis une grosse décennie maintenant, et leur relative discrétion rend d’autant plus savoureuse la découverte de leur travail. Chaque opus est un peu différent et mise davantage sur l’un des trois ingrédients du cocktail (même si les deux autres ne sont jamais bien loin !) et on peut s’attendre systématiquement à du nouveau son (presque) tous les deux ans, avec un petit bonus sous forme de remaster de leur premier bébé en octobre de l’année dernière. Dernier élément très accessoire, mais notable, ces braves gens viennent de Roumanie et tout porte à croire qu’ils sont non seulement les premiers artistes de ce pays que je chronique, mais aussi les premiers dont j’écoute la musique, tout court. De quoi donner l’envie de se pencher davantage sur une énième scène bien trop peu reconnue et qui recèle, peut-être, de pépites telles que Methadone Skies.

De cette intro élogieuse, vous retirez certainement un portait plutôt positif, et finalement assez commun à mes chroniques du genre (que voulez-vous, j’aime les titres oniriques…). Il serait bien difficile de le nier : j’ai été charmé par ces cinq morceaux exemplaires, très contemplatifs et jouant davantage avec l’ingrédient « post-rock » pour le coup (désolé pour les plus metalleux : les titres sont ici lumineux et aériens !). La plage tutélaire, débutant l’album, est une fameuse aventure de près de dix-huit minutes de long ! Alors qu’aux alentours des neuf minutes, on attend une longue et lente outro cosmique qui n’en finit plus, les derniers instants du morceau s’alourdissent et prennent une allure pesante et oppressante… De quoi injecter un peu de doom dans cet album ! « Infected by Friendship » retourne vers une mélodie nettement plus douce et captivante, prenant une tournure épique dans sa deuxième moitié. « The Enabler » suit avec une rythmique nettement plus marquée et monotone, où batterie et guitare tronçonnent cette fois pendant pratiquement toute la durée du morceau. On doit dire que les quelques secondes de percussions tribales du début auraient gagnées à rester plus longtemps pour rajouter un peu de couleur au titre. Le prochain titre prend le total contrepied en alternant les ambiances et les rythmes de nombreuses fois : on débute en retournant vers la douceur et le contemplatif pour « Western Luv’ 97 », mais pas pour bien longtemps, puisque la machine s’emballe et donne des allures de doom-stoner plus marquées, les deux salles ne se mélangeant jamais vraiment pour au contraire toujours se tirer la bourre, comme pour jongler entre ce côté rêveur et au contraire nettement plus mélancolique et lourd. Enfin, « When The Sleeper Awakens » propose une guitare plus cradingue, presque punk ! La batterie aussi est plus franche, allant bien avec le tranchant de la guitare. Le tout s’achevant de façon lente et lourde, comme pour boucler ce chapitre sans toutefois concéder la moindre force à ce récit dantesque.  Bref, ce nouveau bébé est un vrai petit bijou qui place Methadone Skies au centre de la carte du post-rock (comme quoi il n’y a pas que les Italiens !) et il nous tarde de replonger dans leurs quatre premiers opus… et d’attendre fébrilement le prochain, que l’on présume voir sortir d’ici une paire d’années !

01.05.21 20:06

ZOUO - "Agony Remains"

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« Un joyeux bordel ! », voilà comment on pourrait qualifier cet album-hommage à Zouo. Et c’est plus un compliment qu’une tare dans ce cas précis. En effet, après ma précédente critique du nouvel album de S.H.I., dernier bébé de Cherry Nishida, il paraissait de rigueur de revenir aux sources en tendant une oreille attentive à cet opus « bonus » sortant en même temps chez Relapse. Et on vous avertit tout de suite : oui c’est plus crasseux, oui c’est plus brut, oui c’est plus bricolé. Cet album, taillé comme un patchwork, n’a pas la maturité, la maitrise ou même la simple qualité technique de son tout jeune confrère. Mais il serait également injuste de les comparer outre mesure : Zouo est non seulement un projet plein d’enthousiasme juvénile et d’expérimentation fébrile, mais aussi un groupe datant de plus de trente-cinq ans ! Prenons donc davantage cette créature chimérique pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une relique, une capsule temporelle vers une époque et un lieu auquel nous, Européens, n’étions pas forcément familiers.

