Chroniques

Chroniques (615)

À la lecture du titre de l’album et du genre dans lequel officient les norvégiens, je ne m’attendais pas réellement à quelque chose d’aussi varié… Et fracassant ! Le quatuor sort en effet, de leurs modestes mots, un « petit » album…c’est-à-dire pas un EP et pas un vrai album non plus, un objet dans l’entre-deux ! Et il faut dire qu’avec un peu moins de trente minutes de musique, nous avons en effet quelque chose de plutôt riche. On commence avec « The Seed », qui fait à lui seul près d’un tiers de l’album et se veut planant, posé, atmosphérique. La plage tutélaire vient lui ajouter du macabre, du dramatique tout en restant lancinant. « The Dwell » rajoute une batterie explosive et des riffs plus rapides, donnant très énergique. « Awakening Remains… » devient alors l’apogée, le point culminant où tous les instruments s’emballent dans un brouhaha grandiose. Seul le dernier titre, « The Sleep » déçoit un peu par sa fin très abrupte, n’apportant pas de réelle conclusion au microcosme de l’album. Il apporte néanmoins une accalmie bienvenue, sorte d’instant d’introspection suite à l’histoire qui vient de nous être contée.  Mais si sa fin déçoit, le groupe semble déjà plancher sur un autre mini-album… Nul doute qu’il fait office de teaser en ce sens, de première partie. Nous avons hâte d’en découvrir la suite !

Comment mieux résumer le nouvel ep de Vilegloom qu'en mentionnant le groupe lui-même : "Les pensées et les tentatives suicidaires sont quelque chose que beaucoup de gens ont et/ou souffrent encore. Et comme beaucoup d'entre nous dans le groupe l'ont vécu, ces choses affectent soit notre vie personnelle ou celle de ceux qui nous entourent de manière importante. Tout le monde traite ses démons différemment, et pour nous, cet Ep a fonctionné comme un énorme exutoire pour laisser sortir beaucoup de ces pensées et sentiments, et leur a donné un endroit où résider en dehors de notre propre esprit. Bien que le contenu de ces chansons soit sombre, nous souhaitons qu'elles soient une libération ou un exutoire pour toute personne ayant des problèmes suicidaires, et qu'elles montrent que vous n'êtes pas seul dans la façon dont vous pensez ou ressentez, et qu'il est possible de manifester ces pensées et actions en dehors de leur réalisation". Entre la fin électro de "Old Soul" et "Living Hell" ou la chute de tempo dans "Dead Weight", mon cœur chavire. La voix colossale de leur chanteur ne fait que rajouter de l'ombre à leurs compositions deathcore déjà très pesantes. Si vous êtes fan de Traitors, Bodysnatcher ou BlackTongue, cet Ep est pour vous !

Leur amour mutuel pour une période musicale qui remonte maintenant à un demi-siècle est évident dès le moment où le morceau d’ouverture « Don't Talk About Love » et son riff de guitare à la Thin Lizzy arrive. Fervents amateurs du rock classique des années septante, The Hornets pompe tout ce qu'il y a à prendre dans les légendes de cette époque allant des Stray Cats comme sur « Superman (Nietzsche) », en passant par Status Quo (« Get out… (Baby Get out)) » ou même Lynyrd Skynyrd, Kiss, Chuck Berry voire les Rolling Stones pour ce qui est des autres morceaux. Manquant cruellement de titres marquant les esprits et qui resteraient surtout en tête, l'album est divertissant sans pour autant faire preuve d'originalité. Tenant plus d'une compile des seventies que d'un album personnel à proprement parler, « Heavier than a Stone » ne pèse pas très lourd dans la muzicosphère actuelle. Oserais-je dire que The Hornets manque de "piquant" et de personnalité pour percer… ?

Spiral Grave est l’héritier d’Iron Man, orphelin du guitariste-fondateur et compositeur Alfred Morriss III, décédé en 2018. Sa maladie était la cause du silence du groupe depuis la sortie de l’excellent "South Of The Earth" en 2013. "Legacy Of The Anointed", avec Will Rivera (Lord) en nouveau membre, s’inscrit dans la lignée de cette œuvre majeure du doom, comme en atteste la présence d’un "Nightmare On May Eve : Dunwich Pt 1", flashback du "Half-Face/Thy Brother’s Keeper (Dunwich Pt. 2)" présent sur "SOTE". Les vocaux, que l’on peut trouver agaçants, de Dee Calhoun, les riffs aisément mémorisables, le groove général - mention à la basse - et le son typé années 70’s rappellent les heures anciennes. Toutefois, les survivants n’hésitent pas à accélérer le tempo, à proposer des titres rapides ("Your Ennemy’s Ennemy", "Tanglefoot"), aux sonorités heavy. L’album regorge d’agressivité, de colère ("Nothing") et plonge parfois dans une atmosphère poisseuse, sudiste, comme sur "Abgrund", huit minutes de doom malsain qui explose en une furie foudroyante pour conclure en beauté ce "Legacy Of The Anointed" de haute tenue.

