Alice

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Vous n'êtes sûrement pas passés à côté du nouveau phénomène du moment nommé Spiritbox. La libération de leurs singles a attiré l'attention par leurs dualités entre l'explosive « Holy Roller », la douceur de « Constance » ou encore l'addictive « Circle With Me ». Après la sortie de deux EP, le trio américain, composé de Courtney La Plante, Michael Stringer et Bill Crook, a pris le temps de préparer un premier album percutant nommé « Eternal Blue ». Cet enregistrement est une tornade avec ses impulsions de Metalcore mélangeant une multitude d'influences tantôt progressives, électroniques, djents ou encore alternatives.

Le titre d'ouverture « Sun Killer » appuie les premières dualités avec sa douce entrée en matière qui se brise dans la seconde partie avec une intensité profonde et puissante. Le tout accentué par des influences électroniques qu'on retrouve parfaitement sur l'addictive « Hurt You » ou encore sur la fougue de « Yellowjacket » en duo avec Sam Carter (Architects). Ces premiers morceaux propulsent un Metalcore de qualité qui va s'équilibrer avec les suivants « The Summit » et « Secret Garden » dans un registre plus doux et émotionnel tout en gardant une technicité solide. Le charme se retrouve dans les dualités des mélodies et surtout dans la voix de Courtney, elle est un élément central de l'album. Elle fait preuve d'une véritable aisance entre un chant aérien rempli d'émotion avec un côté pop qui se nuance avec ses screams puissants typiques du hardcore. Les morceaux se poursuivent avec les plus heavy et redoutables « Silk The Strings » et « Holy Roller » qui retournent tout sur leurs passages.

Néanmoins, si cet album apparaît comme un subtil mélange de dualité entre des morceaux explosifs et d’autres plus adoucis, ce n’est pas homogène. Après le déluge de « Holy Roller », l’autre moitié de l’album est un concentré de titres davantage calmes qui rompt cette solide dynamique. Toutefois la technicité est toujours autant présente sur des morceaux comme « Halcyon » ou encore « Eternal Blue » mais avec une rythmique attendrie. Malgré cela on retrouve une puissance timidement comme sur le final du captivant et aérien « Circle With Me ». Le côté fougueux est délaissé ce qui peut alors décevoir par ce manque d’équilibre et qui me rend dubitative. En effet, les morceaux sont tout aussi percutants par leur fraîcheur comme sur « We Live In A Stranger World » mais cela n’apporte pas une véritable valeur ajoutée sur le reste de l’album. L’album se conclut avec « Constante » une balade vive d’émotion mais qui laisse un goût de trop peu. Si la conclusion se fait en douceur, le manque d’équilibre d’« Eternal Blue » transparaît.

Spiritbox apporte un vent de fraîcheur dans la scène du Metal Moderne et ravivera les fans du genre, il est certain. Les morceaux sont bien ficelés et s’enchaînent avec aisance. Néanmoins, je reste partagée en m’attendant à davantage de morceaux dans la veine fougueuse de « Holy Roller ». Même si « Eternal Blue » séduit par sa facilité d’écoute, j’ose espérer que le groupe ne se contentera pas de se relâcher davantage pour les prochaines sorties. Je conseille une écoute des premiers EP qui sont davantage enrichissants et vigoureux pour prendre conscience du potentiel du trio.

« Eternal Blue » est un début prometteur qui permettra au groupe de décoller. Spiritbox nous séduit dans un tour de montagnes russes voguant avec aisance entre des morceaux tantôt explosifs tantôt émotionnels.

Cinq ans après la sortie de « Sovran », les suédois de Draconian libèrent leur septième album «Under a Godless Veil» en octobre dernier. Il m’a fallu un certain recul pour m’exprimer sur son contenu qui ne m’a pas laissée insensible par son atmosphère particulièrement oppressante et mélancolique. Cette dualité m’a accompagnée durant la noirceur de l’hiver et continu à m’envoûter pendant que les journées s’éclaircissent.

Incontestablement, Draconian poursuit son ascension dans une atmosphère entre un doom gothique et funéraire qui se caractérise avec un contraste percutant entre douceur et lourdeur avec une subtilité envoûtante et écrasante. «Under a Godless Veil» se démarque avec une approche poétique, romantique et mélancolique accentuée au travers d’un album concept racontant le mythe gnostique prenant toute sa dimension dans l’opposition du chant des deux protagonistes. Cette caractéristique permet de faire progresser l’histoire au travers des morceaux et des changements d’ambiances tantôt plus lourds comme sur «The Sacrificial Flame» tantôt plus mélodiques comme sur «Claw Marks on the Throne». Cette dualité est marquée entre les growls bestiaux de Andrés et la douceur aérienne de Heike. Les deux solistes permettent d’apporter une dimension et un jeu de voix comparable à la Belle et la Bête se retrouvant parfaitement sur «Moon Over Sabaoth».

Posons la remarque d’ailleurs, c’est le second album enregistré avec Heike au chant, une plus grande place lui est accordée avec des passages plus denses. La douceur angélique et cristalline de sa voix m’a fait vibrer de nombreuses émotions. Je conseille vivement de porter une attention particulière à son groupe Light Field Reverie qui a sorti son premier album «Another Wolrd» ainsi que son ancien projet ISON.

Nous retrouvons différentes atmosphères vibrantes au travers de « Under a Godless Veil » tantôt sombre tantôt mélancolique. Heike est mise en valeur avec l’interprétation céleste de « Claw Marks on the Throne » et « Burial Fields » qui amènent une sensibilité profonde et émouvante, un moment de frissons garantis. Chaque morceau apporte ses variations entre « Lustrous Hearth » qui nous transporte dans son univers planant et froid. Tandis que « Moon Over Sabaoth » et « The Sethian » nous ensorcellent par leurs noirceurs, leurs riffs écrasants et des growls imposants. Une pointe aérienne se fait ressentir sur le lancinant « Sorrow of Sophia » qui ouvre l’album et nous plonge progressivement dans son histoire ainsi que l’envoûtant « Sleepwalkers ». Continuons avec « The Sacrificial Flame » ou encore « Ascend Into Darkness » refermant l’album en beauté se rapprochant d’un univers Funeral Doom toujours aussi écrasant dans cette dualité entre l’ombre et la lumière.

Difficile de poser les mots justes pour conclure un album qui m’a autant épaulée et tourmentée d’émotions. Si « Under a Godless Veil » paraît difficile d’approche à la première écoute, il est pourtant plutôt aisé de tomber sous son charme brusquement. Draconian s’impose davantage dans son genre de doom gothique dans lequel s’associe une excellée de créativité par le côté poétique qui donne vie à cette œuvre si prenante et si singulière. « Under a Godless Veil » réussit à nous envoûter dans une atmosphère sombre dans laquelle la douceur lumière parvient à s’immiscer et s’associer dans une musique tumultueuse grâce à ses dualités. Si j’ose dire que cet album frôle la perfection, presque un an après sa sortie, il est encore difficile de s’en défaire.

27.02.21 11:13

HORSKH - "Wire"

Après “Gate” en 2017, HORSKH est de retour avec un second album “WIRE” envoyant la sauce d’une fusion d’un Metal Indus et Electro puissant et énervé. On se branche à des sonorités redoutables et percutantes avec douze titres bruts de décoffrage d’une durée approximative de deux à trois minutes. Le cocktail est explosif entre des nuances avec du Metal furieux, la froideur de l’Indus et de la transe de l’électro qui nous transporte dans un univers déconcertant et oppressant. Chacun des morceaux est accentué avec le chant hurlé, des grosses rythmiques ultras accrocheuses qui emportent tout sur leur passage parfois allégé avec une pointe de mélodique subtile apportant de la matière et de la profondeur. Certains retiennent toute l’attention avec la folie de “Pull The Wire”, “Common Crimes”, “Cut The Knot” ou encore “Black Switch” sur lesquels l’expérimentation des machines est poussée à son paroxysme. La froideur se retrouve avec “A Breath Before The Fall” et “Break Off” tandis que la violence est plus représentative avec “Strobes” et “Mud In My Wheels”. La conclusion avec la piste instrumentale “May Day” permet d’accentuer l’expérimentation toujours dans une atmosphère écrasante et étrange. La machine est bien huilée, “WIRE” envoi du lourd avec des sonorités ordonnées, équilibrées et maîtrisées avec précision. Une expérience qui nous captive du début à la fin durant une demi-heure qui passe à la vitesse de l’éclair et frappe avec une efficacité déconcertante.

22.11.20 10:28

Jinjer

Jinjer à la particularité d’être l’un des derniers groupes ayant joué avant la mise à l’arrêt du monde dû au confinement et l’un des premiers à rejouer avec le respect des distanciations sociales. Les Ukrainiens parcourent le globe avec une escale en mars dernier en Australie qui donne lieu à l’enregistrement de leur premier CD live : « Alive In Melbourne ». Tatiana Shmaylyuk revient sur ces événements, sur la sortie du live et elle évoque également les futurs plans du groupe : 

Pour commencer, Jinjer revient d’une tournée comment s’est-elle déroulée ? Et que ressens-tu dans le fait de pouvoir rejouer à nouveau après cette longue période ? Nous avons joué une petite tournée autour de l’Allemagne et en Suisse en septembre, c’était des concerts avec les distanciations sociales. Ça nous a fait du bien, nous ressentons que nous ne sommes pas encore morts, c’est comme si on se réveillait d’un coma (rire). C’était vraiment génial de voir tous ces visages familiers et de nouveaux fans qui sont venus nous supporter.

Que penses-tu de cette récente configuration avec le public assis autour d’une table ? J’imagine qu’il doit manquer une certaine énergie dans l’atmosphère… J’ai l’impression que la pandémie a fait tout foirer. Nous avons le sentiment d’être des personnes différentes actuellement. C’est terrible de ne pas pouvoir faire son travail pleinement à 100 %.

Je comprends… Mais c’est mieux que les lives en streaming et ne pas avoir un public en face de toi ? Oui (rire)

Jinjer va sortir son CD live qui a été enregistré à Melbourne en Australie. C’est la première fois que tu jouais dans ce pays, quels souvenirs en gardes-tu ? Oui, c’était votre première fois ici et j’ai toujours voulu y aller et visiter ce magnifique continent. Je suis très heureuse que nous ayons pu filmer et enregistrer ce spectacle mémorable à Melbourne et de jouer en Australie en général. Je désire juste partager cette expérience et ces moments avec le reste du monde.

En plus, c’était un concert sold-out à Melbourne, est-ce que les concerts de la tournée étaient complets aussi ? Oui, je pense que la plupart d’entre eux ont été complets aussi. C’est difficile de s’en souvenir parce que c’était il y a huit mois.

La sortie de CD live : « Alive In Melbourne » était prévue avant, ou avez-vous décidé de le sortir en raison de cette période particulière, privée de concerts ? Nous ne l’avions pas programmé au départ. À l’époque où Jinjer a joué ce spectacle, c’était au début du mois de mars et personne ne savait ce qui allait arriver dans le monde. Nous avons eu cette proposition d’un vidéaste de filmer le concert et nous avons accepté. C’est une tradition de filmer les spectacles quand nous venons dans un pays pour la première fois. Nous avions seulement prévu de l’enregistrer c’est tout, et puis maintenant c’est devenu un plus grand projet.

Le live ne sortira qu’en audio, comment tu expliques ce choix parce que sur YouTube vous avez diffusé des vidéos du concert ? Je ne sais vraiment pas… C’est difficile à dire, je n’ai pas toutes les informations. C’est juste arrivé, et je n’ai pas participé à tout le processus de réalisation. J’étais loin de l’Ukraine et j’étais occupée par d’autres choses.

Après cette tournée en Australie, Jinjer a pu jouer en Amérique du Sud. Comment cela s’est-il passé avec cette situation particulière, car vous n’avez malheureusement pas pu terminer la tournée ? C’est exact, le jour où nous jouions au festival Hell & Heaven au Mexique (ndlr : le 14 mars), nous avons eu l’information que le reste de la tournée était annulée en raison de la pandémie. Jinjer a été l’un des derniers groupes cette année à jouer un véritable spectacle en festival. Après avoir fini de jouer ce concert, le monde entier s’est arrêté et nous étions vraiment saisis.

Pendant cette période de confinement, tu as pu travailler sur de nouveaux projets avec Jinjer ou autre ? Je suis resté en Californie et j’ai fait quelques featuring avec d’autres groupes tandis que Roman (guitariste), Vladislav (batterie) et Eugene (bassiste) ont bossé sur de nouvelles musiques pour Jinjer. Maintenant que nous avons plus de temps pour continuer à le faire, nous préparons en effet du matériel pour un nouvel album.

Ce n’est pas un problème de travailler à distance avec les autres membres de Jinjer ? Non, parce que je suis toujours la dernière à finir les chansons de l’album d’un point de vue lyrique, donc j’attends que le son soit prêt et ensuite je commence seulement à écrire les paroles. Par conséquent, ça n’a pas vraiment d’importance si je suis loin ou pas... et puis internet résout ce problème.

As-tu des envies musicales particulières pour toi dans d’autres projets ou avec Jinjer ? Car parfois on retrouve des influences autres que metal dans la musique du groupe : Dans un premier temps, j’ai plus besoin d’entendre le morceau que de l’imaginer. J’ai juste envie d’être inspirée par tous nos morceaux. Pour te dire, je n’ai pas vraiment de plan, c’est assez intuitif et cela évolue durant le processus de création.

