30.11.19 07:03

Shaârghot

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En cette heure matinale au Hellfest sous la Temple, il y avait de l’affluence pour accueillir et découvrir Shaârghot. Le groupe français débarque d’un autre monde inspiré du Cyber Punk et a tout dévasté sur leur passage avec son Electro Metal Industriel. Après leur performance, le monstre Shaârghot lui-même (Étienne de son vrai prénom) a répondu à nos questions concernant leur univers, ses influences, leur nouvel album “The Advent Of Shadows” et bien plus encore…

Pour commencer, Shaârghot a joué ce matin sur la scène du Temple au Hellfest, comment s’est passé le concert ? C’était paradoxal, peu importe qu’il ait 200 ou 200 000 personnes, on fera toujours le concert de la même façon cela ne change pas grand-chose, en revanche, j’avoue que je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il ait autant de monde. Je me suis dit, il va avoir maximum 2000, 4000 personnes, car c’est le matin et la Temple a une capacité de 10 000, mais c’était blindé ! Donc en tant que Shaârghot, je suis rentré et je me suis dit “allez”, mais le Étienne qui est en moi a été vraiment surpris et il y a un petit hic sur le moment et ensuite c’était parti ! Je ne suis même pas certain d’avoir réellement ré atterri. Je suis quand même heureux et terriblement étonné, parce que je ne m’attendais pas un tel engouement de la part du public du Hellfest.

Qu’est ce qui se cache derrière le monstre Shaârghot, tu peux me raconter son histoire ? Shaârghot était initialement un humain et un opposant politique du Great Eye, la force politique industrielle qui gère la cité ruche dans laquelle le sous-monde existe. C’est un monde dystopique à mi-chemin entre du cyber punk et du post apocalyptique. Cet opposant était torturé et possédait déjà un trouble de la personnalité.  Des expériences scientifiques ont été réalisées sur lui: le projet Second Skin, permettant de régénérer la peau afin que les élites de la cité puissent vivre plus longtemps, plus jeunes, avec plus de force et en meilleure santé.

Malheureusement au cours de l’expérience ou heureusement, je ne sais pas, le sujet a vécu une expérience de mort cérébrale et la partie “saine” est décédée ne laissant place qu’à son côté dément se nommant elle-même Shaârghot. À la suite de ça, le produit qui recouvrait le corps a viré au noir, la créature s’est réveillée brusquement pendant cette expérience et a strictement massacré tout le monde. Elle s’est enfuie et s’est laissé oublier pendant un ou deux ans dans les sous-sols de la cité ruche. Elle a réapparu à moitié morcelée et elle a commencé à se refaire de nouveaux amis: les Shadows. Ce sont des personnes à qui elle inocule son sang, elle les choisit avec soin et ils deviennent à leur tour des créatures à la force surhumaine à la capacité régénératrice, mais qui sont liées comme un esprit de la ruche. En résumé, dans la fourmilière tu as la reine et tout le reste gravite autour.

Donc le Shaârghot est une espèce de monstre issu d’une expérience scientifique ratée et qui va de plus en plus à envahir les sous-sols de la cité ruche et ça commence véritablement à foutre le bordel. Le Great Eye a commencé à s’en rende compte et essaye de réparer ses erreurs en tentant de les supprimer, mais les choses ne se passe pas du tout comme prévu. Car les Shadows résistent aux balles, ils se relèvent énervés et c’est comme ça que débute l’album “The Advent Of Shadows “ : Les Shadows ont décidé de remonter à la surface et on en est là.

C’est donc une histoire qui va évoluer dans le temps ? Le récit a été écrit sur plus de six albums à l’heure actuelle. Je n’ai pas fait plus parce que tout simplement je m’accorde le bénéfice de faire quelques variantes et si possible peut être dans mon expérience personnelle il y a des choses qui feront que j’aurai envie de le réorienter.

En dehors de l’histoire, tu peux me présenter le groupe Shaârghot ? Hors de l’histoire, je vais te donner les vrais noms des musiciens : Bruno, Clémence, Oliver et Aliaume, qui sont les principaux. Ensuite il y a beaucoup de personnes qui nous entourent comme Lian qui est l’artiste qui fait tous nos artworks. Oliver est le premier à rejoindre la formation live, il était batteur studio et il était intéressé par le projet. Bruno cela fait environ dix ans, on se fréquente lors de soirée goth. Et Clémence, c’est la dernière à être arrivée dans la formation live en tant que bassiste. Elle était à la base notre backlineuse pour le live et quand j’ai eu besoin de remix, j’ai appris qu’elle était ingénieur du son, on a commencé à travailler vraiment ensemble sur le deuxième album.

