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Argonauta prouve encore son talent inégalable pour dénicher des vraies petites perles. Le label s’écarte pourtant de son catalogue usuel, fait de sludge, de doom et de stoner pour nous présenter un projet blues bien groovy qui n’a pas peur non plus de faire grimper les décibels. Rien que les trois premiers titres, en plus de débuter l’album avec fracas, se montrent plutôt variés et aptes à faire une première bonne impression réussie. « Right On My Level » propose une guitare bondissante, qui vient nous caresser l’échine entre les puissants refrains. « Five Finger Disco » met davantage en avant la batterie et la basse pour nous faire rouler des épaules, avec un chorus lui aussi très efficace. Certainement mon titre préféré de l’album. « Explain » est plus doux, presque langoureux même. On croirait presque voir apparaître un nuage de fumée de cigares et quelques verres de whisky oubliés sur une table défraîchie… au moins jusqu’à la seconde moitié du morceau, où la chanteuse explose, comme incapable de préserver sa façade plus longtemps ! On ne va pas tous les faire, mais citons aussi brièvement « A One Time Investment », aux percussions plus minimalistes (pour ne pas dire tribales). Ou encore « Another Page », dans la lignée « d’Explain » au niveau de l’ambiance… mais qui réussit à ne pas nous lasser malgré des ficelles très similaires. Son bridge phénoménal vient sans doute nous préserver d’une totale redite, et rend le titre presque plus marquant que son grand frère. Est-ce parce que le monde du blues m’est moins familier que celui du hard rock que je me montre plus clément ? Ou bien est-ce parce que les Lucid Furs ont vraiment frappé une corde sensible, une sensation simple de morceau bien fichu et qu’il est agréable d’écouter tout en ayant une bonne dose de peps ? À vous de me le dire ! En tout cas ici, c’est totalement approuvé.

21.11.21 17:33

SCHATTENMANN - "Chaos"

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La NDH est un cas d’étude intrigant. Prenant le monde par surprise lors de la seconde moitié des 90s, elle semble patauger dans la semoule depuis le nouveau millénaire, y compris chez les pontes du genre que sont Rammstein et Oomph ! Non pas que le succès n’y soit plus, loin de là, mais la forme est bien différente, donnant plus souvent son sens au titre alternatif de «Tanz/Dance Metal» et moins à ses racines indus plus froides et mécaniques, martiales et sexuellement brutales. Très grossièrement, on pourrait scinder ça en « école de Die Krupps » et « école de KMFDM », encore que cela serait fort réducteur. Mais bref, la scène se cannibalise pas mal, devient même consanguine à force de se concentrer en terres germaniques (sauf rares exceptions) et il faut bien le dire : ça fait longtemps qu’on n’a plus eu de grosse onde de choc dans ce bazar. Et ce troisième Schattenmann reprend peu ou prou la même formule que le précédent. La mauvaise foi nous ferait sourire de voir des titres intitulés « Spring » et « Jetzt Oder Nie », ajoutant encore un peu de crédit à l’idée que le genre copule avec ses cousins. Mais plus sérieusement, il est loin le temps où le genre faisait encore peur et se montrait audacieux dans ses sonorités. Mais dire que « Chaos » est à jeter serait injuste. Le titre éponyme est par exemple une bouffée d’air frais, presque un hymne pop-punk en fait ! «Alles Auf Anfang» possède un côté plus épique presque heavy (notamment par son bridge) , tandis que «Extrem» est simple et efficace, avec un refrain à l’efficacité agaçante. À défaut de sauver la NDH, Chaos se sauve lui-même. L’album est généreux et sans réelle fausse note, si ce n’est un manque de riffs vraiment marquants. Le chant, ainsi qu’une bonne énergie viennent compenser un album un peu lisse.

21.11.21 17:31

PRIMAL AGE - "Masked Enemy"

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Fort d’une expérience de plus de sept cent concerts, festivals à la pelle et presque trente ans d’ancienneté, Primal Age est un pionnier de la scène metal. Traitant depuis longtemps de la défense de la cause animale, végétarisme, écologie, dénonciation de la surconsommation de masse, cet album ne déroge pas à la règle fixée par le groupe. Commençant d’ailleurs par un extrait du discours de Severn Suzuki, douze ans, lors de la conférence du Sommet de la Terre des Nations Unies à Rio de Janeiro en 1992, « Intro & Wise Old Men » entame les hostilités avec force, empoignant l’auditeur par la gorge avec un hardcore oldschool tel que Primal Age sait le faire. Souffrant d’une impression de répétition par intermittence, les onze titres sont malgré tout entraînants et peuvent devenir très violents si ceux-ci sont vécus en live. Vivement le retour en concert pour pouvoir constater à quel point tout ceci peut être efficace dans le pit. Que tout le monde prépare son protège dents, Primal Age arrive.