Tu as collaboré sur le jeu vidéo « Metal: Hellsinger » qui sortira l’année prochaine, peux-tu m’en dire plus ? Je n’aime pas jouer aux jeux vidéo. Mais évidemment et actuellement, j’adore collaborer et figurer sur des musiques, c’était la première fois que je faisais ça. C’est arrivé très vite, j’ai reçu un e-mail de mon manager qui me disait : « Hey Tati, il y a une chance de figurer sur un morceau d’une bande-son pour un nouveau jeu vidéo, alors qu’est-ce que tu en penses ? ». Puis, j’ai écouté, j’ai dit oui et ensuite j’ai enregistré ma voix et elle se semblait plutôt bien.

Cela fait deux ans que votre dernier album « Macro » est sorti, quels sont les retours que vous avez reçus ? Oui, cela fait déjà deux ans et les réactions sont bonnes jusqu’à présent. Mais quand cette pandémie est arrivée, nous étions en plein milieu de sa promotion en Amérique du Sud. Nous sommes un peu dévastés par cela, néanmoins, nous essayons de faire de notre mieux pour que les gens continuent d’écouter et pour le maintenir en haut. C’est pour cette raison que nous avons filmé dernièrement cette musique vidéo pour le morceau « Prophecy » pour rappeler que l’album existe. Il est toujours récent pour nous même si ça fait deux ans qui se sont passés, mais il ne faut pas l’oublier.

Sur le nouvel album, il y a un morceau en russe « Retrospection », penses-tu continuer à faire des chansons dans cette langue dans les futures compositions ? Non, je ne programme rien pour le moment. Je n’avais pas non plus prévu de chanter en russe sur cette chanson, c’est arrivé comme ça. Peut-être si les nouvelles chansons me parlent je chanterai en russe, mais je ne promets rien.

Cette chanson « Retrospection » traite de la famille essentiellement, pour toi, c’est sentimental de la chanter en live ? Oui, c’est une chanson émouvante, je crois que j’ai pleuré une fois sur scène. Tu sais, parce que c’est parfois difficile d’être un groupe en tournée tout le temps, de travailler dur, de passer la moitié de l’année sur la route et d’avoir sa famille loin de soi et même si on vit dans le même pays, je ne peux pas leur rendre visite fréquemment. C’est pourquoi c’est une chanson très personnelle et elle me rend émotive de temps en temps.

Est-ce qu’on peut dire que la chanson « Pisces » est celle qui a eu le plus de succès dans la carrière de Jinjer ? Que penses-tu de tous ces commentaires et réactions vidéo sur cette chanson et sur votre voix aussi ? Je ne regarde jamais ces vidéos de réactions parce que je n’en ressens pas la nécessité. Néanmoins, j’apprécie vraiment tous les commentaires et les personnes qui ont créé des contenus comme des reprises, des vidéos de réactions et des trucs dans le genre. Cependant, je suis tellement occupée par d’autres choses que je n’ai pas vraiment le temps de me pencher plus dessus. Mais, ça me touche et ça signifie beaucoup pour moi. J’espère que ces vidéos continueront d’impressionner les gens et les faire réagir dans l’avenir.

Comment prépares et entraines-tu ta voix avant les concerts ? Et comment fais-tu pour la garder en bonne santé pendant une tournée, c’est difficile ? C’est vraiment difficile, mais je ne fais pas d’échauffement, car je n’ai pas le temps. Peut-être qu’à l’avenir, quand je trouverai un bon exercice pour moi personnellement je pourrais l’utiliser pour améliorer mon chant.

Pour finir, parlons de la tournée : Jinjer revient jouer en Belgique au Festival de Durbuy Rock Festival l’année prochaine, je l’espère ! Quels souvenirs gardes-tu de tes concerts en Belgique ? Je pense que ça fait déjà un bon moment que nous n’avons pas joué en Belgique. Mais je ne sais pas, parfois j’ai l’impression que ce concert était en Belgique, mais c’était en Suisse (rire) il y a tout qui se mélange dans ma tête.... Par contre, je me souviens de bonnes bières ! Mais j’espère que l’année prochaine, j’aurai de nouveaux souvenirs plus frais et que je m’en rappellerai jusqu’à ma mort.

Le phénomène Obsidian Kingdom est de retour avec un troisième album “MEAT MACHINE”. Devenus maîtres dans l’expérimentation, les Barcelonais défient encore toute catégorisation musicale pour un rendu incroyable. Une classification très diversifiée entre du Metal Progressif combiné à du Post Metal, Metalcore, Rock alternatif, des nuances pop, électroniques et d’Indie Rock avec des éléments expérimentaux, orchestraux et atmosphériques. On retrouve "PUMP" avec ses influences Indus, "NAKED POLITICS" et "SPANKER" dans une tendance Indie, la douceur avec "A FOE" ou également le surprenant et inqualifiable "WOMB OF WIRE" entre le Neo Metal amplifié d’ingrédients pop, de scream, de vocodeur et de piano. Une véritable exploration et explosion de sonorités captivantes parfois déstabilisantes, le tout parfaitement exécuté avec technicité et ingéniosité. Dix morceaux de qualité avec leur propre force de caractère remplis de contraste, entre lourdeur, agressivité et sensibilité. Cette technicité associant différents styles se rencontre parallèlement avec une voix masculine capable d’enchaîner aisément différentes nuances entre le chant clair et les screams ainsi qu’un chant féminin apportant toute la délicatesse et la modernité des envolées lyriques. Obsidian Kingdom ose dépasser les limites de l’expérimentation musicale, "MEAT MACHINE" envoie du steak avec ce chaos orchestré frappant l’auditeur de ses multitudes de genres. C’est orignal et parfaitement exécuté.

19.08.20 19:16

Untitled With Drums

En mars dernier, le groupe Untitled With Drums nous dévoilait “Hollow”, un album riche en influence et en émotion. En pleine période du confinement, j’ai pu échanger (à distance) avec Martin (basse & chant) et Rémi (batterie) afin d’en apprendre davantage sur le groupe, leur univers musical et les détails de ce nouvel opus.

Pour commencer, vous pouvez vous présenter ? Comment le groupe s’est-il créé ? Rémi: Le groupe s’est créé en 2014. Martin avait des compositions pour un projet solo qu’il avait enregistré. Il cherchait des musiciens pour mettre ces morceaux en live autrement qu’avec des maquettes sur son ordinateur. Il a fait appel à nous, car on se connaissait. On avait tous nos groupes à ce moment-là, on s’était tous croisés sur des concerts dans des lieux à Clermont-Ferrand et à partir de là, on s’est formé. Au début, on a travaillé les compositions de Martin, car ce n’était pas censé être un projet défini pour la suite, l’idée au départ, c’était de jouer ces morceaux-là. Martin: Au début, c’était plus pensé comme un collectif d’enregistrer un disque et de jouer des morceaux en particulier. Ensuite ça a pris la tournure d’un vrai groupe. Rémi: Quand nos groupes respectifs se sont arrêtés à peu près au même moment, on s’est projeté à fond dans Untitled With Drums pour le faire évoluer vers un vrai groupe. On a changé nos méthodes de composition et nos façons de faire sur plein de choses. Le line-up est le même depuis le début du groupe.

Pouvez-vous m’en dire plus sur l’origine du nom du groupe Untitled With Drums ? Martin: C’est un hommage à Shipping News. C'est un groupe de Rock des années 90/2000 et sur la fin de leur album “Flies The Fields”, il y a le morceau “Untitled With Drums” qui est magnifique. C’est une ballade un peu Pop et complètement sombre. J’aime bien l’ambiance qui, je trouve, correspondait avec ce qu’on faisait à l’époque. Le nom du morceau m’évoque et me rappelle les origines du projet solo à la base avec le mec qui rajoute ses touches sur un projet sous forme de démo toute pourrie mal enregistrée sur un ordinateur. On a rajouté justement la batterie et plus largement une espèce d’ampleur Rock a des morceaux qui ne l’étaient pas forcément à la base. Je trouvais que ce nom décrivait assez bien ce processus-là.

Votre album “Hollow” est sorti il y a presque un mois maintenant. Quels retours avez-vous reçus ? Martin: On a beaucoup de bons retours et on est super content. Il y a des chroniques pratiquement tous les jours avec des choses très positives. On avait essayé de passer un cran et de voir plus loin avec cet album dans la façon de l’envisager et de l’enregistrer. On ne s’attendait pas à ce que ce soit aussi positif. L’investissement humain qu’on a fait a payé, car le fait de travailler avec Serge Moratte et tout simplement entre nous, on se rend compte que ça fait échos chez les gens et c’est très gratifiant.

Comment s’est déroulée la collaboration avec Serge Morattel pour la production de l’album ? Martin: C’était très bien. On le connaissait via les groupes qu’il avait déjà enregistrés et dont on était fan à l’époque comme Ventura et Knut. Et sa méthode d’enregistrement nous correspondait. On est parti sur une musique plutôt live et brute sans trop de traitement avec une production assez subtile comme il a l’habitude de faire. Ça s’est imposé un peu naturellement et la collaboration s’est super bien passé. C’était vraiment parfait. Rémi: Il a réussi à exploiter la formule du groupe et humainement, c’est un type adorable et super. Il en a vu passer quelques-uns des groupes et il y a une façon de faire avec les gens. Il te met dans une ambiance, dans une sorte de bulle et il s’approprie ta musique. Après, il sélectionne ses projets et fait ce qu’il lui plaît, quand tu vas chez lui, tu sais qu’il aime déjà ta musique. Martin: Au-delà d’aimer ta musique, il réfléchit vraiment au moment où tu te poses dans son studio. Et dans la continuité de ce qu’on amène, il a déjà une vision et une idée de ce qu’il va vouloir en faire. C’est très intéressant de travailler avec Serge qui à ce rôle de producteur de groupes. Rémi: On était venu chercher un producteur et on n’a pas été déçu. C’est ce qu’on voulait. On ne voulait pas quelqu’un qui se contente simplement d’enregistrer le disque. On voulait une personne qui le produise vraiment et on n’a pas été déçu.

Le processus d’enregistrement est un peu particulier. Vous avez enregistré en live et ensuite vous avez réenregistré une partie en studio. Comment expliquez-vous ce choix ? Rémi: En studio, on a joué tous les cinq ensemble, en même temps et dans la même pièce. De cet enregistrement, on a conservé la batterie et la basse. Pour les guitares et les claviers, on les a réenregistrés par la suite. Le but de jouer ensemble, c’était de capter la même façon qu’on joue nos morceaux en répétition. Martin: C’est de garder la même énergie qu’on pouvait avoir en répétition, car c’est là que les morceaux se révèlent ou non. Pour essayer de retrouver ce feeling-là, il n’a pas d’autre solution que d’enregistrer les uns en face des autres, à se regarder et jouer ensemble en étant dans la même pièce.  En terme de son, même techniquement, ça donne une espèce de respiration et de crédibilité et une impression d’être dans la pièce avec nous, c’est aussi le rendu qu’on cherchait pour cet album-là.

Les thématiques de “Hollow” sont assez sombres : abandon, isolement, deuil … Est-ce que l'on peut dire que vous avez joué sur l’aspect émotionnel ? Martin:C’est moi qui m’occupe des textes. L’album est émotionnel, mais je ne dirais pas que j’ai joué dessus. C’est venu naturellement, ce n’est pas la corde sur laquelle j’ai envie de tirer. C’est la seule façon que je connais pour écrire des textes et faire de la musique. Ce n’est pas pour être racoleur, émo ou quelque chose du genre. Mais, je me disais que c’était là  où il avait l’énergie dont on devait se servir, dans ces émotions qu’on exploite, qui ressortent et qui donnent cet aspect-là. Outre les textes, je pense que c’est ce qui donne l’énergie du reste du groupe, c’est une sorte d’exutoire dont on se sert pour agrémenter la musique qu’on produit. On a une sorte d’état d’esprit, on fait de la musique pour essayer de se dépasser. Je pense que c’est assez naturel que ces thèmes-là finissent par rentrer dans le tableau d’une manière ou d’une autre. Rémi: C’est Martin qui écrit ces textes et on n’intervient pas du tout sur l’écriture. Ce sont des textes très personnels, mais on arrive à s’identifier à l’état général et il y a une adhésion là-dessus. Martin:Il y a une volonté de se réapproprier le projet que ce soit les morceaux ou les textes. Rémi:  On a chacun notre grille de lecture des paroles et c’est la façon de chacun à s’approprier le projet.

On peut affirmer que ces paroles sont vraiment un exutoire ? Rémi: Ce projet est clairement un exutoire. On vient tous les cinq d’univers musicaux différents, on n’a pas les mêmes influences et on arrive à faire la synthèse de tout ça dans le projet. Il y a un fil conducteur et je pense qu’on a réussi à trouver avec ce disque quelque chose qui nous plaît à tous. On a changé de méthode de composition. Sur ce disque, on s’est tous mis à fond dessus. C’est toujours Martin qui fait la composition et qui nous envoie la matière de base, mais il y a un travail d’arrangement et d’investissement que l’on n’avait pas avant, cela se ressent. C’est sûrement pour ça qu’on arrive tous à bien s’identifier sur cet album et sur le projet en général.

