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Chroniques (687)

"The Long Road North" est un chef-d’œuvre d’une froide beauté, qui brûle d’une flamme gelée. Comme l’indique le titre de l’album, ce disque est un voyage périlleux et merveilleux vers les splendeurs sauvages du Nord, la quête âpre d’une aurore boréale. Les atmosphères glaciales évoquent le meilleur du Black Metal, comme sur le "Cold Burn" inaugural d’une violence somptueuse. Toutefois, Cult Of Luna refuse l’obscurité totale, est toujours en quête d’une lumière qui jaillit ici d’un orgue ("The Long Road North"), là d’une ligne de clavier ou d’un chant clair (le lent "Into The night", ciel nocturne aux mille étoiles, propice à d’étranges rêveries). Dans ce périple aux confins du monde, les Suédois offrent un réconfortant feu de camp avec "Beyond I", chanson épurée sublimée par la voix grave, envoûtante de Mariam Wallentin. La quête, à l’image des vocaux d’une rage désespérée de Persson et des guitares en tension, le plus souvent hypnotiques, reste douloureuse. La marche est incertaine, les monstres tapis dans l’ombre comme sur l’immense "An Offering To The Wild" ou sur "Blood Upon Stone", longues pièces tortueuses, vicieuses, labyrinthiques, qui révèlent une douce clarté pour aussitôt la dissimuler. L’écoute achevée, « Et comme le soleil dans son enfer polaire, Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé. » (Baudelaire)

Apolinara, chanteuse et pianiste, est la force créatrice du groupe du même nom, née en Ukraine et désormais installée aux États-Unis. "Shadows And Signs" doit sa réussite à sa modestie. Ce disque n’est pas une démonstration sans âme de vocalises haut perchées à forte technicité ou de prouesses instrumentales boostées par une énorme production pour épater la galerie. 

Apolinara marie à la perfection pop (le doux et beau"You Had it all" final), rythme dansant (les claviers "Wonderful", guitares heavy et piano doux) et énergie métallique, dans les solos, comme celui qui dynamise "You Can’t Get Away With This". Le groupe, qui utilise avec intelligence et mesure son atout symphonique, comme sur un "Intro" éthéré, sait aussi montrer les muscles ("The Smile Of The Demon"). Une voix gutturale (le complexe "Shadows And Signs", avec une batterie ultra rapide) surgit parfois pour s’opposer aux mélodies suaves de la chanteuse. Ces chansons, drapées dans une gothique dentelle noire, sont de précieuses pièces d’orfèvrerie.

Décidément, après King Satan il y a quelques jours, j’ai l’impression de m’acharner sur les noms de groupes faisant appel au Malin. Si on ajoute des morceaux aux titres énigmatiques tels que « Enamoured In The Throes Of Death » ou « Shrines In Cinder », plus encore l’intitulé de l’album et la pochette de celui-ci… J’avoue que je ne pourrai pas vous reprocher si, comme moi, vous vous attendiez à quelque chose d’un peu différent. Plus proche de VR Sex ou de Lebanon Hanover par exemple. Mais exit ici le post-punk, et bonjour le punk tout court ! Assez surprenamment, le groupe déploie ses thématiques occultes sur fond de punk thrashouille plutôt pas dégueu, mais pas toujours très inspiré non plus. Non pas que le clash soit choquant ou inintéressant, au contraire, je suis plutôt client des acoquinements saugrenus, donnant parfois des résultats formidables (nombreux sont les vidéastes autant que les musiciens professionnels en ayant fait une spécialité d’ailleurs). Non, ce qui démange un peu, c’est le fait de ne pas savoir exactement sur quel pied danser. Il s’agira peut-être davantage d’une appréciation subjective qu’une critique pertinente, mais l’album m’aurait bien plus goûté si chaque morceau ressemblait un peu plus à celui d’entrée et celui de clôture (« Ecstasies… » et « Never Ending Night », de leur petit nom). Ils s’insèrent largement plus dans cette atmosphère « death rock », sorte de punk gothico-horrifique à l’atmosphère lugubre. C’était davantage ce que je recherchais ici, mais on ne boudera pas son plaisir face à l’un ou l’autre titre entêtants, comme l’énervé « Acid Black Mass » par exemple. Une chose est certaine en tout cas, le groupe m’a emmené là où je ne l’attendais pas, et rien que cela mérite le détour ! Quant à moi, je ne balaye pas le travail de Devil Master au contraire : ils m’ont intrigué. Et j’espère qu’un éventuel troisième opus viendra s’insérer plus fermement dans l’un ou l’autre genre.