Autre mise en garde d’importance : « seuls » les six premiers morceaux de la galette sont d’un enregistrement convenable et même « classique », et proposeront alors un confort d’écoute plus que correct. Le chant paraitra totalement différent à ceux qui connaissent le travail de Nishida sur S.H.I. : on se trouve ici vers quelque chose à la croisée des chemins entre les Ramones et les balbutiements du Black (pas réellement une coïncidence : c’était l’époque, d’autant plus au Japon !). On s’amusera d’ailleurs de la prononciation des refrains, ressemblant parfois à de drôles d’onomatopées, mais beuglés avec une telle énergie qu’on se prend directement au jeu ! On appréciera aussi la pluralité des idées vis-à-vis des sonorités, même si par moment on aurait apprécié certainement davantage l’un ou l’autre titre avec un rien d’effets en moins, justement pour que les instruments paraissent moins « étouffés » et que les morceaux respirent davantage. Mais ce côté plus foutraque et pétaradant a aussi du bon, et cette fusion ressemblant justement à du « black thrash » des débuts fait vraiment plaisir.  Après, le côté thrash ressemble plus à du punk rock tout de même (surtout sur « Frustration » ou « Bloody Master »), tandis que la dimension black s’arrête au chant caverneux et aux thèmes des morceaux (« Fuck the God » ou « Making Love With Devil »). Mais cela fait malgré tout une intéressante amalgamation, qui ne plaira pas à tous, très clairement, mais qui a le mérite d’être faite avec les meilleures intentions et avec un fun des plus plaisants.

Le reste de l’album amplifie les côtés « patchwork » et « joyeux bordel » que j’évoquais plus haut. Il s’agit en effet de neuf titres, divisés en trois lives différents. Cela donne donc des atmosphères différentes, des qualités de prises de son différentes, et bien sûr des titres différents également. Certains font partie des six chansons en tête d’album, d’autres sont uniques et représentent peut-être la seule occasion de réentendre ces morceaux balayés par les sables du temps. Tant pis si la qualité est plus que sommaire : tel un spéléologue retrouvant un bout d’os non identifié, on aurait du mal à trouver quoi en faire pris séparément. Mais en y associant le bon contexte et les bons éléments annexes, cela prend tout son sens.

Comment clôturer cette critique ? Sans doute en énonçant clairement à qui cet album est destiné : aux curieux. À ceux qui ont découvert Cherry Nishida avec S.H.I. et en veulent encore plus. Aux profanateurs de sépultures, prêts à déterrer des pépites d’un monde qui nous est presque entièrement inconnu. Sans doute que pour le commun des mortels, cet album très brut à la qualité sonore bancale ne sera pas une expérience inoubliable. Mais nul doute que pour le passionné, il représentera un vrai trésor.

N’ayant jamais eu la chance de voir Conan, les maîtres autoproclamés du « caveman battle doom », en concert, je me régale à chacun des albums live du trio.

Généreux, les Anglais offrent avec "Live At Freak Valley", enregistré en 2017, leur troisième captation de concert… et, une nouvelle fois, ils nous assènent une prestation sans faille. Leur doom, aux relents sludge bien plus prononcés qu’en studio, est impitoyable. Le fuzz jaillit dès le premier morceau, "Gravity Chasm", pour se marier à des riffs d’une lourdeur sidérante. La batterie, massive et précise, n’est pas en reste quand la basse ne s’en laisse pas conter ("Throne Of Fire"). L’excellente production donne l’impression de plonger au coeur d’une foule en transe, de partager l’émoi hypnotisant que crée ces morceaux dantesques, parfois traversés d’accélérations étonnantes qui soulignent le caractère poisseux des compositions ("Hawk As Weapon"). La quintessence de Conan jaillit sur l’énorme "Battle In The Swamp" dont le titre résume à merveille ce qu’est la musique de ce groupe barbare. Les vocaux possédés, stridents, ajoutent encore à la folie de cette musique qui aime à se développer en longs passages instrumentaux oppressants.