Comment décririez-vous votre musique afin de donner à nos lecteurs l’envie de l’écouter ? Martin:C’est très subjectif. J’ai l’impression que ça ne ressemble pas vraiment à quelque chose qui existe déjà. Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose, mais au moins, c’est ça qui est particulier et le plus unique possible. C’est-à-dire, je ne sais pas dans quelle mesure on digère nos influences, mais on promet de faire quelque chose d’intéressant. On a la volonté de faire quelque chose de singulier et de ne pas se laisser enfermer dans une case. Rémi:Je suis d’accord avec toi, mais pas totalement, car c’est moins conscient que ça. On nous fait souvent la remarque, en nous disant qu’il y a beaucoup d’influences qui sont mélangées, mais en faite, il y a beaucoup de choses qu’on n’a pas du tout calculées. Le fait qu’on vienne d’univers complètement différent, il va avoir des sonorités et des façons de jouer nos instruments qui vont trahir nos influences. Moi, j’adore les éléments très lourds et Metal Progressif. Dès que je vais sentir que le passage me permet d’interpréter mon jeu de batterie de cette façon, je vais le faire. Notre guitariste, il est plus Heavy, il a un côté plus tranchant dans sa façon de jouer son instrument. Tandis que notre claviériste, c’est un gars qui fait de la pop, quand tu entends des tambourins dans le disque, ce n’est pas nous qui avons donné l’idée. On retrouve ce côté mélange. Ce n’est pas du tout compris, c’est vraiment quelque chose qu’on ne conscientise pas. Je pense que cette diversité se ressent dans ce disque là encore plus que celui d’avant, car c’est Martin qui l’avait composé tout seul. Martin:Oui c’est plus des réinterprétations de mes compositions. J’essayais de respecter encore l’aspect initial du projet qui était moins un effort collectif.

Est-ce que vous pouvez m’en dire plus sur la pochette et qui l’a réalisée ? Martin:C’est moi qui l’ai réalisée. On retrouve cette thématique principale du vide qui tourne autour de l’album. Cette pochette est un peu venue toute seule. Je suis illustrateur à côté et je manipule beaucoup les thèmes autour du corps humain. J’ai essayé de retranscrire l’ambiance visuellement, de rendre ça un peu symbolique et de matérialiser ce thème du vide et du creux à travers la pochette.

Quels sont les prochains projets à venir pour Untitled The Drums ? Martin: Sortir du confinement (ndlr : l’interview fut réalisée début avril). Essayer de réparer ce que le hasard et la situation on fait de notre programme de sortie de disque. Et au-delà de ça, continuer de réfléchir sur le projet et de le faire évoluer comme on l’a fait entre le dernier EP et le nouvel album “Hollow”. Je pense qu'il y aura la même démarche de progression avec le prochain. Et essayer de rester dans la sincérité de ce qu’on a envie de faire et faire quelque chose d’intéressant dans cette mesure-là. Rémi: Pour parler du disque plus précisément, l’idée c’est de monter une tournée pour le jouer, car on n’a pas pu vraiment le faire avec la période et on a eu quelques petits changements de plan. Nous allons également sortir un clip. On aimerait bien accéder à quelques lieux de concert un peu plus qualitatif. Comme on est cinq sur scène, on a tendance à jouer fort et à appuyer sur beaucoup d’éléments. C’est vraiment important de jouer dans de bonnes conditions. Martin:C’est l’occasion de déployer à 100% ce qu’on a travaillé. Rémi: C’est vraiment ça l’objectif. Parfois, on nous demande quel genre de concert idéal on voudrait faire. On n’a pas envie de faire de grosses choses, on veut rester comme ça et continuer à se faire plaisir. Mais on voudrait arriver à accéder à des lieux de concerts dans des clubs et de pRémières parties sympathiques. Dans l’immédiat, c’est notre objectif.

Pour finir, je vous laisse le mot de la fin : Rémi: C’est super sympa qu’il y ait des gens qui s’intéressent à notre disque et qui l’écoutent. Ça fait vraiment plaisir de pouvoir parler de notre musique et d’avoir un retour. On espère que ça pourra se transformer sur les concerts, qu’on va pouvoir discuter avec des gens et pouvoir jouer le plus possible. Dans l’immédiat, ce disque on l’a fait à fond, on ne savait pas trop quoi faire et on n’avait pas vraiment d’objectif fixé. Martin: On s’était fixé des objectifs en termes de styles, mais pas au-delà de la sortie du disque. Ce qui en train d’arriver, ce sont les retours et les répercussions intéressantes sous toutes les formes possibles. C’est vraiment de l’énergie pure. C’est génial. Rémi: Surtout pour des groupes comme nous et ce genre de musique là. Depuis le début du groupe, on est confronté à des difficultés dues à notre gabarit et un problème d’identification de style. Aujourd’hui, les gens aiment bien avoir des groupes qui mettent des étiquettes. Nous ne faisons pas du Post Rock ni du Post Hardcore. C’est difficile, car il y a des salles où des associations qui nous refusent, car ils ont dû mal à nous classer dans une programmation. Le fait d’avoir des retours très positifs sur le disque veut dire qu’il y a des gens qui comprennent ce qu’on fait. Et ça, c’est cool. 

 

19.08.20 17:38

Le Skeleton Band

Le trio français Le Skeleton Band nous fait voyager au travers de leur nouvel album “Aux Cavaliers Seules” aux multiples facettes. Alex Jacob nous en dit plus sur le sujet :

Pour commencer, peux-tu présenter le groupe ? On s’appelle Le Skeleton Band, on existe depuis dix ans et on est un trio. Notre musique navigue entre le Rock, le Post Rock, le Blues et parfois le Baroque. On a fait environ cinq cents concerts depuis qu’on existe. On sort notre cinquième album qui se nomme “Aux Cavaliers Seules”. Dans le trio on retrouve Clément Salles à la batterie et au vibraphone, Bruno Jacob à la contrebasse et moi (Alex Jacob) au chant, à la guitare et au banjo.

Comment te sens-tu à la sortie du nouvel album “Aux Cavaliers Seules” avec le contexte actuel ? Je suis content de le sortir, car c’est l’album pour lequel le temps de préparation a été le plus long que l’on n’a jamais connu. Au début, on a commencé la composition, l’enregistrement puis la sortie et il a mis beaucoup de temps à arriver à maturation. Je pense qu’on a la sensation que c’est génial de le sortir maintenant, car on va pouvoir le faire écouter et nous, dans tous les cas, on va tourner avec pendant un moment. On peut attendre et on a appris à attendre pour faire ce disque.

Comment expliques-tu ce temps de préparation plus long ? Je pense que l'on a mis longtemps avant de savoir où on allait. C’est la raison pour laquelle on a pris plus de temps. Avec le disque précédent, “Tigre-Teigne” (ndlr sorti en 2017), qui est assez brute avec peu d’instruments différentes. On était en quatuor et puis on s’est retrouvé en trio comme à nos débuts. Également, c’était les dix ans du groupe et ça a fait un effet reboot. Il fallait de nouveau inventer quelque chose qui surprend. On a essayé plein de formules d’instruments et des manières de composer différentes, le fait d’inventer tout ça, cela a pris du temps. On est parti d’une base comme si on jouait une musique acoustique que l’on pourrait jouer avec quasiment aucun micro, mais avec les effets que l’on rajoute et que l'on dissémine dans la chanson, ça prend une ampleur différente. Donc ça a pris du temps pour que l’on arrive à trouver cet équilibre.

Est-ce que l’on peut dire le processus de production fut différent pour cet album ? Tout à fait. On est partis sur quelque chose de très acoustique. Plus on a avancé, plus on l’a quitté. Mais tout au début, on était vraiment dans cette idée-là et les effets ont gagné. À force de maîtriser les effets qu’on voulait mettre partout, on y a été franchement et on s’est plaisir.

Comment décrirais-tu “Aux Cavaliers Seules” pour donner envie à nos lecteurs de l’écouter ? C’est un album de Rock qui est cinématographique et intime, car il parle beaucoup des espaces intérieurs et aussi des espaces extérieurs grands comme petits. C’est l’intérieur et l’extérieur qui essayent d’exister en même temps. Le disque navigue entre des éléments plus Folk et des inspirations qui viennent directement du Post Rock. Dans cette idée, il y a beaucoup de chansons progressives qui montent, il y a des chœurs et parfois il y a de plus en plus de bruit qui se rajoute. Sans cesse, on essaye de chercher en soi une histoire. Ce qu’on a réussi à faire cette fois, et peut être pas avant, c’est l’histoire. On nous emmène et on va d’un point à un autre avec parfois des bifurcations dans la musique. En même temps, le disque est assez condensé dans le temps, avec peu de chansons, mais elles sont assez longues. C’est un voyage qui peut paraitre assez long et en même temps qui est dans le temps assez ramassé.

On peut affirmer que le but de vos albums, c’est d’inviter au voyage ? C’est l’idée dans notre musique, il y a tout le temps beaucoup d’images, d’ambiances et de son. Plus on avance dans l'écoute, même si le chant est assez présent, au plus on laisse de l’espace à notre musique quand il intervient, car c’est l’évocation qui nous parle le plus en général.

Était-ce une volonté de mettre davantage en avant le chant en français dans cet album ? On ne se force pas à écrire en français, mais c’est beau quand on arrive à trouver l’endroit où le texte existe avec la musique et sert à s'y plonger ou pas. On peut faire le choix de l'écouter ou pas. J’aime ça et surtout, on a réussi à trouver des mots qui résonnent comme on le voulait avec la musique qu’on joue.

Est-ce qu’on peut dire que la pochette de l’album suit la continuité du voyage ? Tu peux m’en dire plus sur le sujet ? La pochette a été prise par un cinéaste, Léo Lefèvre, qui fait aussi de la photographie. On aime bien cette photo, car elle invite au voyage. Elle représente une grande étendue de rizière et d’herbe où il fait sombre. C’est un peu inquiétant et en même temps, c’est intrigant et attirant. On peut apercevoir des feux au loin, c’est comme des lueurs auxquelles on peut se raccrocher. Également, ça peut raconter l’état interne dans lequel on est, que tout est sombre, mais ce n’est pas perdu. Et quand on a regardé la photo en écoutant l’album, chaque morceau raconte quelque chose de différent et ça s’assemblait donc on a décidé d’utiliser cette photographie.

Est-ce tu peux m’en dire plus sur les paroles ? Est-ce qu’elles invitent également au voyage ? Je crois qu'il y a beaucoup de courage dans les paroles et la tristesse est toujours présente. Je pense au dernier morceau, “Perdu le Rivage”, qui parle de lui-même et quand on est lancé dedans, on ne sait pas ce qu'il se passe. Les paroles essayent de raconter ça et, en même temps, de rester un peu au présent. Ce n’est pas “il était une fois”, mais c’est maintenant "il se passe ça". C’est à la fois quelque chose qui arrive à tout le monde, tout le temps et maintenant cela m’arrive à moi à ce moment présent.

Les morceaux de Le Skeleton Band sont très diversifiés, quelles sont tes influences qui t’inspirent à composer ? Au début du groupe, on écoutait surtout des artistes de Rock comme Tom Waits. Ensuite, on a beaucoup écouté la musique d’ambiance qui s’approche aussi d’une atmosphère latine comme Dead Combo qui est un groupe portugais. Le Post Rock a toujours été présent comme le Doom, on en écoute tout le temps. En Doom, je pense à Earth et en ce moment, on aime beaucoup Big Brave.

Le Skeleton Band a fait beaucoup de concerts dont certains dans des lieux particuliers. Est-ce qu’il y a un concert qui t'as marqué en particulier ? Oui, je retiens surtout les concerts où les gens débarquent sur scène. Ça m’est arrivé deux fois que des mecs montent sur scène pour me rouler une pelle, donc je m’en souviens. Ça, ce sont les anecdotes marrantes. Mais il y a les concerts où tu ressens que tout le monde est présent et il se passe quelque chose surtout quand ce n’est pas donné d’avance. Parfois dans des lieux, dans des endroits particuliers comme des clubs, je pense à un endroit au Portugal tout le monde écoute et là on ne sait pas ce qui se passe mais tout le monde en ressort un peu purgé et c’est génial. Également, il y a les moments quand on a joué devant d’énormes foules, on s’en souvient, on a joué une fois devant trois mille ou quatre mille personnes. On n’a pas l’habitude donc ça nous fait bizarre.

Quels sont les prochains projets après la sortie de l’album ? On espère tourner à partir de septembre, c’est certain on va passer du temps sur la route. On va également faire un clip pour l’album très prochainement. On a fait la musique d’un film qui s’appelle “Douce France” qui sortira au cinéma bientôt. Le but est surtout, dès que c’est possible, de jouer et de reprendre la route.

Vous avez déjà écrit des musiques pour un film auparavant ? On l'a déjà fait assez souvent, on nous a déjà demandé de faire de la musique pour le théâtre ou la radio. C’est très différent la façon de composer, car on travaille avec les images et on dialogue avec le réalisateur. C’est un travail qui est intéressant, car souvent on fait des choses qu’on ne ferait pas dans nos chansons. Donc, on s’essaye à de nouvelles choses et souvent ça permet de nourrir le disque suivant.

Pour finir, je te laisse le mot de la fin : Je suis très content de sortir ce disque “Aux Cavaliers Seules”, même si on ne peut pas tourner tout de suite. C’est quelque chose qui a pris du temps pour se faire et je crois comme il est aujourd’hui, on n’aurait pas pu mieux faire. C’est vraiment un disque qui nous ressemble et je suis content d’avoir fait quelque chose proche de nous.

28.06.20 12:08

Delain

En février, Delain nous a présenté son sixième album « Apocalypse & Chill », évoquant le monde dystopique dans lequel nous vivons, Charlotte Wessels et Martijn Westerholt ont répondu à nos questions afin de nous faire découvrir davantage sur son concept :

Pour commencer, que ressentez-vous à propos de la sortie de cet album « Apocalypse & Chill » qui est plein de nouvelles influences ? Charlotte : Je ne vais pas dire que j’ai peur, cependant, j’attends avec impatience les retours de nos auditeurs parce que ce nouvel album est rempli de nouvelles influences heavy et électroniques.

