Chroniques

Chroniques (666)

Né de l’amour du métal, Emissary of Suffering est fondé par Matthias Rasmusson (Ancre, Painted Wolves, …) et Nils Groth (King Apathy, Heretoir, …). Leur ordre de mission était de rendre hommage aux groupes qu’ils ont aimé et qui leur ont fait aimer la musique à savoir Iron Maiden, Death, Dismember. Nous pouvons constater que c’est mission accomplie. La thématique se révèle être leur vision du monde. Et celle-ci fait émerger un monstre aux politiques inhumaines et aux récits de droite (auraient-ils mal vécu le confinement mondial ? Probable). Certes, « Mournful Sights » est un râtelier de huit armes vous permettant de lutter contre cette bête immonde de la plus belle des manières. Métaphoriquement parlant, c’est un peu comme si on vous demandait d’aller affronter un petit lapin blanc au missile Stinger. Groovy, lent, lourd, etc… Tous les adjectifs sont bons pour décrire les compositions de nos deux compères passant du thrash (« Rope ») à du death voir du doom avec (« Abbatoir ») et parfois en mélangeant les deux.

Je vais tenter d’être aussi « Open » que cet album. Sincèrement, je me suis ennuyé en écoutant «Warring Elements». Même si ce groupe a du potentiel, ici il est loin d’être mis en avant. La chanteuse possède une voix qui pourrait s’apparenter à celle de Sharon den Adel (Within Temptation) mais faiblarde. Elle manque cependant cruellement d’émotions, de punchs. Sa prestation est soporifique et bouffée par les performances du chanteur comme par exemple sur le morceau «Deviate» où l’on entend à peine sa partenaire. De plus, ils ne s’accordent pas au rythme musical, ils chantent faux… Quelle cacophonie ! À l’écoute pénible de cet album, j’ai été, comme l’indique le nom du groupe, DISCONNECTED!

07.11.21 16:40

DEATH REICH - "Death Camp"

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Première sortie de ce groupe suédois et je dois avouer que ces musiciens nordiques ont du talent. Du Death metal à la vitesse prodigieuse et au chant équivalent à des coups de hache en pleine jugulaire, Death Reich pratique le Death old school à la perfection. Poussant le vice jusqu’à la reprise de « Fight Fire with Fire »  de Metallica à leur sauce, ils ne se contentent pas bêtement de la reprendre mais bien de l’adapter à leur style : adieu le thrash. Ces cinq barbus (comme c’est étonnant pour des death métalleux suédois) font partie d’une vague émergente très prometteuse de nouveaux groupes nordiques jouant du O.S.D.M. Il y a donc de l’espoir dans un avenir de ténèbres !

23.10.21 14:31

DAEMONICUS - "Eschaton"

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Daemonicus propose avec « Eschaton » neuf morceaux tranchants et fulgurants, présentant un mélange écrasant de death metal moderne et old school, tout en restant fidèle aux racines du groupe, progressant à la fois en tant que musiciens et en tant que groupe. Cependant, est-ce la lassitude ? Une petite envie personnelle de changement ? En écoutant l’album de Daemonicus, je ne pouvais m’ôter ce sentiment d’ennui. Loin d’être mauvais car façonné comme un très bon album du style, mon impression constante était que l’album de neuf tracks durant au total trente-six minutes n’était composé que d’une seule piste basée sur le même rythme. Difficile donc pour moi de noter cet album qui, à défaut de ne pas avoir de qualités, n’a pas forcément de défauts non plus. Les appréciations de la plèbe en seront sûrement tout autres mais Alea Jacta Est : mon estimation est que cet album est neutre, un peu comme du tofu : pas mauvais mais pas terrible non plus.