12.05.22 19:53

ANIMALS AS LEADERS - "Parrhesia"

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La musique classique déployait déjà des morceaux colossaux. Longs, grandioses, tout en démesure et alternant judicieusement les rythmes et les sons pour nous faire vivre un récit. Chaque titre devenant alors une microhistoire, s’imbriquant souvent au sein d’un concert entier. Par cette construction, les compositeurs pouvaient alors nous émouvoir sans pour autant faire usage de la parole. Ce drôle de préambule n’apprendra strictement rien aux fans de musiques progressives, de post-rock et autres stoner-ies, mais il paraît important de le rappeler. Notamment pour les quelques mélomanes pensant encore qu’un morceau de plus de cinq minutes est un titre chiant. Ou que toute la musique électronique n’est « que du bruit ».

Fort heureusement, si vous êtes lecteur de Metal’Art, j’ose croire que votre curiosité et votre ouverture d’esprit sont suffisamment grandes que pour balayer ces préconceptions éculées. Car dans ce cas, le nouvel opus d’Animals As Leaders vous attend pour un fabuleux voyage.

Les fans de la première heure ne seront pas dépaysés. Si j’ai eu la « chance » de ne découvrir le groupe qu’il y a quelques mois à peine, les fans auront dû attendre six longues années pour retrouver le trio, pourtant si prolifique à ses débuts (quatre albums en sept ans, c’est propre !). À ce sujet, il y aura sans doute les deux catégories habituelles : celles et ceux ravis de retrouver quelques nouveaux titres à ajouter à leurs playlists. Et les autres, un peu déçus d’avoir attendu si longtemps pour voir une formule presque inchangée. Difficile néanmoins de croire que toute personne amatrice de leur musique restera sur sa faim face à cet album qui s’écoute tout seul.

On y retrouve du pur flex à la basse, source d’admiration autant que de jalousie pour tout bassiste en herbe (dont je fais partie !). C’est de rigueur dans tous les genres instrumentaux « post-quelque chose », mais ça fait toujours plaisir après avoir avalé divers albums plus mainstream où elle est si discrète. AAL ne lésine pas sur la virtuosité et nous régale pleinement. Les différents titres, aux noms évocateurs, ne tranchent pas non plus avec la tradition du groupe. Ne rêvez-vous pas de découvrir ce qui se cache derrière « Monomyth » ? Ou bien l’énigmatique « The Problem of Other Minds » ? Des exemples où l’on verrait bien des longues tirades lorgnant entre la thèse académique et le discours effrayant d’un culte fou. On se contentera ici de faire parler la musique, et elle le fait impeccablement bien. Le non moins surprenant « Asahi » se veut très ambiant, presque réconfortant. Donnant l’impression d’être paisiblement en train de contempler le ciel ou la mer. « Gestaltzerfall » et son nom plutôt inquiétant (« chute de la forme », ou « décrépitude de l’être », si on le traduit de manière approximative) tranche avec son rythme bicéphale. Il s’emballe parfois dans un cataclysme de percussions, pour revenir ensuite à une relative accalmie avec quelques riffs à la fois entêtants et qui groovent.

Alors, comment conclure tout cela ? Sans doute en vous réclamant de vous munir du plus grand confort d’écoute possible, de limiter les distractions au maximum et de simplement vous vider la tête en vous préparant pour ce beau périple. Ce n’est pas trop osé que de parler de la musique d’AAL comme d’une expérience. Ils sont incontournables si le genre vous parle, et ce nouvel album est autant une porte d’entrée impeccable qu’une occasion de replonger dedans.