Vivement que les concerts reprennent et que, enfin, je puisse jouir du talent des cavemen, dans une salle enfumée ou sous une tente chauffée à blanc, dans les effluves malsains d’alcool et de sueur.

25.04.21 18:14

VALDAUDR - "Drapsdalen"

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Si « Drapsdalen » est le premier album du groupe, c’est bien une formation de plus de vingt ans qui se cache derrière puisque Valdaudr est le nouveau nom de Cobolt 60. Monté par le très prolifique Dod (Daniel Olaisen de son vrai nom, guitariste de Blood Red Throne, ex-Satyricon en live, Zerozonic… - ndr) tout au début des années 2000, C60 comptait dans ses rangs Mr Hustler, alors chanteur de BRT de l’époque. Le duo fait son petit bonhomme de chemin en sortant deux albums à dix ans d’écart (2002 et 2012) et pour la petite histoire, le vocaliste quitte son camarade en 2018 alors que celui-ci a déjà plusieurs morceaux en stock pour un nouvel album. Qu’à cela ne tienne, il sera décidé d’utiliser le matos mais sous un autre nom. Accompagné désormais de Vald, chanteur ayant également officié dans BRT (2005 - 2011), Dod peut reprendre les affaires là où Cobolt 60 les avait laissées. Valdaudr (synthèse des pseudonymes de ses deux membres et agrémenté d’une subtilité de la langue norvégienne - ndr) poursuit sur le terrain déjà bien moissonné du black old school norvégien à la Darkthrone avec cependant quelques passages thrashy ou encore folks du plus agréable effet. Les sonorités métalliques et froides de la guitare, de surcroit reconnaissable pour les familiers du travail de Olaisen, alliées à la production roots offrent une autre perspective à différents moments de l’album qui, dans l’ensemble, remplit amplement sa mission.   

24.04.21 08:10

VIOLENCE - "Opus I"

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Artiste reconnu mondialement dans le milieu de la Bass Music, Frédéric Garcia, alias Niveau Zero, décide de se lancer dans un nouveau projet alliant son univers musical avec celui du metal hardcore. Accompagné de Fabio Meschini (L’esprit du Clan, As They Burn) et Morgan Sansous (Henker), ce projet se nomme Violence, et celui-ci porte son nom à la perfection. En effet, après l’écoute des morceaux de « Opus I » les premiers mots qui viennent à l’esprit sont : percutant, puissant, efficace. Tout commence avec « The rising », pur mélange de metal hardcore et de sonorités indus. S’en suit « Behind masks » avec en guest Code : Pandorum, véritable morceau dubstep/harcore metal explosif, original et très bien foutu. Et ce savant mélange musical, c’est la recette folle du groupe. Prenez des morceaux comme « Engine », « My Fate », « Poison and the cure » ou encore « Violence will not save you »… Autant de bombes calibrées pour faire mal et faire réagir l’audience. Quelques interludes sombres et atmosphériques sont placés à bon escient, nous permettant de souffler un peu avant de se prendre de nouveaux coups de massue dans le crâne. Et que dire de ce bijou qu’est « Wolves », titre limite black metal apocalyptique prenant aux tripes et sublimé par de superbes nappes de synthés. Vous l’aurez compris, Violence met la barre très haute, proposant un album de qualité, varié et perturbant et taillé pour le live. C’est en fait comme si Fear Factory, Clawfinger et Meshuggah s’étaient alliés à I Am X ou Skrillex. Une autre preuve de cette qualité, c’est la présence de guests renommés tels que Code : Pandorum, Julien Lebon d’Atlantis Chronicles, ainsi que Monsieur Billy Graziadei (Biohazard, Powerflo) dont la présence au chant sur l’alarmant « My fate » vient remettre une couche d’agressivité, pour un rendu des plus percutants. « Opus 1 », en plus d’être une pépite au potentiel commercial énorme, est avant tout une ode à la révolte. Violence vient nous rappeler que cette révolte a déjà commencé et qu’elle arrive sous peu à son paroxysme. Et si Violence était tout simplement la bande-son parfaite de l’apocalypse ??  