Nunslaughter fait partie de ces groupes qu’il n’est plus utile de présenter tant il a roulé sa bosse depuis 1987 (enfin 1985 si on prend en compte les années où il s’appelait Death Sentence). Il s’inscrit dans la lignée des groupes culte qui ne répondent à aucune norme et font ce qu’ils veulent quand ils le veulent. Leur discographie est là pour en témoigner puisque celle-ci pourrait clairement être comparée à celle d’un Agathocles, avec qui ils ont d’ailleurs sorti un split en 2011, tant elle regorge de sorties. Pourtant ce « Red Is The Color Of Ripping Death » n’est que leur 5e album puisque leur « devil metal » est beaucoup plus familier des formats comme le split, l’EP ou encore le live. L’objet que nous avons dans les oreilles fait donc en quelques sortes office d’évènement mais ne change pas la donne puisqu’il s’inscrit clairement dans la droite lignée de ce que les natifs de l’Ohio savent faire : un death punk teinté de thrash sur fond d’imagerie black metal servi par une production on ne peut plus catchy mais loin d’être lisse pour autant. Si la mort de leur batteur Jon Sadist en 2015 a marqué les esprits et forcé le groupe à une mini-pause (jusqu’en 2016), ce dernier a rapidement décidé de remettre le pied à l’étrier, et c’est tant mieux. En effet Nunslaughter est le genre de groupe plus que nécessaire qu’il est bon de ressortir à intervalles réguliers histoire de rappeler à une certaine frange de la scène le sens du mot « authenticité ».

Derrière une pochette étonnante, d’un kitsch désabusé, «Your Time To Shine» est un grand album, l’un de ces disques d’une honnêteté rare. Monolord n’hésite pas à s’y dévoiler, à s’y mettre à nu, à révéler les tourments qui le hantent. Bien sûr, les Suédois restent fidèles à l’héritage sabbathien, par ses riffs gras et heavy («The Weary», ouverture  percutante très seventies), tantôt menaçants («I’ll Be Damned»), tantôt planants («To Each Their Own»). Le son est épais, parfois grésillant. Quant à la basse, magie de la formule trio, elle renforce cette lourdeur plus doom que stoner. Mais les Suédois nimbent ce «Your Time To Shine» d’une mélancolie, d’une tristesse bouleversante, que ce soit dans la voix de Thomas V Jäger, lointaine et comme résignée, ou dans les guitares déchirantes. Les deux derniers morceaux que sont le magnifique titre éponyme et le fabuleux «Siren Of Yersinia» (chanson faisant référence à la peste) brillent de mille ténèbres, se déploient en une longue procession, en un terrible cheminement qui, inéluctable, mène à la mort. «Your Time To Shine» est le fruit étrange d’une époque tourmentée, d’un monde qui glisse vers sa perte.

21.11.21 17:16

MÄDHOUSE - "Bad Habits"

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Il y a trente ans, il y avait Mötley Crüe, Skid Row, Poison, … Tous ces groupes qui faisaient bouger les hommes, chavirer le cœur des femmes en les rendant totalement folles et hypersexuelles. La bonne époque du «Sex, Drugs, Rock N Roll» quoi. Et bien avec Mädhouse et son nouvel album «Bad Habits», c’est directement à cette période que vous retournerez. Bordel que cet album fait du bien. Fortement influencé par les groupes précités, le combo autrichien joue la carte du glam crazy girl à cent pour cent et cela fonctionne à merveille. Tous les morceaux sont taillés pour la scène et pour faire bouger et danser n’importe quel cul dans une salle de concert. «Bang Bang», «First Lick Than Stick», «I Walk The Poneygirl», «Atomic Love», «Fake It Till You Make It» ou encore «Tourette Brunette»… Autant de titres évocateurs au potentiel de hit single en puissance. Les musiciens maîtrisent leur sujet à la perfection et la production totalement réalisée par le guitariste Mikky Stixx est puissante mais fidèle aux racines du groupe. Le seul bémol de «Bad Habits» pourrait être sa longueur (pas moins de quinze morceaux) mais c’est vraiment chercher des niaises car une fois l’album fini on remet «play» et c’est parti. Mädhouse délivre avec «Bad Habits» un album magistral qui se veut être un hommage aux plus grands du genre. Là-dessus, je fonce au stripclub !!