07.11.21 17:44

SPACE CHASER - "Give Us Life"

Écrit par

Pas de changement en vue pour Space Chaser, troisième album en neuf ans d'existence et les teutons restent dans leur moule. Chant toujours ressemblant tant dans l'intonation que dans le rythme à celui d’un Bruce Dickinson des premiers jours. Pratiquant un thrash metal propre et bien structuré, le style du groupe manquera cependant de riffs originaux et aura tendance à se perdre dans la masse de groupes sortant du déjà vu et revu. "Give Us Life" ne manque cependant pas de panache. Restant plaisant et donnant la pêche même aux plus vieux d'entre nous, les puristes pourront profiter de Space Chaser et les adeptes du changement passeront leur tour. Les plus pointilleux d'entre vous pourront même pousser le vice en remplaçant les paroles du titre "Give Us Life" par celles de "Postmortem" de Slayer et constater à quel point il est difficile de renier ses origines.

Le maître-mot pour ce nouvel opus de Silence Equals Death sera : Cardio ! En effet, dès que vous aurez entamé la première piste de cet album, vous aurez compris le sens du mot. Que cela soit lors des circle-pits ou même en essayant de suivre le rythme dans vos séances de vélo elliptique voire de tapis à la salle de sport, je ne pourrais que vous dire: « Bonne Chance et sort ton troisième poumon car ça va suer grave ». Les vétérans du hardcore du New-Jersey Silence Equals Death, sont de retour avec leur nouvelle sortie « I'll See You On The Other Side » qui renferme six nouveaux morceaux combinés à une version remixée et remasterisée de leur sortie 2020 « Revolution Rising ». Je peux déjà dire que ceux qui auront écouté « Signals » ou « Killing Floor » disponibles sur les plateformes de streaming, ne regretteront en rien l’achat de ce dernier. Influencés par des monstres comme Most Precious Blood, Strife ou Terror, Silence Equals Death est là pour vous refaire le râtelier et, s’ils sont sympas, ils vous laisseront deux dents pour coincer la paille qui vous servira à manger. Stay brutal, Stay Hardcore ! C’est du tout bon !

07.11.21 17:36

SCARVED - "Flashback"

Écrit par

Après les retours plus que positifs de leurs deux premiers albums, Scarved se devait de confirmer avec leur nouvelle offrande « Flashback ». Mélangeant subtilement rock, hard rock et metal, les Belges affinent leur style et, emmenés de main de fer par leur chanteuse Caro Verboven, nous proposent un album très varié, mais homogène. Du rock mélodique de « Flash » au heavy metal survolté de « Head over heels », du hard rock eighties qui fait danser façon Guns n’roses de « Flashback » ou « Poison kiss » au rock groovy psychédélique des seventies de « Schizophrenia » et « Catch me offline ». Ou encore du slow/ballade hard fm « Lost in space » digne du « You and I » de Scorpions, au Rock thrashy façon Metallica de « Lockdown » … tous ces éléments sont ici pensés et imbriqués ensemble pour proposer pas moins de dix hits qui feront fureur dans votre platine, mais également en concert. Mon coup de cœur ira pour le morceau « Rising soul » et son rock progressif ultra seventies rappelant Black Sabbath et autre Blue Öyster Cult grâce aux claviers. Bref, si vous cherchez un très bon album de Hard rock/metal moderne mais qui peut vous faire voyager dans le temps, foncez sur « Flashback ». C’est du tout bon et c’est du belge !

Il faut le dire, « The last of us » m’avait mis sur le cul. Republic Of Rock’n Roll m'avait complètement surpris avec son pur mélange de Foo Fighters et Queens Of The Stone Age. C’est dire si j’attendais « Baudelaire le revenant » avec impatience. Une chose est certaine : les Français gardent les mêmes bases qui les ont fait connaître, c’est-à-dire un power rock parfois furieux et survolté, parfois plus perfide et tiré des années septante. Mais l’on peut retrouver d’autres influences venues s'ajouter au style efficace du groupe. On pense souvent à Guns N’Roses (« La fontaine de sang », « Sed non satiata », au rock parfois psyché et bluesy de Black Stone Cherry et Blue Öyster Cult (« Je suis comme le roi »), au hard rock d’un certain AC/DC, ou encore à certaines références de l’Hexagone telles que Saez et Noir Désir (« Chant d’automne », « À celle qui est trop gaie »). Dans l’ensemble, les morceaux sont plus directs et toujours aussi percutants. La qualité est au rendez-vous. Toutefois, un effort sur le mix du chant aurait encore pu élever l’album. Chanté en Français (cela mérite d’être salué) et exécuté d’une main de maître, Republic of Rock’n Roll délivré avec « Baudelaire le revenant » un album puissant, barré, diversifié, qui vient confirmer tout le bien que l’on pensait d’eux.