23.10.21 14:28

CRIPTA BLUE - "Cripta Blue"

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Argonauta nous a déjà prouvé être un bel incubateur à projets intéressants, et je n’ai de cesse de promouvoir la scène musicale italienne dans plusieurs de mes reviews… On commençait donc déjà très bien pour Cripta Blue. On y ajoute quelques beaux passages à la basse et des titres qui groovent bien, et clairement il n’en faut pas beaucoup plus pour me charmer. L’épisode « Magickal Ride » qui débute avec un enregistrement semblant promouvoir l’idée d’une formidable expérience post-mortem, s’illustre par une guitare musclée, un court mais sympathique passage à la basse et un bridge délicieux, avec en plus des paroles dans une lignée nihiliste, comme son intro. « Creepy Eyes » s’illustre de son côté par sa gratte et son groove, qui s’énerve après son premier tiers, pour devenir plus lourd et lent, plus percutant… Presque industriel même ! « Spectral Highway », portant décidément bien son nom, et plus atmosphérique et lugubre… Mais chill aussi. Il est doucereux et noir, porté par un chant qui l’est tout autant. Et puis, de temps à autre, une pointe de puissance vient arracher nos tympans et nous sortir de notre torpeur ! « Death Wheelers » fait augmenter encore d’un cran l’épouvante au son des « hell’s bells » et d’une guitare plus distordue que jamais. Le tout pour un titre plein de patates. Enfin, « A Space Tale », portant elle aussi bien son nom, ajoute un peu de cosmique à cet album fleurant déjà très bon toute la vibe rétro des années 60 et 70. Là on se tape un son plus caverneux, mais toujours porté par ce feeling duel entre la bonne gratte qui fait secouer la tête et cette basse qui nous caresse l’échine, donnant malgré tout beaucoup de rondeur à l’ensemble. Pour le bassiste que j’incarne, la voir à la fois plus présente et en même temps en harmonie avec l’ensemble sans qu’aucun instrument ne se fasse écraser…C’est un plaisir total ! Cela résumerait plutôt bien ce premier album je pense : un vrai plaisir d’écoute, qui même s’il n’invente pas trop, retrace plusieurs influences s’étalant sur près de deux décennies.  Avec sa fort belle pochette qui lorgne du côté du bon vieux psyché/prog avec une pointe d’horrorpunk en plus, impossible de ne pas reconnaître un travail jusqu’au-boutiste dans leur démarche de proposer du neuf avec du vieux. Cripta Blue offre un opus très sympathique qui donne envie d’en avoir plus de leur part.

Sur la planète Death metal, il y a eu un album qui en 2021 a tout écrasé sur son passage et il relève des œuvres du groupe Français, Creeping Fear avec son époustouflant «Hategod Triumph». Les passionnés de Death mélodique me parleront d’At The Gates avec son excellent « The Nightmare Of Being ». Et puis, il y a la surprise résultant de la découverte. Je voulais mettre à l’honneur le projet BlightMass, unifiant des Ricains et un Français. J’avais eu l’occasion de les chroniquer sur leur premier album «Severed from Your Soul» de 2019, leur attribuant une cote de 4/5. En cette année spéciale de l’an de disgrâce 2021, revoilà nos artistes pour vous présenter leur nouvel opus, véritable album, celui rassemblant non plus le matériel des travaux des temps jadis mais bien ceux du temps présent. C’est bien là qu’on pouvait les attendre et mesurer l’évolution si tant est qu’il y en ait une. Ben, voyez-vous, cet album est totalement prégnant tant les morceaux nous plongent dans un Death groove tantôt technique, tantôt old-school mais où la griffe du groupe apparaît très clairement. A lui seul, BlightMass véhicule l’art d’un Suffocation croisé avec Deicide. Tout est bon de l’introduction brève jusqu’à l’outro  « The Great Collapse ». Le jeu de basse de Jechael mène la danse littéralement, prenant une liberté rythmique par-delà le cadre déjà bien trempé de la batterie. C’est effectivement doté d’espaces groovy bien agencés comme on pouvait le trouver dans Faith No More. Le chant est aussi harmonisé avec l’ensemble comme nous le voyons sur le titre éponyme, sur le très sombre «SkinCrawl » aux relents de Krisiun. Parfois on monte dans le grave du registre de mon groupe culte, Morbid Angel. Les riffs de guitare de Nattewølf et Jackula sont hypnotisants. Les deux guitaristes se complètent à merveille et jouent avec brio de la passation du leadership… Chacun vous pique, recule, tandis que l’autre avance déjà pour poursuivre. La technicité est là et les artistes cherchent plutôt à soigner l’ensemble plutôt qu’à se lâcher égotiquement. Et c’est là toute la force du groupe, chaque individualité apporte une griffe évolutive, laissant la porte ouverte aux autres. Le tout est bien plus que leur simple somme. L’album passe bien, en affinant l’écoute, parfois des inspirations de Hardcore, de Rock se laisseront capter. Au final, vous vous dites qu’il y à là une entité qui peut lutter sur le même front que celui occupé par les énormes artistes de Pestilence.