Vous avez déclaré que cet album peut surprendre les auditeurs, que voulez-vous dire par là ? Martijn : Je pense qu’on peut étonner les auditeurs, car c’est un album très varié et il y a beaucoup d’éléments qui peuvent surprendre. Par exemple, notre guitariste Timo qui chante pour la première fois sur un album de Delain. Nous avons enregistré de vrais chœurs et il y a des riffs très lourds. Il y a eu un travail incroyable et ce genre d’éléments peut bluffer les auditeurs.

C’est aussi le premier album sans Merel Bechtold, est-ce que c’était une manière différente de composer ? Charlotte : En ce qui concerne l’écriture et la production de l’album, Merel ne jouait pas un rôle crucial donc ce n’était pas difficile de faire sans elle. Martijn : Nous sommes trois à composer les chansons et ça ne change jamais, c’est toujours la même équipe moi, Otto et Charlotte. Cependant, Timo a écrit un peu avec nous. Dans le passé, il ne faisait que les arrangements, nous lui donnions les chansons et puis il les réécrivait pour s’adapter aux guitares. Mais maintenant, il contribue vraiment à la composition donc c’est la seule différence pour nous. Pour revenir à Merel, elle n’a pas vraiment participé à la production de cet album à l’exception de « Art Kills » sur l’EP « Hunter’s Moon ».

Justement, Timo chante sur cet album, aimeriez-vous refaire ça dans le futur ? Charlotte : Vous savez, les chansons en général deviennent plus intense chantées à plusieurs et j’apprécie beaucoup les invités que nous avons sur chacun de nos albums. J’adore vraiment ce qui s’est passé sur « One Second » donc je ne dirais pas non.

« Apocalypse & Chill » est rempli de nouvelles influences, peut-on dire que ce soit un album plus osé ? Martijn : Pour moi, ce n’est pas plus osé parce qu’on écrit juste ce que nous aimons et ce qui nous met à l’aise. Bien sûr, nous avons exploité des éléments sur cet album que nous ne faisions pas auparavant. Mais, je suis vraiment à l’aise avec ça. Charlotte : Si on parle « d’être audacieux » pour nous, je suppose, c’est le fait de notre évolution au fil des années. Nous avons tellement d’idées et nous pensons que « oh non, ça c’est trop les années 90’ ou c’est trop dansant (…) ». J’ai l’impression que nous commençons à exploiter ces influences depuis un certain temps. Si nous ne le ressentons plus, c’est plutôt dû à un changement graduel, c’est ce qui s’est produit sur cet album.

C’est comme une tradition pour vous d’avoir des guests sur chaque album. Cette fois-ci, vous avez travaillé avec Yannis de Beast In Black, comment s’est déroulée cette collaboration ? Martijn : Je connais Anton qui est le compositeur de Beast In Black et Charlotte connaît Yannis depuis longtemps, nous avons ainsi contacté le groupe. L’année dernière, nous jouions dans un festival en Espagne, nous étions à la moitié de la production de l’album et nous ressentions que certaines compositions auraient pu vraiment bénéficier d’un guest. Alors que Yannis jouait également là, nous l’avons approché et demandé s’il voulait participer à notre album. Je lui ai donné les compositions en lui demandant s’il y avait quelque chose qu’il aimerait chanter. Il nous a répondu qu’il appréciait effectivement « Vengeance Is Mine », donc ça s’est produit et nous l’avons enregistré. J’adore vraiment ce qu’il fait, il a une grande voix et du talent.

Il y a un côté symphonique et épique qui ressemble à une bande sonore, dans quel film aimeriez-vous trouver les morceaux de l’album ? Charlotte : Quelque chose comme « Hunger Games », je sais que ça fait un peu fiction pour adolescents, mais j’affectionne ce genre de série qui représente un monde dystopique avec un concept intéressant. Je pourrais probablement en nommer dix autres pour être tranquille, si je n’arrêtais pas d’y penser (rire). Il y a tellement de bons films. Martijn : Pour moi, ça serait quelque chose qui se rapporte à Star Wars ou un film avec de la guerre. Je pense que notre musique se rattache et correspond à ce genre de chose, comme les gladiateurs par exemple. Je suis aussi un grand fan d’Harry Porter et j’adorerais faire de la musique pour ça, mais bien sûr, ce n’est pas encore fait. (Rire)

Les paroles sont toujours importantes dans votre musique. Pouvez-vous me dire quels sont les sujets évoqués ici ? Je suppose qu’il y a quelque chose de dystopique ? Charlotte : Je pense que sur cet album, et sur la plupart des autres, les chansons ont toutes évolué autour d’un thème ou des sujets spécifiques. Ici, les paroles sont basées sur la peur, les défis écologiques et sociaux à résoudre, auxquels on fait face ainsi que l’expression superficielle que nous pouvons voir sur les réseaux sociaux… Cependant, ce n’est pas toutes les chansons qui évoluent autour de ces sujets, si on se base sur l’ensemble de l’album, vous pouvez retrouver des contradictions comme dans le titre de l’album « Apocalypse & Chill ». On trouve des titres dystopiques comme « Let’s Danse », « Creatures », « Legion Of The Lost ». Et de l’autre côté, des chansons avec un spectre plus personnel, avec des thèmes comme l’amour, la perte et la nostalgie, avec « We Had Everything » et « One Second ». On retrouve vraiment les deux aspects de la contradiction sur l’album.

Maintenant, parlons de la pochette de l’album qui est remplie d’éléments, peux-tu me dire ce qu’elle représente et qui l’a réalisée ? Charlotte : Sur la pochette de l’album, on peut voir une dame qui prend un bain de soleil alors que la ville en arrière-plan est en feu. C’est la même ambiance qui correspond au thème de l’album, symbolisant notre monde actuel qui est ici en feu. Pour la conception, j’ai rassemblé des images dans Photoshop et des mock-up pour en faire une maquette. Ensuite, nous l’avons confié à un artiste de collage afin de donner l’identité et l’authenticité qui manquaient. Il a travaillé vraiment de façon analogique en découpant des images et du papier. Puis, il a retravaillé l’image qui est devenue la pochette finale. Nous avons repris ce thème dans l’ensemble des illustrations, il a également donc œuvré sur des photos promotionnelles qu’on retrouve à l’intérieur du livret de l’album.

« Apocalypse et Chill » c’est un titre contradictoire, peut-on dire que le nom de l’album reflète également ce qui se passe dans notre monde en ce moment ? Charlotte : Il y a vraiment ce contraste quand vous regardez les nouvelles, quand vous ouvrez le journal et vous voyez que le monde est littéralement en feu, alors qu’à côté de ça, nous continuons à vivre parfaitement. Ce sujet et ce contraste étaient très intéressants à aborder. Mais aussi, « Apocalypse & Chill » provient de « Netflix & Chill » qui est très symbolique à notre époque, nous avons senti que le jeu de mots était vraiment approprié pour cet album.

J’ai beaucoup apprécié votre collaboration avec Glenn Arthur sur vos précédentes pochettes d’albums. Est-ce qu’on peut dire qu’il vous a apporté un style qui vous distingue ? Charlotte : J’aime beaucoup ce que nous avons fait avec Glenn Arthur, c’est l’un de mes artistes préférés. Nous avons commencé à bosser ensemble sur « We Are The Others » avec ce genre de style. Même si ici, on fait ce changement, je pense pouvoir affirmer qu’il y a toujours des éléments inspirés de son travail dans l’album comme le colibri par exemple. Son ton est très présent, il représente l’identité visuelle du groupe. Il y a comme une dépendance qui est restée, cependant c’est positif, car les gens peuvent reconnaître le groupe grâce au visuel et c’est très important de le garder.

Je me demande justement ce que signifie le choix du colibri dans votre logo ? Martijn : Ce colibri est une sorte de logo et je pense qu’il représente également notre musique. Car un colibri est une créature douce toutefois nous le lui avons rajouté un masque à gaz, ou encore, il est représenté avec une grenade dans un cupcake et ces contrastes correspondent vraiment à notre musique. C’est quelque chose qui représente Delain et ce colibri est devenu comme un logo auquel les gens nous identifient et reconnaissent.

Est-il vrai qu’à la base Delain ne devait être qu’un projet de studio avec plein de guest ? Martijn : Quand j’ai quitté Within Temptation, je voulais démarrer un projet avec des guests parce que je connais beaucoup de musiciens de différents groupes et c’est devenu Delain. Nous avons signé un contrat avec Roadrunner Records et ils nous ont demandé si nous pouvions jouer en live. C’est là que tout a commencé. Charlotte est arrivée très vite dans le groupe, nous avons réalisé ensemble le premier album « Lucidity ». C’est comme ça que nous sommes devenus tous des membres de Delain et nous avons grandi comme des visionnaires.

Et comment vous sentez-vous avec le recul par rapport à ce qu’était le projet au début et maintenant que vous tournez dans le monde entier et que vous avez fait plusieurs albums ? Charlotte : Je suis vraiment heureuse de la façon dont cela a tourné. Je ne pouvais pas imaginer, il y a quinze ans tous les endroits où nous avons tourné et les festivals dans lesquels nous avons joué. Nous avons réalisé six albums, trois EP et un DVD… Oui je suis évidemment reconnaissante pour tout ce que nous avons fait au cours de ces quinze dernières années.

Vous avez joué il y a trois ans au Durbuy Rock Festival, quels souvenirs gardez-vous de ce festival ? Martijn : Je me rappelle, il y a un bel environnement, c’était dans les Ardennes et je me souviens que c’était vraiment agréable et que j’en garde un bon souvenir. Charlotte : Je pense que la dernière fois, Arch Enemy et Lacuna Coil ont joué le même jour que nous et c’était très sympa de les croiser. Nous tournons tous beaucoup et nous ne pouvons pas souvent nous voir et je pense que c’est ce genre d’anecdotes que l’on peut avoir pendant un festival. Donc oui c’était vraiment une journée agréable.

Les Tambours Du Bronx, c’est plus de trente ans de carrière à explorer les styles et à se réinventer sans perdre leur authenticité à cogner sur des bidons. En 2018, la tribu révèle son nouveau concept et album « Weapons of Mass Percussion » mélange des sonorités Metal aux percussions. Durant leur passage Metal au Métaphone d’Oignies en février dernier pour leur show Metal, Dom, Franky, Renato et Thierry ont répondu à nos questions :

Pour commencer, comment s’est déroulée la fusion Tambours du Bronx avec du Metal ? Dom : Pour les trente ans des Tambours Du Bronx, on s’est rendu compte qu’on ne les a pas fêtés et que l’on n’avait rien prévu de spécial. Il y a de nombreux groupes qui font un super événement et nous, nous n’avions rien fait. On s’est dit tout simplement que c’était une forme de lassitude… Peut être le besoin de faire quelque chose de différent, mais quoi ? Les Tambours du Bronx, ce sont des mecs qui tapent sur des bidons et c’est ça que les gens viennent voir. Tu ne peux pas vraiment le changer donc on s’est questionné sur ce qu’on pouvait faire de nouveau. À ce moment-là, on avait rencontré presque par hasard Franky qui venait de quitter Dagoba. Il a acheté un DVD chez nous et on lui a glissé une petite connerie avec la commande : « si tu t’emmerdes avec Dagoba, il y a une place parmi nous ». Mais on ne savait pas qu’il avait quitté le groupe. On s’est croisé quand on a joué un concert à Marseille. On a fait un bœuf pour voir ce que cela donnait et ça a collé humainement et musicalement. Donc ça et en plus ce manque qu’on avait après la collaboration avec Sepultura, on s’est rendu compte que les guitares marchaient vraiment bien avec les tambours. Avec Sepultura, c’était une tournée qu’on aurait aimé faire un peu plus longtemps et qui s’est limitée à quelques très grands festivals. En résumé, c’est un tout, et à ce moment-là, on s’est dit que l’on allait faire ce concept de groupe de Rock/Metal et instrumental avec les tambours.

Peut-on dire que Sepultura fait partie des éléments déclencheurs de ce concept Metal ? Dom : Oui, c’est un des éléments déclencheurs. Outre ce petit manque laissé avec le concept qui était super sympa avec Sepultura, il y a eu la rencontre avec Franky. C’est véritablement un tout, avec l’envie en plus de se renouveler après trente ans de carrière.

En plus, vous avez eu l’occasion de vous reproduire en 2018 avec Sepultura au Motocultor. Est-ce vous pensez que vous avez l’opportunité que ça se reproduise ? Dom : C’est toujours imprévisible, il n’y a rien de programmé et je crois que la collaboration avec Sepultura est derrière nous. Après, ça reste des copains. Et puis, on est toujours susceptible d’avoir une opportunité, on peut se recroiser sur scène et décider spontanément de refaire un morceau ensemble ça c’est tout à fait possible, mais il y n’a rien prévu à long terme.

Est-ce que vous avez des idées ou des envies de collaborer avec d’autres artistes dans le milieu Metal ? Dom : Oui et non … Dans le sens pour nous, une collaboration avec d’autres artistes quels que soit leurs univers tant que ça nous touche et humainement on s’entend bien avec, on est en général ouvert à en faire. A contrario non, car avec Sepultura c’était les Tambours du Bronx qui jouaient avec un groupe de Metal alors que là c’est un album, un concert de notre groupe. Franky a intégré pleinement les Tambours du Bronx, les guitares, les morceaux (…) c’est nous de A à Z. La seule « petite exception », ce sont nos chanteurs qui participent à la facette Metal, mais ce sont bien plus que des guests, ils sont pleinement intégrés dans le groupe.