07.11.21 17:32

OBSCURITY - "Skogarmaors"

Écrit par

Vétérans du milieu viking, Obscurity en est à son neuvième album (excusez du peu). Ayant remanié quelque peu le groupe, nos cinq allemands accueillent deux nouveaux membres dans leur tribu en la personne de Askar à la guitare et Isarn à la batterie. Pas de changement musical probant dans ce nouvel opus, que les fans de la première heure se rassurent (pas de lapinou rose ou de licorne à l’horizon). Rythmes accrocheurs, noirceur latente dépeignant bien l’air vicié des champs de bataille, énergie débordante, … Tous ces éléments font partie intégrante de cet album. Ils vous en feront voir de toutes les couleurs en passant du festif « Konstantinopel » au riffs rapides et acérés de « Blot ». Jamais vous n’aurez le temps de vous reposer d’autant que le chant allemand n’aide pas à adoucir les compositions. Le seul changement que vous pourriez ressentir sera dans la piste finale (bonus track, cela dit en passant) « Valkyria » qui est dans un autre style (j’ai eu du mal à l'intégrer dans une catégorie bien définie d’ailleurs) voire un autre univers dénotant avec le reste de l’album. Obscurity est généreux car vous en aurez pour cinquante-six minutes dans les oreilles, ce qui devient rare pour un album qui se révèle d’un excellent cru.

Si le titre de leur premier album n’est pas suffisamment équivoque, nul doute que leur premier titre, simplement baptisé « Intro », va vous mettre au parfum : ça gueule « ACAB » d’emblée, et pendant près d’une minute ! C’est qu’on n’a pas manqué de malheureux exemples de violence policière américaine ces dernières années, et pour des chiliens fraîchement expatriés, on ne peut qu’imaginer que la vie new-yorkaise n’a pas dû diminuer ces mauvaises impressions, que du contraire. Sans surprise, lorgner du côté du hardcore pour exprimer injustices et colères n’est pas fortuit.

Si le premier « vrai » morceau se place comme une présentation de ce juvénile quatuor (là aussi, « We Are Non Residents » laissant peu de place au doute, même pour quelqu’un qui parle anglais comme une vache espagnole), très vite, on se rend compte du poids qui pèse sur nos comparses : « Resilience », « Comfortably Tied », « Not For Me » sont autant d’appels à l’aide que de brûlots nécessaires. Et si le clin d’œil au titre controversé de Childish Gambino « This Is America » est possiblement une affabulation personnelle, l’occasion serait que trop belle que pour croire qu’il ne s’agisse que d’une coïncidence.

Et musicalement alors ? Et bah ça envoie pas mal, comme il est attendu sitôt que l’on joue avec ses tripes et avec toute l’honnêteté du monde. Rapide et puissant, leur musique ne se prend pas les pieds dans le tapis comme certaines formations qui, certes, ont beaucoup sur le cœur, mais une formation musicale peut-être encore trop faiblarde. Ici, c’est carré et endiablé, tout en n’oubliant pas d’être appréciable en tant qu’objet auditif, en tant que chanson que l’on veut gueuler autant que l’on veut voir nous titiller les tympans. On veut cogner autant que l’on veut taper du pied, et cerise sur le gâteau : on se tape en plus une idée plus géniale qui consiste à rajouter des rythmiques traditionnelles Mapuche (peuple autochtone du Chili et d’Argentine) à l’ensemble. Si aux oreilles du non-initié (dont je fais partie), cela ressemble à de la flûte, cela ne doit pas vous faire fuir pour autant, que du contraire : cela n’a rien d’un gadget ou d’une simple volonté de se démarquer. C’est une part que l’on imagine importante de leur identité, personnelle comme musicale, et on ne peut que leur implorer de garder cette idée sur de futures productions. « Brutal Caeca » et « Preludio » en sont ainsi garnis, et ça fait prendre de la grandeur à ces morceaux. Peut-être aurait-on aimé voir cela également au début de l’album, mais la sensation de surprise et de fraîcheur en aurait sûrement pâti. On se retrouve néanmoins avec des rythmiques entêtantes et quelques bridges bien thrashouilles qui font plaisir.

Je peux le dire sans trop sourciller : ce projet me touche énormément. Et c’est d’autant plus admirable que la forme est au moins aussi bonne que le fond. On aurait apprécié une poignée de chansons supplémentaires, mais pour un premier album, concocté en pleine pandémie en plus alors qu’ils espéraient tourner un peu avant… C’est de l’excellent travail. Hâte d’en entendre plus de la part de cette nouvelle référence de colère débridée, parce qu’assurément : le climat très tendu aux States aura au moins permis une résurgence punk de premier ordre, et de haute qualité.