Composé de neuf titres inédits comprenant des reprises, des acoustiques et des versions live de chansons de Metallica, Kiss, Dead Boys. Les versions acoustiques des morceaux de « Kansas » et « Halfway Down » de CMFT ainsi qu'une interprétation en live de « Home / Zzyxz Rd » de l'album fulgurant Come What (ever) May de Stone Sour, récemment sorti. Taylor a inclus le déjà sorti « On The Dark Side » de John Cafferty & The Beaver Brown Band sur l'EP. J’avoue avoir été conquis par les deux versions acoustiques ainsi que la reprise de Metallica même si celle-ci aurait pu être plus originale dans le sens où Corey Taylor aurait pu la mettre à sa sauce. Cela reste dans les grandes lignes, proche de ce que Corey Taylor fait dans ses compositions en solo, moins metal que Stone Sour et moins rentre-dedans que Slipknot (même si je vous entends dire que Slipknot n’a plus rien à voir avec ses premiers albums). CMFB…Sides est une bonne petite plaque qui permet d’attendre l’arrivée de compositions personnelles de Corey Taylor, … , peu importe le projet (Solo, Stone Sour, Slipknot ou qui sait quoi d’autre).

20.03.22 08:04

NEW FAVORITE - "Chasing Light"

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La sortie du premier EP éponyme de New Favorite en mars 2020 n'est pas tombée dans l'oreille d'une sourde. Leur condensé de Rock Alternatif aux multiples influences addictives et vigoureuses m’avait aisément séduite. Un an et demi après cette sortie, le trio toujours composé de Alex Diaz (The Prestige), Pierre (As We Draw) et Aurélien, exprime à nouveau leur virtuosité avec l'EP “Chasing Light”. Il est composé de cinq titres d'une énergie fougueuse et vogue entre la finesse du Rock aux allures tantôt sombres tantôt groovy. Le titre d'ouverture “Bad Milk” marque la volonté de New Favorite d'explorer des facettes plus percutantes et agressives tout en gardant cette facilité d'écoute déconcertante. Tandis que les morceaux “Fire Sweet Fire” et “Demons” expérimentent des sonorités davantage aériennes. Alors que “Sick For Sleep” et “Goodspeed” frappent direct dans l'efficacité groovy avec des refrains accrocheurs. Avec “Chasing Light”, New Favorite prouve une nouvelle fois leur capacité à mélanger les influences dans un contenu pleinement percutant et additif. Le seul élément qu'on peut reprocher à New Favorite est peut-être un goût de trop peu ? Après deux EP, un format qui colle parfaitement à l'énergie de leurs compositions, un album serait sûrement adéquat afin de partager davantage de leurs influences et expérimentations. Il est certain que peu importe le format, la suite se fait attendre avec impatience !

20.03.22 08:02

KORN - "Requiem"

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Depuis 1994, Korn nous en fait voir de toutes les couleurs. Allant du très bon au moins bon selon les goûts, ils se sont même essayé aux albums concepts comme The Path of Totality qui mêlent leurs compositions à de la dubstep. Mais que dire de Requiem ? Eh bien, merci. Oui Merci de revenir aux sources de ce que vous étiez, au bon son de la basse et au chant si doux à nos oreilles de Jonathan Davis. « Forgotten » est le parfait exemple de ce retour aux origines, nous n’avons jamais eu l’impression de quitter les premiers albums que sont Life is Peachy ou Follow the leader. Le seul point négatif de ce dernier album est sa longueur, notre combo américain nous a habitué à de longues sorties avoisinant une heure tandis que celle-ci ne dure que trente-trois petites minutes. Certes c’est court mais qu’est-ce que c’est bon d’entendre des morceaux comme « Disconnect » avec ses mélodies lancinantes ou « Penance To Sorrow » qui nous rappelle vaguement que Jonathan Davis avait participé à la bande originale de La reine des damnés il y a vingt petites années.  Si vous voulez revivre le Korn de vos débuts, Requiem est le saint Graal tant attendu.