J’affirme souvent que tout l’intérêt d’un remaster peut provenir d’une envie de remettre au goût du jour d’anciens classiques, ou parfois d’offrir une seconde chance à un album sous-estimé ou mal-aimé. Dans le cas de Technical Ecstasy, le deuxième scénario est plus probable, tant la réception de l’album fût tiède à l’époque (et personne ne semble vraiment s’être levé pour lui redorer le blason depuis… et ça fait quarante-cinq ans quand même !). On peut le dire : même chez les fans absolus de la légendaire formation, on retient cet album davantage pour son artwork atypique, pondu par le non-moins mythique collectif Hipgnosis, qu’à ses titres. Quid après plus de quatre décennies ?

Il faut bien le dire, les fans avaient toutes les raisons du monde d’être déçus. Exit le doom, le macabre, le pesant, le lugubre : seul un écrin de poésie noire subsiste pour nous rappeler les premières armes du groupe qui a tout débuté et plonger le monde du rock dans la pénombre. Bien sûr, Sabbath ne se limite pas à une sensation de malaise et des textes lugubres, portés par un groove inimitable lors des bridges. La voix caractéristique d’Ozzy et le talent virtuose des trois instrumentistes sont parfaitement préservés, donnant un résultat qualitativement irréprochable. Non, ce qui dérange, c’est bien la forme. Et ça n’a pas tant changé avec le temps hélas.

Les contemporains autant que les pros s’accordent pour dire que la peur aurait gagné le groupe, alors que le punk explosait et que l’incroyable innovation de leurs premiers opus se tassait doucement. Les poussant donc, logiquement, à vouloir se moderniser… Au point de trahir leur son, leur essence, leur fanbase. Le fait d’avoir désormais autant de recul rend l’épisode « Technical Ecstasy » d’autant plus incompréhensible et dénotant avec le reste de leur discographie, pourtant très plurielle et riche en rebondissements. De nombreuses prises de paroles intervenues par la suite font état d’un groupe bien au fait sur la déception liée à cet album en particulier… Après, certains parleront d’excuses ou d’effet de masse. De l’eau à bien coulée sous les ponts depuis en tout cas, en atteste cette ressortie d’ailleurs.

La vérité, comme souvent, se situe un peu dans l’entre-deux. Non, Technical Ecstasy n’est pas un mauvais album ou un album raté. Non il n’est pas dénué d’intérêt, de sens ou de bons moments. En fait, son apparente légèreté est aussi une force, et le groove classique de Sabbath opère toujours bien, rendant le tout à minima sympa à écouter. Les thématiques abordées sont surprenantes et gardent une plume aiguisée. On retiendra même « It’s Alright » chantée par Bill Ward, rare exemple d’une chanson interprétée par un batteur ! Le résultat est loin d’être mauvais ou même médiocre, et pour un fan de Sabbath, c’est déjà une petite raison de retenter une écoute. « Dirty Women » est un autre titre mémorable, avec quelques riffs plutôt cools et un rythme bien péchu et aux relents plus hard. Son bridge est vraiment top !

Que dire encore pour clore cette chronique ? Sans doute rementionner qu’un remaster en 2021 d’un album si mésestimé atteste que le groupe entend faire la paix avec lui-même, ou alors qu’il n’a de toutes façons plus rien à perdre et s’en moque donc éperdument. Peut-être est-ce ainsi qu’il faut l’appréhender ? Avec l’intention d’une (re)découverte qui, comme d’autres après lui, ne laissera pas forcément de souvenirs impérissables, mais nous fera dire que ce n’était finalement pas si mal que cela. À mes yeux, Technical Ecstasy est l’équivalent du Turbo de Judas Priest : souvent justifiés par une sortie trop hâtive ou une envie de changer d’air mal exploitée, on dira plutôt qu’ils ont tenté de faire quelque chose d’autre qui ne leur ressemblait pas. Intéressant pour l’histoire, assez quelconque au sein d’une discographie à la fois si vieille et si fournie.