24.04.21 08:08

S.H.I. - "4 死 Death"

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Comme bien des passions, on dira de la musique qu’elle doit (généralement du moins !) rester un plaisir. Cela se manifeste de plusieurs façons : la sensation de nostalgie en retombant sur un album oublié, la joie teintée de gourmandise de découvrir un artiste à la carrière bien remplie, l’extase de retrouver un artiste aimé qui s’était « perdu » dans des expérimentations pas toujours à notre goût… ou encore la sensation de trouver une mine d’or en mettant à vif une scène qui nous était jusqu’alors inconnue. On peut dire que S.H.I. (pour « Struggling Harsh Immortals », on aime les noms japonais !) s’inscrit totalement là-dedans, à des degrés différents, mais tous décuplant le plaisir d’écoute. Les critères ne paraissent pas cumulatifs ? Détrompez-vous. Certes, la sensation de nostalgie est « factice », puisque je découvre totalement le travail de longue haleine de Cherry Nishida, débuté lors des années 80. Mais assurément, il faut avoir été punk aux grandes heures du punk pour pouvoir faire du punk. Cet album nous le prouve amplement : rarement entendu un opus récent d’aussi grande qualité et paraissant saisir à ce point l’essence de la musique. Ce qui ne signifie pas qu’il ne s’agisse que d’une resaucée peu inspirée, voire larmoyante sur un passé doré en mode « c’était mieux avant ». Au contraire, l’artiste insuffle quelques bonnes idées, héritées de la noise (pour le côté plus tradi) et de l’indus (pour le côté plus novateur). Et que c’est bon ! Un titre comme « Terminus » ou « Hell Bounded Heart » perd sans doute de l’humour et de l’accessibilité du pop punk, mais on y gagne en force d’impact. Si l’on comprend la tournure plus radiophonique prise par le genre à la charnière 90s/2000s, on aurait aimé que davantage de groupes gardent d’autres relents des 90s (grunge, indus, hip-hop… why not ?). Et pour ceux qui veulent des morceaux plus classiques du genre, « Casualty Vampire » et « Theme 2 » sauront assouvir votre soif de gros titres à pogo, avec de la disto à gogo. Au passage, saluons ces titres de morceaux, sonnant comme des attaques de J-RPG… ou des noms de J-RPG tout court ! C’est anecdotique, sans doute même de quoi rendre perplexe les artistes derrière ces titres, mais de mon regard occidental, cette faculté à rendre épique des tournures pourtant un peu kitsch fait sourire. Quid des deux autres « plaisirs » que j’évoquais plus haut ? Ils ne sont pas en reste : S.H.I. n’a encore que peu de matière à son actif depuis sa création il y a une petite dizaine d’années, mais le sieur Nishida n’en est pas à son coup d’essai : le label ressort ainsi son travail avec ZOUO, et c’est sans mentionner « Danse Macabre » ou « Nankai Hawkwind ». Jamais des groupes à la longévité impressionnante, et dont la musique est difficile à trouver chez nous, mais autant de bonnes raisons de jouer les spéléologues. Enfin, quant au fait de retrouver un artiste aimé qui se serait perdu en expérimentation… OK, ce n’est pas vraiment le cas ici. On a plutôt à faire à un artiste discret, polymorphe et méconnu. Mais si vous devez retenir une chose de cette longue chronique qui part dans tous les sens, c’est qu’il faut vite checker autant la carrière de ces keupons japonais, dont la scène est décidément trop injustement boudée alors qu’elle est d’une richesse insolente, que ce nouvel album du dernier-né de Cherry Nishida. C’est puissant, c’est rythmé, ce n’est pas trop verbeux mais avec un chant bien gras et grave, et ça s’acoquine de quelques fantaisies jamais gadgets, qui rajoutent au contraire des éléments propres à S.H.I. tout en ne devenant pas une bouillie incohérente. Du grand art, et bravo aux punks du Japon !