Comment s’est déroulée l’intégration des chanteurs dans les Tambours du Bronx ? Dom : Avec Franky, on a commencé à écrire l’album en instrumental, on n’avait pas prévu d’intégrer du chant au départ. Puisque depuis le début des Tambours Du Bronx, on a toujours eu quelques interventions vocales, mais c’était très peu chanté. C’est plus une tendance à scander quelques mots sur quelques morceaux. Thierry : Il n’avait pas cette orientation Metal, on a essayé de faire quelque chose avec des guitares, mais c’était plus industriel et moins mélodique. Dom : Donc, ce n’était pas du tout prévu et quand l’album instrumental est arrivé on était très content et fier. Mais on s’est dit que ça manquait vraiment d’un chanteur charismatique avec de beaux textes. Ensuite, on s’est posé la question et creusé la tête de savoir « qui ? ». On a fini par songer à Reuno, on s’était juste croisé, on ne pensait pas qu’il accepterait et il a dit oui tout de suite. Comme il n’était pas sûr de pouvoir faire toutes les dates, il a proposé de faire un duo avec Stéphane Buriez qui a accepté immédiatement aussi. Quand on s’est rendu compte que ça fonctionnait vraiment bien à deux au chant, Stéphane a proposé à Renato d’être pratiquement tout le temps à deux chanteurs. Et puis Renato est intervenu en plein milieu d’un festival, il a fait une chanson avec nous sans avoir répété auparavant. Comme ça, comme un chef et ça collait donc on l’a gardé. Renato : Tout à fait, à la base quand il m’a appelé pour rejoindre le groupe c’était pour les dépanner pour qu’on soit tout le temps deux chanteurs sur chaque spectacle vu qu’ils ont des agendas particuliers : Stéphane avec Loudblast et Sinsaenum et Reuno avec Lofofora et Madame Robert. Donc, ils sont tout le temps en tournée. On m’a appelé, c’est sympa et j’étais vraiment content. Depuis on tourne tous les trois et on fait autant de concert les uns que les autres, on n’appelle même plus ça des guests finalement.

Cette formule Metal est maintenant devenue un vrai projet concret ? Dom : À la base c’était un projet éphémère et maintenant c’est bien plus que ça, c’est une facette des Tambours du Bronx. Il y a toujours les « Tambours » en formule classique comme tout le monde les connait et finalement qu’on assume pleinement parce qu’on prend aussi plaisir à revenir à nos racines. Et ce côté Metal qu’on continue, car ça marche auprès du public et qu’on se fait aussi énormément plaisir à les jouer.

Pour toi Franky est-ce que c’était une sorte de challenge et une façon différente de composer ? Franky : Oui, c’était un challenge dès le départ parce que le jeu que j’avais dans Dagoba ou dans Blazing The Machine est vraiment Metal voir Metal extrême. Avec les Tambours Du Bronx, j’ai plus opté pour l’efficacité avec un jeu plus minimaliste et je suis vraiment content d’être au service des rythmiques des tambours. J’essaye de trouver le juste milieu entre un jeu percussif et inventif, mais qui complète le mieux possible la frappe des bidons. Je ne veux surtout pas prendre le pas sur les rythmiques des bidons, je veux juste rajouter une agressivité sur la grosse caisse et la caisse claire pour que le public puisse bouger la tête plus facilement, c’est ça mon objectif. Et pour revenir sur les premières questions, j’ai découvert la collaboration avec Sepultura en regardant les vidéos du Wacken et du Rock In Rio. Je m’étais toujours dit « waouh ça doit être super excitant de taper avec une caisse de horde de bidons ». Du coup c’est vrai j’ai acheté leur DVD pour m’inspirer de leur amplitude et la force de frappe des tambours étant un gros fan de Sepultura, Max And Igor Cavalera, Soulfly (…) avec ce jeu très tribal, très Metal, mais sud-américain ça me parlait beaucoup. J’ai essayé de sortir de mes habitudes pour aller vers ce créneau très « cavaleresque ».

Et pour toi Renato, est-ce que ça change quelque chose à ton chant d’avoir les tambours qui t’accompagnent ? Renato : C’est un peu compliqué de te répondre parce que malheureusement je n’ai pas écrit les morceaux de cet album c’est Reuno et Stéphane qui s’en sont chargé. Ils ont eu la lourde tâche de devoir coller aux tambours et exactement comme Franky d’être là pour servir les tambours plutôt que tartiner du chant. Ils te répondront mieux que moi ça c’est certain, mais pour le peu que j’ai commencé à composer c’est vrai que c’est un sacré challenge. Ce n’est pas du tout la même façon d’écrire que dans un groupe classique. Tu imagines la horde de Tambours que tu vas avoir derrière toi quand tu essayes d’écrire une petite ligne mignonne tu sais qu’ils vont complément t’allumer. Il faut à un moment donné plus taper dans l’efficacité qu’autre chose.

Je me demande comment ça se passe au niveau des concerts, est-ce que la formule consiste à mélanger le projet de base des Tambours Du Bronx avec celui du Metal ? Dom : Oui et non car c’est le concept des Tambours Du Bronx de toujours pousser plus loin. Si tu prends le concept depuis le début c’est simplement des mecs qui tapent des bidons et petit à petit on a compliqué les frappes, on s’est professionnalisé et on a rajouté des éléments comme de la mélodie. Pendant très longtemps ce n’étaient que des percussions et puis vers 2000 on a commencé à mettre quelques samplers pour ramener le côté électronique et le clavier est arrivé juste après. On s’est dit qu’on allait mettre quelques lignes mélodiques pour rendre les choses plus aisées et agréables à l’écoute également, on l’a développé et on a poussé le concept pour aller plus loin dans les mélodies, dans l’électronique et dans les samplers.  Au final, le but c’était d’avoir cette mélodie tout en gardant l’élément principal et son efficacité, ça permettait avec l’électronique de jouer ce qu’on voulait. Cependant, le public ne le voyait pas, à part des personnes derrière un clavier et des bidons. C’est presque la même chose ici or tout est joué sauf qu’il n’y a pas des samplers, tu vois les musiciens et tu entends tout avec une connotation plus Metal et ce visuel change beaucoup de choses auprès du public.

Donc, le projet continu sur le long terme. Vous avez prévu un second album ou votre objectif est de continuer à tourner un maximum ? Dom : Avec Les Tambours Du Bronx on a deux tournées : Classique et Metal tout le temps. Là, je pense qu’on est un peu sur la fin de la tournée de « Weapons of Mass Percussion », ce premier album on aimerait le ramener à l’étranger, car il est sorti uniquement en numérique. Il y a notre show classique qui revient et se revend fort, car je pense que ça crée une certaine attente donc on repart sur ces concerts et en même temps on commence à travailler sur un nouvel album.

Pour toi Renato, ça change quelque chose de jouer devant un public assez varié à la fois familial et Metal ? Renato : Il y a les deux publics et c’est ça qui est vraiment incroyable, c’est très éclectique. Tu as les fans qui sont là depuis trente ans qui viennent voir des spectacles de percussions, qui se régalent à chaque fois et quand ils débarquent face à la formation « WOMP » ils sont un peu déstabilisés. Globalement entre ce public et la nouvelle vague de fans qui arrive purement metalleux qui ont déjà vu la formation avant, ça fonctionne dans tous les genres de festival. C’est donc un public mélangé qui va de douze ans à soixante ans. Ce qui nous fait le plus plaisir, c’est de voir des personnes qui ne sont pas du tout le genre des metalleux danser et secouer la tête depuis la scène… et là, on se dit qu’on a gagné.

Pour conclure est-ce que vous pouvez résumer l’esprit des Tambours Du Bronx ? (Tous en même temps) : Pirate Franky : Il y a un côté tribal indéniable également. Dom : Un côté transe qui n’est pas calculé, ça prend les tripes et ça s’installe de lui-même. Franky :  Je pense que les gens viennent depuis des années beaucoup pour ça. Ce côté tribal participe à une transe durant une heure et demie. Dom : Il faudrait qu’on pense faire des sacrifices pour essayer des trucs nouveaux (rires). Renato : J’ai ramené des poussins ça pourrait fonctionner (rires). Thierry : On nous demande toujours de faire des choses nouvelles. Dom : Je ne sais si c’est vraiment si c’est nouveau le sacrifice ?  Il me semble ça déjà été fait par le passé. Mais on peut sacrifier autre chose que des poulets. À chaque concert un membre du public et une entrée gratuite pour celui-là. (rires) Franky : Il y a également un esprit punk. Dom : Exactement, le groupe existe depuis trente ans et on ne vient pas tous du même milieu, au départ c’était plutôt des rockeurs et des punks. Ensuite, il y a la nouvelle vague qui est arrivée qui n’est plus toute fraîche (rires), c’était plus Hip Hop et hardcore. J’espère qu’on le ressent par l’attitude et sur scène que c’est autant Metal que punk. Ce qui fait le style des Tambours Du Bronx c’est ce mélange, c’est le fait qu’il y a tous les âges et tous les styles : Rock, Metal, punk, Pop, Hip Hop (…) c’est ce qui fait la richesse des morceaux. Franky : Sur scène il y a quelque chose de très extrême presque décadent sur les bords. Dom : Il y a toujours eu cette attitude, même sur les guitares, c’est ça qui est intéressant. Franky : C’est pour cette raison, je trouve le terme punk il correspond très bien.

19.06.20 13:04

Amenra

Amenra a toujours mélangé l’art avec l’intensité de sa musique pour rendre l’expérience unique, leurs projets sont toujours aussi riches et diversifiés. Après avoir célébré leurs vingt ans l’an dernier avec une série de concerts mélangés à des performances artistiques, ils nous proposent un livre "Het Gloren", un résumé de ces expériences. Également cette année, un documentaire "Flood of Light" a vu le jour. Colin a répondu à nos questions concernant l’univers du groupe et ces multitudes de projets :

Pour commencer, Amenra a toujours eu une forte image artistique. Est-il important pour toi de combiner votre musique avec toutes ces formes d'arts ? Il est extrêmement important pour nous que tout ce que nous créons puisse se suffire à lui-même. Mais lorsque l'on réunit toutes les différentes formes d’art, cela renforce l'ensemble de nos créations. Nous avons vraiment fait particulièrement attention aux détails dès les premiers jours. 

Pouvons-nous également dire que pour votre groupe qui propose une musique intense, il est important d'offrir une expérience unique lors de votre concert ? Il est très important que ce soit une expérience différente de celles que vous avez déjà vécues. Quelque chose que vous gardez avec vous, pendant longtemps. Un moment dont vous vous souviendrez.

L'année dernière, Amenra a célébré son 20e anniversaire avec une série de concerts accompagnés de diverses performances artistiques, comment avez-vous vécu cette expérience ? C'était très stressant avant et pendant la journée elle-même. Ensuite, il est très gratifiant de regarder en arrière.

Avec ces événements en association avec la ville de Menin, il y a eu une exposition "Het Gloren" ; pouvez-vous m'en dire plus ? Et cette exposition et ces événements ont abouti à la publication d'un livre intitulé également "Het Gloren". Pouvez-vous m'en dire plus ? Grâce à Chiel Vandenberghe, le directeur du musée et du centre culturel de Menin, nous avons eu l'occasion de documenter l'exposition. Bien sûr, nous avons saisi cette opportunité à deux mains, et nous avons essayé de capter l'événement dans son intégralité dans un livre. C'est peut-être l'un des événements les plus intenses et les plus profonds que nous ayons vécus au cours de ces vingt années. Nous avons donc demandé à nos amis de nous aider et d'avoir ce livre pour mieux éclairer ce que nous faisons avec le groupe et son milieu. Il documente les trois jours de l'événement, les spectacles acoustiques avec Ozgur Naba, la construction de la statue par Johan, la construction du bûcher par Barth. Il comporte les histoires de tous les artistes sélectionnés pour l’exposition, c'est un focus sur ce qui entoure notre musique. 

Je pense que votre concert à l'Ancienne Belgique avec votre interprétation de la suspension a été quelque chose de vraiment spécial et une expérience très forte ? Vous pensez bien. C'est le cas.

Vous avez collaboré avec le sculpteur Johan Tahon pour votre concert spécial "Fire Ritual". Pouvez-vous expliquer pourquoi vous avez choisi de révéler cette sculpture au travers du feu ? Et que signifie cette sculpture pour vous ? Cela signifie l’espoir et le renforcement, c’est un symbole de force partagée. La révélation par le feu c’est de détruire et reconstruire, afin de tout purifier.

J'imagine votre déception de voir que cette sculpture a dû être déplacée parce qu'elle est considérée comme "satanique" ? A-t-elle trouvé un nouvel emplacement permanent ? Pas encore, la statue va faire sa propre tournée. Elle sera présentée à La Haye, aux Pays-Bas, pendant le festival Grauzone, où je me trouverai. Elle fait partie d'une exposition d'art organisée par le sculpteur de la statue, Johan Tahon. (https://www.facebook.com/events/837305810041499/)

Vous avez joué dans des lieux spéciaux ayant une forte signification tels que des églises et un crématorium. Comment expliquez-vous ce choix ? Ces lieux ont-ils un symbolisme personnel ? La plupart des églises où nous avons joué étaient à des dates clés ou aux environs de celles-ci, elles correspondent au décès d'un être cher ou la naissance d'un être cher.  Des lieux où ces êtres chers ont eu leurs cérémonies, ou ont été incinérés. Dans nos performances en live, nous utilisons des visuels pour sortir les gens du contexte habituel d'une salle de concert, ou d'une sortie du vendredi soir. Ici, nous sommes en plein cœur de ces lieux atypiques : des bois, des grottes, des églises, etc. 