20.03.22 07:58

JaCOB - "Metamorphosis"

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Ce nom étrange est en fait l’acronyme de Jaypee & the Cannibal Orgasmic Band, groupe de Jaypee-Jaypar qui s’essaie pour la première fois au travail en bande. Avec "Metamorphosis", nous naviguons loin des mers metal pour aborder les rivages ténébreux d’un folk rock, d’un blues sombre. Porté par une voix magnifique, rocailleuse et profonde, qui oscille entre Nick Cave et Tom Waits, hanté par l’esprit de Leonard Cohen, ce disque invite à franchir les portes d’un bar mal famé, au fin fond d’une campagne américaine, en Louisiane ? Un grand gaillard accoudé au bar, plus très net, raconte avec intensité ses malheurs et ses misères, parfois menaçant ("Son Of A Bitch"), parfois touchant ("Prayer"), tantôt mélancolique ("Rain"), tantôt colérique ("I’m Coming For You") – dans ces rades, un coup de poing est vite parti. Ambiance western ("John The Revelator") pour ce disque typiquement américain enregistré au Texas.

Les morceaux, diablement bien écrits, contiennent tous un petit quelque chose qui les rend mémorables, là un passage à l’harmonica ("Lonesome Bastard"), ici un motif de guitare imparable ("The Loser Song"), là encore du violoncelle ("Another Summer Day In France", "Rain"). "Metamorphosis" s’achève sur un chef d’œuvre, le long "In My Realm", conclusion magistrale d’un disque qui l’est tout autant.

20.03.22 07:56

FEUERSCHWANZ - "Memento Mori"

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On ne présente plus Feuerschwanz, leader du folk rock-metal de la scène allemande depuis maintenant un bon bout de temps. Deux CDs pour la version deluxe, deux mondes opposés et totalement différents. D'un côté, le Memento Mori, album qui porte très bien son nom : profitons de la vie et apprécions ce qu'on a à juste titre. Voilà le genre de message que le groupe souhaite faire passer. Et pour se faire comprendre, quoi de mieux que de faire entendre son plaisir de composer, et d’interpréter au plus haut niveau. Le groupe est heureux d'être là, et ça se sent tout au long de l'écoute. Que ce soit sur des titres mélodieux (« Krampus » , « Ultima Nocte ») ou sur des titres plus doux (« Das Herz eines Drachen »), l'aura du groupe nous enveloppe sans équivoque. Il est vraiment difficile de se détacher de l'ambiance tellement l'opus est prenant. Le deuxième CD est un album de reprises, version folk. Et là, ma stupéfaction est à son comble. Passant de The Weeknd, à Manowar et Ghost, et... O-zone. Les roumains qu'on a tous connus pour « Dragostea Din Tei » auront aussi le droit à leur reprise, façon Feuerschwanz. Et quelle reprise !

La seconde partie nous livre des covers toutes aussi étonnantes les unes que les autres pour compléter un très bon album. « Memento Mori » est facilement rendu accessible par la propreté de la production et par les thèmes abordés, qui parleront à tout le monde.

Corpsegrinder, le disque solo éponyme coproduit par Jamey Jasta et publié par le propre groupe de musique Perseverance de Jasta. Vous espérez entendre George Fisher pousser la chansonnette dans les aigus ou faire du heavy metal chevauchant une licorne, équipé de son épée Excalibur ? Eh bien non, c’est un bon album de Death Metal bien dur et bien raide comme on les aime (désolé). Dans Corpsegrinder vous aurez du death, du thrash metal avec quelques passages doom inattendus (mais bienvenus). Rien de tel pour mettre en appétit et rien de tel que d’entendre à nouveau la voix de notre gentil papa du Death metal, George Fisher. Personne ne se plaindra de ce nouveau projet sauf peut-être Chris « Grumpy » Barnes (lol). Respect the neck !!!