24.04.21 08:06

SCRTCH - "Möther Sümmer"

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Un jeune duo qui va à l’essentiel, dans tous les sens du terme ! Revenant deux ans et demi après leur premier EP, avec deux petits titres (ah ce n’est pas beaucoup !) au nom de l’album (« Mother » et « Summer » donc). Ils sont surtout déterminés à nous démontrer qu’on peut faire plein de choses avec une basse et une batterie. Pour autant, on doit dire regretter un petit manque de folie et d’expérimentation, pourtant principal fer de lance du genre de la noise (alors du « noise PUNK » en plus vous imaginez). On aurait sans doute voulu que ça gueule un peu plus, que ce soit plus foutraque et vénère. On se surprendra aussi à songer à « My Sharona » des mythiques Knack lors de l’intro de « Sümmer », on penchera sur un hommage inconscient, provoqué davantage par le débit du chant qu’une quelconque volonté malicieuse. Mais si on occulte ces petites piques pas très sympas, qu’est-ce que ça vaut ? Et bien c’est pas mal du tout ! « Sümmer » conserve une belle énergie et cette rythmique pointée du doigt est efficace, elle donne justement quelque chose de plus souple et agréable par rapport au Noise plus classique (et bordélique). L’intro de « Möther » est très sympa aussi, avec cette basse simple et oppressante, traînant pendant une minute avant d’exploser. On y retrouve cette fois-ci quelques riffs un peu « Tostaky-en » mais ici relevant totalement de l’impression personnelle. On saluera surtout sur ce titre le clivage entre le côté plus posé des couplets et les cris lors des « MOTHER ! », « MOTHER ! » nous plongeant dans le désespoir le plus profond où il ne nous reste plus qu’à pleurer notre mère, figure décidément toujours faste pour nourrir l’imaginaire des créatifs. Saluons aussi son outro, tout en distorsion, et venant me clouer le bec alors que je voulais du noise. C’est moins bordélique ? Certains y verront une qualité : qu’il s’agisse d’une porte d’entrée ou simplement d’un exemple plus accessible du genre. On reste un peu sur notre faim, notamment aussi par ce goût de trop peu qui se dégagent de ces même pas dix minutes d’écoute. Mais il y a toujours un côté diablement touchant aux jeunes groupes sortis d’on ne sait où et qui sont déterminés à casser la baraque avec un genre pas forcément des plus porteurs. Avec en plus la pandémie leur tombant dans les dents à peine leur premier EP dans les bacs, cela n’a rien d’évident. Persévérez, les gars ! Hâte de découvrir un album complet de votre part.

Derrière le nom Pictures on Silence se cache un multi-instrumentiste en la personne de Fred Bressan qui nous présente son EP éponyme. Souvent, quand on parle de post-rock ambiant, on pense à un album instrumental. Cet EP n’échappe pas à la règle. Musicalement, le musicien propose un rock ambiant dans lequel les reverbs et les delays typiques du style s’en donnent à cœur joie. Parfois calme, parfois plus poussif, le mélange de rock et de synthé fonctionne bien. Le but de cet EP est de nous faire voyager au plus profond de nous-même afin de découvrir ou redécouvrir des sentiments, des émotions, ou encore des souvenirs oubliés. Fred Bressan réussit ce pari et à l’écoute des quatre titres, on se dit que la musique proposée permettra à tout un chacun de s’évader, quelle que soit l’émotion recherchée, la tristesse ou la plénitude. Avec Pictures on Silence, Fred Bressan mélange ses influences diverses et reconnaissables que sont Radiohead, This Will Destroy You ou encore Caspian et réussit à se créer une identité propre. À conseiller à tout amateur de bonne musique ambiante et à tout musicien désireux de découvrir un artiste talentueux.