Y a-t-il un endroit où vous voulez vous produire, mais dont vous n'en avez pas encore eu l'occasion ou ce n'est pas possible ? J'ai toujours rêvé de jouer sur un champ fraîchement labouré sous la pluie battante. 

Vous avez été mis au défi de composer une nouvelle bande-son pour un film culte et la jouer en concert et vous avez choisi "The Mirror" de Tarkovski... Pourquoi avez-vous fait ce choix ? Et en quoi cela représente-t-il la philosophie d'Amenra ? Ndlr : L’événement devait avoir lieu en avril et reporté à la même période en 2021 https://www.facebook.com/events/422607578620721/ & https://www.facebook.com/events/780217812453848/ Le travail de Tarkovski a toujours été très inspirant pour nous. Au début, nous utilisions ses images, comme des visuels, avant de commencer à faire les nôtres. Son influence est indéniable. La liberté de son travail, et les différentes facettes de celui-ci sont incomparables. La poésie dans la réalisation de ses films.  Le fait d'impliquer son père et sa mère dans ses films donne un sentiment de similitude avec notre façon de travailler, et nous permet de la garder près de notre peau. Ne pas prétendre être quelque chose ou quelqu'un d’autre.

Je me souviens avoir vu une vidéo annonçant un documentaire pour célébrer votre 20e anniversaire. Où en êtes-vous avec ce projet ? Notre ami et photographe Bobby Cochran l'a terminé il y a une semaine. En ce moment, nous étudions la question de savoir où nous allons le présenter en première. Nous en sommes extrêmement fiers. C'est un document très précis, qui implique tous les membres principaux. Il a fait un excellent travail, faire des documentaires est probablement la chose la plus difficile qui soit. Ndlr : Le documentaire se nomme " Flood of Light" , ce film est d'une durée d'1h39. Il devait être diffusé dans différents cinémas, cependant ça n’a pas eu lieu dû aux conditions actuelles. De ce fait, il est rendu disponible à la location sur la plateforme Vimeo.

Vous avez un projet artistique que vous souhaitez réaliser, mais que vous n'avez pas encore pu faire ? Nous en avons des tonnes. Cette année, nous écrivons la musique d'un film d'Andrej Tarkovski intitulé “The Mirror” " - c'était l'un de nos projets depuis quelques années.  Une fois la musique écrite, nous ferons un certain nombre de concerts.  Un autre projet serait de travailler sur un spectacle de danse contemporaine. Peut-être un opéra. Il est incroyablement intéressant d'apprendre des autres artistes en dehors du confort de votre "niche". C'est incroyablement intéressant d'apprendre d'autres artistes en dehors du confort de votre "niche". Nous aimerions mettre en scène notre propre court-métrage.  Les livres sont toujours un défi et très enrichissant. La liste est infinie.

Et pour conclure, l'année 2019 étant une année très chargée pour Amenra, quels sont vos projets pour cette année ? Nous avons toujours beaucoup trop de projets et pas assez de temps. Notre chemin est sans fin.

 

Après un premier EP “S/T W/D” en 2018, le quintet d’Untitled With Drums s’affirme et nous dévoile son premier album “Hollow” rempli de conviction et de sensibilité. Un Rock Alternatif aux influences diversifiées voguant vers une tendance Post-Rock agrémentée d’éléments progressifs, Grunge et Noise. L’atmosphère principale est la mélancolie, elle sublime chacun des morceaux avec des variances tantôt lancinantes et vigoureuses. “Play With Fire” ouvre l’album avec des sonorités Rock puissantes et aériennes, se poursuivant avec "Passing On”, plus moderne et toujours aussi efficace. Cet album fait preuve de multiples facettes saisissantes, on retrouve la vigueur avec “Heirs” et “Stasis” mise en avant avec un côté grunge voir Post-Hardocre. La mélancolie est omniprésente, elle est sublimée avec le déchirant “Amazed” et la sensibilité de “Silver” rempli d’un tumulte d’émotion forte. Cette sensibilité lumineuse est contrastée par des thèmes sombres comme l’abandon, l’isolement et le deuil écrasant encore plus l’atmosphère des morceaux. Le tout a été enregistré en majorité en live afin de capter toute l’authenticité, l’émotion apportant cet écorché. Également, on peut constater que la basse est omniprésente permettant d’appuyer cette dimension émotive. “Strangers”, morceau d’une lourdeur lumineuse et arienne, monte crescendo pour une magnifique conclusion. Avec “Hollow”, Untitled With Drums nous offre un bijou, un album aux multiples ambiances noyées dans une mélancolie planante et vigoureuse remplie d’émotion et de sincérité.

La sortie d’un nouvel album de Nightwish est incontestablement un événement attendu avec impatience. Cinq ans après “Endless Forms Most Beautiful”, Tuomas Holopainen dévoile la nouvelle et dixième œuvre du groupe, "HUMAN. II: NATURE”. Un concept ambitieux composé d’un double opus avec ces deux thématiques respectives évoquant l’humain et la nature. La première partie est dirigée par l’Homme sur laquelle les voix sont mises en avant, tandis que la seconde partie est un voyage au travers de la nature avec une pièce orchestrale grandiose. Un projet ambitieux saisissant et attisant les curiosités par ces subtilités. Maître dans leur genre de Metal Symphonique, Nightwish a repoussé leurs retranchements au-delà de leur genre pour offrir un album varié et grandiose qui va faire voyager les esprits.

Concentrons-nous sur la première partie de l’album qui démarre là où “Endless Forms Beautiful” nous a laissés. “Music” ouvre le bal progressivement entre des cris d’animaux et une délicate épopée symphonique qui prend de la hauteur au fur et à mesure et avec une magnifique interprétation vocale de Floor. Les compositions sont solides et accrocheuses, elles n’ont pas une structure basique, mais plus complexe, originale et recherchée. Ce qui peut rebuter à la première écoute, cependant, il faut prendre du recul et de la hauteur pour en saisir toutes les subtilités. Ce schéma désarticulé se retrouve sur l’efficace et accrocheur single “Noise”, dénonçant l’utilisation abusive des nouvelles technologies. Poursuivant avec “Shoemaker”, divisé en deux parties avec son final saisissant, Floor dévoile des hautes vocalises et exploite sa voix lyrique comme jamais elle ne l’avait fait auparavant dans Nightwish. Un grand moment d’émotion et de frisson. La voix de Floor est, enfin, exploitée à sa juste valeur sur cet album, elle offre toute sa polyvalence avec une aisance remarquable. Les voix de Troy, Floor et Marco sont mises en valeurs et s’harmonisent à leur juste valeur dans les compositions et les chœurs. Troy s’affirme au chant en plus d’accompagner sur les chœurs, il possède sa propre chanson en lead vocal, “Harvest”, marquée d’une touche celtique, joyeuse et entraînante. Tout comme l’air celtique de “How’s The Heart” dans la même veine mais le titre est un peu simplet. Cependant, c’est le single par excellence avec son refrain entêtant qui va nous faire chanter en live. Dans les pépites, il y a “Procession”, cette semi-balade est une véritable douceur, elle décolle dans une intensité crescendo avec une prestation des plus émouvantes de Floor et ne nous laissant pas insensibles. Le point fort, c’est que chacun des membres à son propre morceau sur lequel il est mis en avant et ça se ressent dans l’instrumentalisation des deux pointures de l’album, “Pan” et “Tribal”. Commençons avec “Pan” sur lequel Emppu retrouve sa place et sa virtuosité avec des riffs heavy et incisif comme au bon vieux temps de Nightwish. C’est un des titres les plus aboutis de l’opus, progressif et atmosphérique avec des airs de douce comptine. “Pan” nous plonge dans la pénombre d’un univers décadent aux chœurs et refrains glorieux. Poursuivons avec “Tribal” qui se suffit à lui-même pour se décrire, ici c’est l’agressivité mise en avant par les percussions de Kai avec une section rythmique percutante et saccadée. C’est le titre le plus heavy de l’album, qui met à nouveau les riffs saturés d’Emppu en évidence accompagnés de voix à limite du growls pour Floor. Et concluant sur un final survolté marquant les esprits. Si on se demande où est passé Marco à l’exception des chœurs, on le retrouve ici sur son propre titre “Endlessness” concluant l’album dans une atmosphère sombre au tempo lancinant et pesant convenant à son timbre de voix. Même si le morceau est bon, il est peu convaincant pour fermer un album surtout après la fin saisissante de “Tribal”. "Endlessness” se laisse écouter, mais surtout ça se traîne durant sept minutes dans la même dynamique lente et se concluant sur une légère et subtile mélodie de violons.

La seconde partie de l’album, “All The Works Of Nature Which Adorns The World”, évoque la nature dans toute sa splendeur. Cette composition orchestrale et instrumentale de trente minutes est divisée en huit parties pour saisir les différents passages. Ici, les esprits s’apaisent afin de s’évader dans un voyage autour de notre belle planète bleue. Aucune voix ne règne à l’exception de léger chœur et chuchotement cohabitant en harmonie avec l’instrumentalisation. Dans ce projet ambitieux, on retrouve la virtuosité de Tuomas Holopainen, accompagné de Troy aux instruments celtiques ainsi que des orchestres du The London Session Orchestra et celui de Hans Zimmer à Hollywood. Ces sonorités sont très cinématographiques, nous amenant à fermer les yeux et à nous immerger dans notre propre voyage. Parcourant la nature qui s’émerveille avec les océans, des jungles aux forêts, de la grandeur des aurores boréales et de la douceur des paysages enneigés… Cette symphonie est décrite par Tuomas comme “une lettre d’amour pour la planète”. Elle se clôt avec “'Ad Astra”, délivrant un dernier message percutant avec une célèbre citation ("The Pale Bue Dot") de l'astrophysicien Carl Sagan : “That's here, That’s home, That’s us” résumant parfaitement cette pièce unique décrivant la fragilité et beauté de notre planète. “All The Works Of Nature Which Adorns The World” est une pièce symphonique unique, grandiose et émouvante. 

"HUMAN. II : NATURE” est un album palpitant rempli de multiples facettes difficiles à saisir en une seule écoute. Les compostions sont riches et variées, elles s’harmonisent de plusieurs ambiances entre des morceaux percutants et d’autres, plus singuliers. Certes, il m’est difficile de boucler cette conclusion, l’album m’a saisie, c’est certain. Cependant, il me manque ce soupçon de magie que je ressens avec la plupart des autres albums. Est-ce que c’est en autre dû à l’absence d’un morceau d’une durée d’une dizaine de minutes comme Nightwish nous a habitués depuis longtemps ? Mais, Tuomas Holopainen, la tête pensante du groupe, réussi comme toujours à saisir par sa virtuosité et pour nous délivrer des compositions toujours plus grande et ambitieuse. Ce qui me pose une interrogation sur la splendide pièce “All The Works Of Nature Which Adorns The World” : est-ce que sa place est dans Nightwish ou serait-elle plus adaptée pour un projet solo de Tuomas ? Finalement, cette composition reste indéniablement un magnifique cadeau. "HUMAN. II : NATURE” est un album étonnant et vibrant dans lequel il faut se plonger pour en saisir ces subtilités.

New Favourite est un trio composé de Alex Diaz (The Prestige), Pierre (As We Draw) et Aurélien, ils nous dévoilent un premier EP éponyme des plus percutants. Un concentré de dynamise envoyant la sauce d’un Rock Alternatif associé avec des impulsions Hardcore. Cette décharge d’énergie se caractérise par un son singulier avec des guitares sous accordées nommé Lowtuned Rock par le groupe. Une nervosité s’emporte dans un tumulte de sonorités ultras efficaces et additives. Les cinq morceaux sont intenses et saisissants renforcer par une subtilité plus mélodique retrouvée dans des refrains entêtants comme “Tape Worms” et le très groovy “(Yeah These Ain’t No) Love Killers”. Vingt minutes condensées dans une exposition puissante et énergique implacable déversée dans une recette de sonorité lourde, brute et très catchy. Un concentré d’influence avec cinq morceaux très diversifiés possédant leur propre force de caractère respirant la bonne humeur et la fraîcheur sous ces riffs incisifs. New Favourite nous dévoile toute sa vigueur et virtuosité dans un premier EP bouillant d’une énergie spontanée et fracassante tenant toutes ses promesses pour la suite des festivités.

17.04.20 12:39

United Guitars

United Guitars, comme l’évoque son nom est un projet collaboratif 100% guitares. Il réunit une vingtaine de musiciens petits et grands tels que Gus G, Rick Graham, Axel Bauer, Richard Daudé, Quentin Godet (…) autour d’un premier double album instrumental guitare : United Guitars Vol 1” ... Ludovic Egraz, rédacteur en chef du journal Guitar Xtreme et fondateur du projet, a répondu à nos questions.