23.10.21 14:18

ANETTE OLSON - "Strong"

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Pas de grâce mais de la graisse. Pas de subtilités mélodiques mais des refrains gavés de sucre. Pas de grandiose mais du grandiloquent ("Roll The Dice") vaguement gothique né de claviers symphoniques assez vulgaires ("I Need To Say"). Pour son deuxième album solo, après un premier effort pop, Anette Olzon, chanteuse de Nightwish sur "Dark Passion Play" et "Imaginaerum", pose sa voix sur des compositions metal besogneuses. Elles sont cosignées et coproduites par Magnus Karlsson, son complice dans The Dark Element. "Strong" est un écrin de pacotille qui abrite les vocalises d’Anette, guère variées, vite lassantes, à quelques exceptions près ("Sad Lullaby"). Des growls, de Johan Husgafvel, époux de la dame, surgissent à la fin de certains morceaux, sans que l’on comprenne bien pourquoi. Pour apporter l’agressivité que les guitares ignorent ?  Pire encore : les touches électroniques de l’horrible "Parasite" qui font penser à l’affreux Amaranthe, tout comme la production signée par l’incontournable Jacob Hansen. Ces chansons sont comme une contrebande de Nightwish, forcément ("Fantastic Fanatic") : elles sont au géant finlandais ce que les cigarettes polonaises sont au Craven A (c’étaient mes préférées). Bref, vous pouvez remplacer par la marque de votre choix !

23.10.21 14:13

ANDREW WK - "God Is Partying"

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Il s’en est passé des choses depuis la sortie de « I Get Wet » en 2001, mais beaucoup ont conservé ce souvenir profondément dans leur mémoire, au point d’ériger AWK comme un artiste certes drôle et énergique, mais vite répétitif malgré la patate folle furieuse qu’il nous assénait à l’époque. Mais avec un album intimiste au piano, un album plus grandiose et éthéré et tout un panel d’activités annexes et variées, il serait injuste de limiter le multi-instrumentiste à sa personne de « Party God ». Ce que le titre de ce nouvel opus n’indique pas… à tort. C’est en effet un sacré schisme qui s’opère chez AWK : toujours pleinement maître à bord, il fait péter le t-shirt noir (sacrilège !) pour proposer des titres lorgnant davantage sur des terres « metallisées », honorant son arrivée sur le label Napalm et tranchant nettement avec ses deux premiers albums, plus punks, plus simplistes. Ici les titres sont plus longs, plus sombres et plus hard. C’est un vrai volte-face créatif des plus rafraîchissants qui rappelle que AWK est fort d’une vraie et riche formation musicale, malgré des thématiques souvent légères. “God Is Partying” déplaira aux fans de la première heure, qui devront se faire à l’idée que l’époque « I Get Wet » est finie. Les réfractaires pourront dire que la forme est un peu convenue, donnant un métal sans grand relief malgré une indiscutable grandiloquence. D’autres enfin pourraient s’interroger sur la dimension religieuse de l’album, ou encore sur ses paroles parfois un peu nunuches. Mais tout cela ne peut occulter le simple fait que AWK est un artiste accompli qui prend là un énorme risque. On n’applaudira pas la forme à tout rompre : mais on fera une ovation à l’audace.

Formation espagnole composée de trois membres dont le bassiste d’Opeth Martin Mendez, White Stones sort son deuxième album, un an seulement après “Kuarahy”. Les sujets abordés puisent dans les sentiments que Martin affirme avoir vécu pendant le confinement imposé par la pandémie de Covid-19. Expérience musicale ou voyage dans un univers sombre, l’ambiance générale de « Dancing into Oblivion » est aussi lourde qu’une lente descente dans une mer d’huile. Agrémentée de plusieurs passages mélodiques ou acoustiques contrastant avec le reste, cet album m’a donné une envie de refaire le tour de la filmographie de Robert Rodriguez. L’ambiance me faisait penser à des titres tels que Grindhouse, Machete, Sin City tant le saut musical nous transporte d’une scène calme à une atmosphère lourde et pesante. Des morceaux tels que « Iron Titans » suivi de l’interlude « Woven Dream » ou encore « To Lie or to Die » sont le parfait exemple de cet ascenseur émotionnel. N’étant pas du tout un aficionado de cette scène musicale, je me suis surpris à apprécier le périple et à m’y émerger sans difficultés.