21.11.21 17:14

HAMMERFALL - "Renegade 2.0"

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Alors que l'album « Renegade » fête ses vingt ans cette année, le groupe suédois Hammerfall a décidé de lui donner une nouvelle fraîcheur. Tandis que l'opus original a été enregistré à Nashville par le légendaire producteur Michael Wagner, laissant le Studio Fredman de Götebord de côté malgré deux albums enregistrés là-bas, les membres ont aujourd'hui fait le choix de confier le mixage de ce « Renegade 2.0 » à Fredrik Nordström: une belle façon de boucler la boucle, non? La pochette a quant à elle été confiée au célèbre artiste allemand Andreas Marshall qui a su créer un nouveau visuel tout en gardant l'esprit originel. De ce fait, l'édition anniversaire se compose de trois disques: la version de 2000, la version de 2021 mais également un DVD de certaines de leurs prestations filmées aux quatre coins du monde et notamment la féroce chanson d'ouverture « Templars Of Steel » issue de leur concert donné en 2001 au mythique Wacken Open Air. Ce « Renegade 2.0 » offre une musique épique, mélodique et un rythme effréné... Ainsi on retrouve des titres dépoussiérés comme la ballade «Always Will Be», le lourd « The Way Of The Warrior » et donc l'inoubliable « Templars Of Steel » qui constitue désormais l'essence live du groupe. Même après plus de trente ans de carrière, Hammerfall montre qu'il reste le groupe le plus populaire de Suède et «Renegade» demeure un classique de leur discographie.

21.11.21 17:11

GOAT TORMENT - "Forked Tongues"

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On se demandait un petit peu ce qu’étaient devenus les Gantois de Goat Torment puisque déjà 6 ans se sont écoulés depuis leur seconde et dernière offrande « Sermons To Death » qui leur avait permis d’asseoir une certaine réputation sur la scène black. La réponse vient donc ici avec ce « Forked Tongues ». Par contre la question est de savoir s’il réussit l’examen du 3e album souvent charnière dans la carrière d’une formation. Et ne faisons pas languir le lecteur plus longtemps, on aurait tendance à répondre par l’affirmative à cette interrogation. En effet, dans l’ensemble, l’auditeur se confronte à un opus de black furieux et inspiré. Dans un registre parfois mardukien, Goat Torment joue la carte d’une lourdeur empruntée au death dans une tracklist où les parties basses jouent un rôle prépondérant en termes d’enrobage écorché de l’ensemble. Un grain bienvenu auquel Jérémie Bézier (Emptiness…) n’est sans doute pas étranger puisque le mixage et le mastering de «Forked Tongues» sont l’œuvre de l’intéressé au sein du Blackout Studio. Notons qu’à ce niveau, si le groupe n’est pas retourné dans le studio bruxellois pour tout le processus d’enregistrement comme ce fut le cas pour ses 2 premiers albums, il ne s’en est pas non plus tout à fait écarté puisque les voix y ont tout de même été enregistrées. Le travail paie, c’est indéniable, et « Forked Tongues » en est une belle preuve puisque nos compatriotes se voient maintenant affublés du sceau Season Of Mist via sa structure plus extrême Underground Activists qui, on l’espère, amènera Goat Torment sur les sentiers qu’il mérite.

21.11.21 16:07

FURR - "Thank you"

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Après un premier single acclamé par la critique en 2020, Furr nous balance son premier ep «Thank You». Musicalement, les Français proposent un metal alternatif aux riffs parfois groovy parfois tranchants, variant les rythmiques et les mélodies à bon escient. Que ce soit «Thank You», «My World» ou encore «Again», la musique se veut bien en place. Mais là où le bas blesse, c’est au niveau des chants. On apprécie fortement les mélodies d’Eva. Malheureusement, ces dernières ne collent pas avec le chant éraillé et éreintant d’Arnold qui vient tout simplement gâcher la performance du reste du groupe. Au final, il faudra attendre le dernier morceau de cet EP «Fight» (qui est en fait le single de 2020) pour se prendre une bonne dose de metal bien fait. « Thank You » aurait du être une belle évolution pour Furr. C’est malheureusement l’inverse qui se produit.

C’est toujours ce que je préfère dans le fait d’écrire des chroniques. Me retrouver sur le cul en écoutant des formations qui me sont totalement inconnues et qui me font triper comme jamais. C’est le cas de Begat The Nephilim. Avec leur nouvel opus « II : The Grand Procession », les Anglais n’ont qu’une idée en tête : rallier à leur cause les fans de metal extrême ! De « Panegyric » à « Leucomalachite Green », BTN offre une performance digne des plus grands, mélangeant un black mélodique à un death metal apocalyptique. On pense fortement à The Black Dahlia Murder et Cattle Decapitation en écoutant des tracks tant le niveau technique proposé se veut au niveau des deux formations précitées. Chaque seconde est minutieusement pensée afin que l’on ne perde pas le fil , que ce soit dans la composition des morceaux ou via les interludes musicaux proposés. L'ajout de mosh à la Whitechapel, de claviers accentuant les ambiances apocalyptiques ou encore d’éléments tirés du prog font de cet opus un bijou de créativité. On pensera aussi à un groupe tel que Cradle Of Filth via le chant de Tyler Smith sur « The Grand Procession Part II » où l’on a carrément l’impression d’entendre Mr Dani Filth chanter. Des plus surprenantes. Begat The Nephilim n’a aucune limite et démontre avec « II: The Grand Procession » que la perfection peut être atteinte. Un pure délice !