Pour commencer, peux-tu me dire comment l’aventure United Guitars a débuté ? L’aventure a débuté il y a environ deux ans. Je m’occupe d’un magazine qui s’appelle “Guitare Xtreme” pour lequel on fait des vidéos et on en a fait une avec Axel Bauer, Fabrice Dutour et il y avait cinq/six autres guitaristes. On s’est dit que ça serait bien d’aller plus loin et éventuellement de faire un album. Le projet a démarré de cette façon, mais il est resté en suspend jusqu’à il y a trois mois. Ma compagne Olivia Rivasseau est productrice et s’occupe du label Mistiroux Productions, elle a travaillé administrativement sur le projet. Elle a vu comment monter l’enregistrement et quelles subventions on pourrait demander pour le faire… Et à un moment, elle m’a dit qu’il faut le commencer maintenant, c’est le bon moment et j’ai tout enclenché. J’ai réuni les guitaristes, on a composé des morceaux et tout s’est enchaîné très vite. Trois mois après, on avait fini l’album.

Est-ce que tu peux te présenter ? Quels sont les projets que tu as faits avant United Guitars ? Je suis guitariste depuis le collège donc ça fait très longtemps. J’ai commencé une carrière de guitariste professionnel dans le cadre d'un groupe de Rock avec lequel je suis parti en tournée durant plusieurs albums. Parallèlement, je suis devenu journaliste et je me suis réorienté dans la presse guitare. J’ai travaillé pour plusieurs magazines comme Guitare & Claviers et maintenant je suis rédacteur en chef de Guitare Xtreme Magazine. Aujourd’hui, on va dire que je ne pratique pas la guitare professionnellement, dans le sens que ce n’est avec ça que je gagne ma vie. Mais, je joue toujours énormément de guitare dans des projets, des groupes de reprises notamment un de Black Sabbath et j’enseigne aussi la guitare.

Est-ce que le but de tous les artistes qui y ont contribué à United Guitars, c’est de faire transmettre votre passion pour la guitare ? Oui, c’était plutôt de faire un état des lieux de la guitare en France en 2019. Il y a beaucoup de personnes qui ont du talent et qui s’expriment chacun dans leur coin dans le cadre de leur album, de leurs concerts et d’autres qui ont leur chaîne YouTube. Il n’y a pas vraiment quelque chose qui fédère tout ça et c’était une manière de les mettre en avant et de leur offrir une tribune.

Comment perçois-tu l’évolution de la guitare et des guitaristes en France depuis quelques années ? Je trouve ça intéressant, car il y a différent niveau et avec internet, YouTube et la mondialisation, les informations circulent beaucoup et aujourd’hui il y a un niveau plus fort qu’avant. Par contre, j’ai le sentiment que la guitare est un art un peu vieillissant dans le sens que les personnes qui s’y intéressent réellement ont entre trente et septante ans. Alors que, les plus jeunes ne s’y intéressent un peu moins peut être. C’est aussi une raison d’être pour cet album, essayer de dynamiser la guitare auprès des audiences plus jeunes.

Est-ce qu’on peut dire que vous avez produit un album collaboratif en apprenant et collaborant les uns sur les autres ? Il y a vingt-trois guitaristes, dont quinze qui ont apporté une composition originale. Ensuite, on a défini des équipes et, sur chaque morceau, il y a trois, quatre guitares qui interviennent. C’est une façon de partager et de créer une interaction entre les différents musiciens.

Comment s’est déroulé le processus de composition ? Vous avez réussi à tous vous rassembler en même temps ? Non, les quinze guitaristes compositeurs ont enregistré des maquettes courant du mois de juin. Ensuite, on a discuté et réarrangé certaines choses. Une fois les maquettes finalisées, on les a envoyées pour que tout le monde puisse avoir accès et on a décidé qui allait jouer sur quels morceaux. Il y a eu des échanges jusqu’à ce qu'on arrive à une version plus ou moins finalisée. Après, quand on est arrivé pour l’enregistrement début septembre, les batteurs et le bassiste présent sur le projet avaient travaillé les morceaux et on les a refaits en studio pendant quatre jours.

Dans le projet tu as collaboré avec de grands noms notamment Gus G, comment a-t-il rejoint le projet ? Je connais Gus G depuis longtemps quand il a commencé avec son groupe Firewind et on est toujours resté en contact. C’est une personne que j’aime beaucoup et je pense qu’on s’apprécie. Quand il passe à Paris, on s’arrange pour se voir et passer du temps ensemble. Donc, naturellement, je l’ai appelé pour le projet. Et pour le second intervenant étranger, Rick Graham, c’était un peu différent. C’est deux des intervenants du disque, Pierre Danel et Quentin Godet du groupe Kadinja, qui sont amis avec lui et me l’ont présenté. C’est un musicien vraiment intéressant qui est en plus très suivi sur Instagram et YouTube. C’était très plaisant de l’avoir sur l’album.

Je trouve que l’album est très diversifié. Était-ce une volonté que tous les musiciens puissent apporter leur patte ? Oui, au travers de la sélection que j’ai faite des guitaristes, c’était important pour moi de réunir des personnes avec des sensibilités musicales et des univers différents. C’est de cette façon qu’on arrive à avoir des morceaux Metal, Hardpunk, Prog, ambiant … Il y a même un guitariste, Yoann Kempst, qui a composé un titre un peu afro. C’était important que ce ne soit pas juste un disque avec des démonstrations de guitares, mais que ce soit un voyage à travers plein de sensibilités musicales différentes.

Pour finir, que dirais-tu pour nous donner envie d’écouter l’album ? La guitare, c’est chouette. Elle peut être aussi expressive que la voix d’un chanteur. C’est aussi un instrument unique qui existe dans toutes les cultures, qui traverse tous les styles de musique et qui est, pour moi, l’expressivité quasi inégalée. Quand tu tires sur une corde et que tu la touches, tu peux faire ressentir une infinité d’émotions. On a essayé de montrer ça à grande échelle avec cet album. Et encore une fois, ce n’est pas juste un album de performance guitaristique, c’est un album avec de vrais morceaux et je pense que même quelqu’un qui n’est pas ultra-sensible à la guitare instrumentale peut apprécier cet album et l’aimer en l’écoutant.

Pour plus d’informations : https://united-guitars.fr

Occasionnellement, les murs du théâtre d’Anzin résonnent sous des sonorités Rock et Metal avec des groupes comme Trust, Black Bomb A, Le Bal Des Enragés … En cette soirée de février, c’est Lofofora qui va enflammer le théâtre avec sa bonne humeur communicative pour défendre leur nouvel album “Vanités”.

Afin d’échauffer la foule, une première partie est assurée par Scrtch, un duo local venant de Maubeuge. Les deux musiciens délivrent leur musique décrite de Noise Punk avec passion et énergie. On ressent les influences de post hardcore dans ces morceaux aux passages rythmés et ambiants s’associant à un chant crié. Cette vigueur percute le public encore parsemé, mais captif et conquis au vu des applaudissements réservés à Scrtch en fin de set, ouvrant cette soirée sur de bonnes vibrations.

C’est maintenant au tour de Lofofora de ravir le public. Après leur album acoustique “Simple appareil”, on repasse à l’énergie de l’électrique avec “Vanités” qu’ils sont venus défendre ce soir. La force de Lofofora se dégage dans l’ardeur de ces morceaux entremêlés à une aisance à communiquer avec le public. Reuno démontre comme toujours son savoir parlé à la foule et balance quelques blagues (parfois un peu bancales) se transmettant toujours dans la bonne humeur. Le set met évidemment “Vanités” en valeur (“La Bonne Guerre, “Le Futur”, “Les Fauves …) sans oublier leurs classiques (“Les Gens, “Weedo” …) défilant à toute allure dans cette vigoureuse énergie. Cependant il est difficile de passer en revue toute leur discographie après 30 ans de carrière. L’ambiance monte d’un cran dans cette énergie et dans l’excitation des pogos. Pendant que certains ne se priveront pas de monter sur scène pour slammer ou faire l’accolade au chanteur. Reuno les accueille bras ouverts et n’hésite pas à vanner sur certains slammeur ne sachant pas s’y prendre et à les encourager. On assiste à une véritable convivialité et échange sans barrière entre lui et la foule tandis que les titres s’enchaînent entre deux prises de parole. Alors qu’on se rapproche de la fin, Reuno nous prévient “le rappel c’est maintenant”, préférant rester sur scène pour offrir plus de titres confirmant leur générosité avec le public. Quelques acclamations plus tard, le rappel est imminent et sans temps mort, on enchaîne en passant par le classique comme “Buvez Du Cul” qui sera repris en cœur et se termine avec “La Surface” toujours dans la bonne humeur et l’énergie percutante.

Lofofora nous fait partager une belle soirée au rythme de ces morceaux remplis de vigueur et de conviction qui se sont enchaînés dans une atmosphère conviviale et de partage.

31.03.20 13:58

7 Weeks

Les Français de 7 Weeks n’ont pas toujours connu un long fleuve tranquille dans leur carrière et ils ont failli disparaître ... Tel un phénix ou plutôt un bison, ils ont, à force de persévérance, remonté la pente pour nous présenter en janvier un nouvel album « Sisyphus ». Julien Bernard (chant & basse) nous en dit plus à son sujet :

Pour commencer est-ce que tu peux me faire une petite rétrospective de 7 Weeks ? Oui bien sûr, le groupe a sorti son premier album « All Channels Off » en 2009, depuis on a pas mal tourné en France, en Europe et en Angleterre. En janvier est sorti notre 5e album « Sisyphus ». Nous sommes nos propres producteur et label sauf sur l’avant dernier, on y reviendra ...

Comment s’est déroulé le processus de création de votre nouvel album « Sisyphus » ? Après la tournée du précédent album « A farewell To Dawn », on a fait une sorte de pause qui correspondait à un besoin de réflexion sur ce qu’on faisait et une lassitude face aux soucis de changement de line-up et de problème avec le label qui avait sorti l’album. On a même pensé arrêter le groupe. Puis, on s’est remis à composer durant 2018 pour enregistrer l’album en 2019. C’est toujours ce qui nous a sorti du trou la création, c’est notre moteur.

Nouvel album et également nouveau line-up ? En 2018, on s’est, une fois de plus, retrouvé sans guitariste donc on a beaucoup répété et composé avec moi à la guitare, c’est ce qu’on a souvent fait dans 7 Weeks. Quand on a jugé bon de commencer à préparer le terrain pour reprendre les concerts, on a fait des auditions et on a rencontré Fred avec qui ça s’est bien passé, on a décidé de l’inclure sur la fin du processus de composition. 95 % des morceaux étaient déjà écrits, mais ça nous permettait d’enregistrer en live et d’apporter une autre couleur dans le son.

Est-ce que vous pouvez expliquer la signification du titre de l’album « Sisyphus » ? Celui-ci se rattache à la mythologie grecque ? Bien sûr, cela découle de notre réflexion sur notre condition d’artiste, voire d’homme tout simplement. C’est ce qui nous pousse à « porter un projet » et ce quelques soit les conditions. Ça ne peut pas toujours être simplement "fun’ de faire du rock autoproduit, ça demande de l’abnégation et de la ressource. Et puis on a beaucoup été marqué par le « Mythe de Sisyphe » de Camus qui a une approche plus philosophique et qui explique, entre autres, que la création est plus importante que l’œuvre.

Pouvez-vous m’en dire plus sur ce que signifie la pochette de l’album et qui l'a réalisée ? C’est Gilles Estines qui l’a réalisée, on a souvent travaillé avec lui sur les albums, il a fait « Dead of Night », « Carnivora » et « Bends ». C’est lui qui est parti dans ce trip, on lui avait dit qu’on voulait plutôt quelque chose de photographique et il a mélangé plusieurs éléments. Elle n’a pas un sens particulier au premier degré, c’est plus un ressenti. Mais on peut trouver dans le bison, une sorte de parallèle avec 7 Weeks. Le Bison a failli disparaître, il évoque la puissance, la lourdeur, il fonce droit devant, quitte à aller vers un précipice. Bref c’est nous.

Le style Stoner est généralement rattaché à des groupes américains. Que pensez-vous du développement de ce style en France ? Ce qui est terrible pour nous, c’est qu’on ne veut pas être considéré comme Stoner. On aime le Stoner, il nous a influencés, aucun problème là-dessus, mais en tant que fan de Stoner (même si je ne sais pas si ça a un sens tellement les appellations diffèrent suivant les protagonistes), je ne pense pas que l’on soit un groupe de Stoner. On fait appel à tellement plus d’influences et pourtant tout le monde dit, : « 7 weeks, le groupe de Stoner »… Ma réponse favorite sur ce sujet est qu’aujourd’hui un des plus grands albums de Stoner serait « Superunknown » de Soundgarden et pourtant personne ne classe Soundgarden dans le Stoner. C’est un mode de pensée propre à la France, ça n’existe pas à l’étranger.

Vous avez fait un grand nombre de concerts et de festivals. Avez-vous un souvenir qui vous a marqué en particulier ? Les meilleurs souvenirs quand tu fais de la tournée sont souvent des petits détails qui ressortent plusieurs mois voir des années après. Ce sont des impressions, des sentiments fugaces, plus que des souvenirs de concerts. Je suis désolé c’est moins glamour que de dire : le Hellfest c’était super, le Hammer fest génial, la tournée européenne incroyable ... Mais pour moi c’est comme ça. Si on cherche vraiment un souvenir de concert alors je pense que c’était pendant les Bars en Trans en 2009, où je n’ai jamais vu un public autant lâcher prise, c’était fou. On se serait cru dans les années 90’ quand les gens venaient au concert pour se déchainer.

Pour finir quels sont les plans pour 7 Weeks ? Vous avez des dates de concerts et de festivals à venir ? Oui, on a les premières dates de concert qui arrivent, du club puis des festivals cet été en France et Belgique avec notamment un passage aux Francofolies de la Rochelle. C’est cool de voir que ces gros Festivals à l’origine inatteignables pour de la musique lourde chantée en anglais s’ouvrent et proposent ça maintenant dans leur programmation.

31.03.20 10:56

7 WEEKS - "Sisyphus"

Quatre ans après “A Farewell To Dawn”, les français de 7 Weeks reviennent en puissance avec un nouvel album “Sisyphus”. Son dynamise nous fait voguer vers des sonorités de Rock sudiste et Stoner plaisante. La force de l’opus se ressent dans sa diversité, les titres s’enchaînent naturellement sous des rythmiques accrocheuses et vigoureuses. On retrouve plusieurs facettes entre les titres percutants et pêchus “Solar Ride, ‘Idols” et “Breathe”, la nervosité d’“Insomniac” ou encore la légèreté dynamique de “Gone” et “Sisyphus”. On ressent la chaleur de ce Rock sudiste condensé dans une légèreté puissante et séduisante. La seconde force de “Sisyphus” est son processus d’enregistrement en live permettant d’en savourer toute son efficacité et authenticité. “667 Out” marque la conclusion, ce morceau de six minutes est un concentré rythmique puissant et progressif, résumant ce que fait de mieux 7 Weeks. La clôture assez brute de “667 Out” est surprenante et donne envie de recommencer l’écoute de l’album. Avec “Sisyphus”, 7 Weeks frappent fort et font preuve d’une maturité grandissante dans ce concentré de morceaux persuasif et vigoureux qui nous fait voyager sur des routes désertées.

Il faut dire que l’environnement du paysage minier d’Oignies concorde bien avec l’univers industriel des Tambours du Bronx. Après leur dernier passage remontant à 2014, la troupe fait son retour au Métaphone avec leur nouveau concept et représentation Metal. Plus vigoureux et percutants, ils vont faire trembler la salle à grands coups de percussions et de riffs.

Sur les coups de 20h, il est temps de prendre possession de la salle avec la première partie Stengah. Face à un public encore clairsemé, les Lillois nous délivrent un mélange de Metal moderne aux influences prog et djent issus des morceaux de leur premier album “SOMA/SEMA”. Les rythmiques sont brutes et plaisantes nous permettant de passer un bon moment pour ouvrir la soirée.

Le moment tant attendu retentit avec Les Tambours Du Bronx, trente ans que la troupe cogne sur ces emblématiques bidons que nous voyons se dresser en arc de cercle sur la scène. Il fut le temps du renouveau en 2018 avec leur fracassant concept “Weapons of Mass Percussion” mélangeant le Metal avec les percussions. Cette nouvelle facette va faire raisonner avec fracas des sonorités captivantes et lourdes.

Les hostilités s’ouvrent avec “Mirage Eternal” et “Never Dead”, deux titres phares du dernier opus “W.O.M.P” qui est évidemment  mis en valeur pour ce show Metal. Les parties vocales sont assurées par Stéphane Buriez (Loudblast) et Renato (Trepalium), se partageant le micro avec complicité. Ils apportent une hargne supplémentaire aux morceaux grace à leurs textures vocales saturées. En plus de la dizaine de percussionnistes présents, on retrouve Franky Costanza (ex Dagoba, Blazing War Machine) venant les appuyer à la batterie.  Cette multitude de percussions va redoubler d’efficacité et va dégager une vigoureuse énergie brute et authentique. Très rapidement l’ambiance va chauffer avec le medley « Refuse/Resist » et « Roots Bloody Roots » de Sepultura, nous emmenant tout droit au Brésil. La cadence effrénée par la rythmique des tambours continue à nous transporter grace à ses influences très diversifiées entre l’industriel, le tribal et de légers passages électro. Le tout est mélangé et intégré avec cette formule Metal (guitares, basse et batterie) venant soutenir avec une lourdeur mélodieuse les percussions. Dans cette ambiance bouillonnante, nous assisterons à un seul morceau des Tambours Du Bronx en format classique permettant de prendre conscience de toute l’intensité délivrée par les fûts. Le set est diversifié également avec des reprises “The Day Is My Enemy” rendant un hommage à The Prodigy et “Dragula” (Rob Zombie) qui conclura cette performance en grande puissance.

Une puissance et une intensité pure, voilà comment résumer simplement une représentation des Tambours Du Bronx derrière toute sa technicité. Un concept audacieux avec cette représentation Metal qui réussit à convier un public diversifié de tout horizon et âge. Un déversement d’énergie envoyé avec conviction et une véritable expérience live qu’on vit cadencé par l’énergie de la troupe.

Quatre ans après le succès de “Moonbathers” qui ne m’a pas laissée indifférente et qui m’a bouleversé autant musicalement que personnellement, Delain revient avec un nouvel album “Apocalypse & Chill” rempli de conviction qui va nous transporter dans son univers dystopique. Le charme de Delain avec ses sonorités accrocheuses et énergiques se retrouve comme à son habitude et va nous conquérir. Une facette atmosphérique est mise en valeur avec des chœurs et des passages orchestraux marqués. Nous trouvons des morceaux d’une facilité d’écoute prenante s’entremêlant aux rythmiques catchy des claviers et à la lourdeur des guitares. Cependant, on remarque une sorte de distinction entre le côté “chill”et le côté "Apocalypse". L’un est aisément accrocheur avec des refrains entêtants comme sur “Chemical Redemption”, “We Had Everything” et ‘Let’s Dance”et ne procure aucune saveur particulière… On a également dans ce lot “Live Is To Die” avec ses sonorités de claviers très modernes et “One Second To Love” avec Timo au chant qui apporte pour la première fois sa contribution vocale. L’autre, le côté “Apocalypse”, met en avant cette nouvelle facette de Delain plus orchestrale et grandiose se retrouvant déjà en puissance dans les singles "Burning Bridges” et "Masters of Destiny” et fait monter les compositions vers un niveau supérieur. D’autres titres tels que "Legions of the Lost” laisse ressortir cette dimension épique avec ses chœurs ou encore le duo ravageur “Vengeance” où s’assemblent les voix de Charlotte et Yannis Papadopoulos (Beast In Black). La subtilité et fragilité de la ballade “Ghost House Heart” s’y ajoute avec ses sonorités de violons mises en avant également sur “The Greatest Escape”. Je me suis retrouvée séduite par “Creatures” avec des riffs très lourds (à la limite djent) qui s’assemblent avec la douceur de la voix de Charlotte. Elle contribue comme toujours à apporter un charme aux compositions en dévoilant avec aisance toute sa puissance et sensibilité vocale. L’opus se conclut en virtuosité sur le morceau instrumental “Combustion” rempli de vigueur et technicité. Dans l’intégralité mon avis est assez mitigé, malgré une lourdeur de guitares affirmée, le côté prenant et énergique qui fait l’essence de Delain reste trop simpliste, il manque une touche de tact pour faire décoller l’ensemble. A contrario, la partie atmosphérique et orchestrale offre une nouvelle dimension assez intéressante et captivante. Au final “Apocalypse & Chill” est un album en demi-teinte...

13.02.20 12:22

Junior Rodriguez

Le multi-instrumentalise, Junior Rodriguez connu pour ses nombreux projets (Inhatred, Betraying The Martyrs, Darkness Dynamite …), nous présente et nous fait voyager avec son album solo “Stellar Dream” :

Pour commencer, peux-tu résumer ta carrière de musicien jusqu’à présent ? Je suis musicien depuis ma tendre enfance et j’ai eu la chance de jouer dans plein de projets notamment Loudblast, des artistes comme Dick Rivers, j’ai partagé un projet avec Dave Grohl à Los Angeles. Avec ces rencontres et les hasards, je me suis retrouvé dans des canevas différents qui constituent ce qu’on peut appeler une carrière.

Tu commences ton projet solo avec un premier album “Stellar Dream” : par cela voulais-tu vraiment exprimer ton propre art ? Exactement, c’est un premier projet vraiment abouti où j’ai tout réalisé et c’est la chose la plus personnelle que j’ai faite jusqu’à maintenant, j’y ai décidé de m’exprimer pleinement en tant qu’artiste.

Tes projets précédents t'ont aidé à constituer celui-ci ? Bien sûr, c’est ce qui m’a mené jusque-là par les expériences passées avec tous les groupes dans des styles divers et varié. Cet album est une synthèse de ce que je suis, de la musique que je fais et que j’aime, c’est un peu ce que j’ai toujours rêvé d’écouter. Je me suis fait mon album de ce j’apprécie.

Quels sont les sonorités et styles qu’on va retrouver “Stellar Dream” ? On est sur du psychédélique, il y a des personnes qui affirment que c’est du Rock, d’autres du Metal, mais ce n’est ni l’un ni l’autre. Comme je l’évoquais avant c’est ce qui me constitue de par de toutes les expériences et les groupes passés, c’est comme un grand mélange de tout ce que j’aime dans tous les genres et il y a un peu de Metal et de Rock. Un ami m’a dit un jour : “Mais en fait ce que tu fais c’est du Rock Stellar” et j’ai trouvé ça sympa comme description.

Est-ce que ta série web “Starting From Nowhere”est le point de départ qui a lancé l’album ? Par cette expérience d’écrire ce titre en Islande, c’est devenu logique pour moi que ce soit le premier de l’album et de le composer par la suite. Ceci n’était pas prévu au début, mais ça en a découlé tout naturellement quand je suis rentré à Paris, j’ai tout de suite écrit la suite et ça s’est fait très simplement.

Il y a juste l’Islande ou d’autres aventures ont constitué cet album ? C’est l'Islande qui a fait le point de départ, mais je voyage énormément, je fais le tour du monde, c’est donc inspiré par toutes mes expériences, ma musique est une invitation au voyage en soi.

Les expéditions sont-elles ta plus grande source d’inspiration ? As-tu d’autres sujets qui t’inspirent ? J’ai plein de sujets qui m’inspirent, mais c’est juste que les voyages et la découverte du monde sont essentiellement ce qui m’a toujours intéressé et intrigué depuis tout petit. J’ai eu la chance de pouvoir vagabonder quasiment depuis ma naissance grâce à mon père qui est chauffeur de car, il m’emmenait un peu partout avec lui dès que je pouvais et que je n’avais pas école. Les voyages sont une très grande source d’inspiration, ensuite il y a aussi le choc des cultures, d’où l’intérêt que je sois allé en Namibie tourner ce clip à la rencontre d’une des plus veilles civilisation sur terre, ce sont vraiment des choses qui me plaisent.

As-tu des lieux qui t’ont marqué en particulier ? As-tu des endroits que tu rêverais de visiter ? Les lieux qui m’ont marqué il y a bien sur l’Islande et la Namibie et ceux que je rêverais de visiter, il y a en a beaucoup comme l’Amérique du Sud où il y a de nombreuses merveilles à voir. J’ai eu la chance d’aller en Amazonie, mais j’étais en tournée en Guyane donc je suis parti en trip avec des Indiens de là-bas et ça n’a pas duré longtemps, je voudrais bien affiner ça et aller dans les endroits les plus reculés. Ensuite, j’aimerai bien visiter l’Asie, c’est un territoire tellement vaste.

Revenons à l’album “Stellar Dream” , peux-tu me décrire son processus de production en studio ? Jusqu’à peu, j’avais la chance d’avoir mon studio d’enregistrement chez moi, dans ma maison à Paris. Donc, je travaille de chez moi, dans mon studio, dans mon salon et j’écris des bouts de paroles, ce sont des idées qui me viennent à la guitare, parfois à la batterie. C’est une espèce de puzzle que je monte comme ça au fur et à mesure, ce sont des pièces qui s’assemblent jusqu’au moment où tu as l’image qui s’affiche et puis je me dis “en fait, j’ai un album qui est prêt, génial”.

C’est de l’autoproduction à 100% ? J’ai tout joué et produit : c’était mon défi de tout faire par moi-même. Après, j’ai eu de la chance d’être entouré pour le mixage du disque, car c’était l’étape que je n’avais pas vraiment envie de faire moi-même. Je l’ai fait sur mes disques précédents, mais là je désirais avoir du recul et passer par des personnes de confiance avec qui j’ai déjà travaillé. Il y a Remy Boy qui est un de mes mixeurs préférés et Mark Stent aux États-Unis qui m’a fait l’honneur de me mixer un titre “Just Like You”. Cependant, pour le reste j’ai tout fait par moi-même.

Peux-tu revenir sur ta série web et sa création, comment est né le projet ? L’idée n’est pas venue de moi, mais du réalisateur Albéric Jouzeau qui avait ça en tête et un jour il m’a appelé pour me dire qu'il aurait souhaité faire un film avec moi. Il m’explique qu’il aimerait bien m’emmener dans un endroit que je n’ai jamais eu l'occasion de visiter, en pleine nature et de documenter ma façon de travailler, comment me vient l'inspiration, de me mettre un peu en danger en me sortant du format habituel de création en studio. Justement, comme il sait que j’adore les expéditions, il m’a emmené en Islande pour voir ce que le voyage allait m’inspirer, et y joindre directement l’image. Le résultat en chanson de cette expérience et du processus de création se retrouve là:

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Pour conclure, quels sont les projets à venir après l’album ? L’album « Stellar Dream » est sorti en octobre, on a une grande phase de promotion et une date le 26 novembre à Paris pour la release party. Ensuite une tournée est prévue pour 2020 et on a déjà beaucoup de dates qui commencent à s’aligner et surtout j’espère faire beaucoup de festivals l’année prochaine.