Enfin pour Monsieur Scar Skin (Aliaume), c’est une erreur de casting involontaire, c’est un accident. C’était juste un ami qui devait filmer notre premier concert et on lui a demandé de se peindre en noir, car on ne voulait pas de gens en “blanc” avec nous sur scène. Il a foutu un merdier monstre. Il a tout fait : il a marché sur des pédaliers, il a débranché des câbles, il a désaccordé la guitare, il prenait trop de place… On en avait marre de lui, on l’a jeté dans le public, parce qu’on en pouvait plus, on n’arrivait pas à faire notre concert tellement il était envahissant. On est sorti de là énervé et les gens nous ont dit : “c’était génial quand vous avez tabassé le gars c’était vraiment cool”. Du coup Aliaume a été puni, mais pour au moins quelques années, donc il a continué à subir et pendant longtemps (rire). (Ndlr : Les chemins d’Aliaume et de Shaârghot se sont séparés début juillet, cependant le personnage Scar Skin existera toujours dans l’univers du groupe)

On peut dire que c’est devenu votre souffre-douleur ? Oui c’est devenu notre souffre-douleur, mais pas que, il apporte une dimension burlesque c’est un peu un jeu de pantomime qui rend le projet moins sérieux et moins au premier degré, en général on est les méchants qui vont casser des gueules. Il est le côté léger un peu plus bouffon, plus drôle et je pense que l’humour mine de rien est quelque chose qui manque souvent dans le milieu metal et on est très attaché à cette notion de second degré. On fait les choses consciencieusement, mais sans trop se prendre au sérieux.

Est-ce que tu peux m’en dire plus la production du nouvel album “The Advent Of Shadows” ? L’album a été co-composé principalement avec ClemX de la même façon que le premier : j’arrive avec l’intégralité de mes idées qu’on met à plat e, ensuite on en rediscute et je demande à Clem si elle n’a rien d’autre à ajouter. On pose les choses et on décide, je dis oui ou non... Il n’a pas de soucis d’égo là-dedans. Shaârghot ça a toujours été un projet de musique pour s’amuser. Si jamais un de mes musiciens compose un riff par exemple de guitare que je trouve mieux que mon idée initiale. Je lui dirai que, même si la mienne est bien, la sienne est carrément meilleure. Après on retransmet le morceau fini à Bruno qui parfois n’a rien à dire et parfois il faut revoir des choses.  Ensuite une dernière étape de production avec Godfather qui est l’ingénieur du son et le producteur du groupe et là on repense le titre de A à Z: il y a un œil neuf sur le morceau et cela permet de remanier certaines petites choses, enlever des éléments qui peuvent l’alourdir. C’était plus collaboratif et je crois que sur le troisième album qui viendra ce le sera encore plus. Le processus reste mon concept, mais je laisse intervenir les gens en qui j’ai vraiment confiance et dont j’apprécie véritablement le travail.

Cet album semble plus sombre, mais il s’en dégage une ambiance malaise et un côté joyeux en même temps. Comment tu décrirais ta musique ? Pour le côté plus agressif est simple, c’est dû au concept historique que je t’ai expliqué. Cela commence avec “Break Your Body” , le Great Eye arrive à énerver les Shadows et il y a une ébauche de guerre civile dans la cité ruche où les opposants politiques se montrent de plus en plus hargneux. Les Shadows profitent pour mettre la pagaille afin de pouvoir sortir des sous-sols et faire obstacle au Great Eye. Donc il y a vraiment cet aspect plus violent. Clémence a aussi beaucoup apporté, elle a quelque chose de plus lourd dans son jeu de guitare. Mais Shaârghot a toujours eu un côté nihiliste et très joyeux au final, car tout est perdu et fichu, donc si on n’a plus rien à espérer autant faire la fête sur les ruines de ce monde. C’est un peu comme ça que je vois les choses, c’est perdu d’avance, mais on s’en fout, alors prenons une bière, asseyons-nous sur la caisse de TNT qu’on va faire exploser dans deux minutes et ça va être drôle. Il y a ce côté festif qu’on a tenu à garder, qui était déjà très présent au premier album et qu’on veut vraiment communiquer dans l’ensemble de nos compositions.

Est-ce que tu peux m’en dire plus sur votre clip “Break Your Body” il a été signalé comme “choquant”, il s’est passé quoi ? C’est une polémique et une non-polémique en réalité. La censure est principalement due aux scènes de gens qui se tiraient dessus avec des armes à feu. C’est ce qu’on voit dans 95% des films hollywoodiens, “c’est terrible”. Et ici, pareil pour notre dernier clip “Z//B”, on a fait quelque chose de plus érotique et on a approché quelque chose de plus nu artistique. On s’est retrouvé au final à mettre notre clip sur porn hub parce qu’il y avait des tétons féminins visibles donc voilà c’est consternant. Certains groupes mettent des filles dénudées pour dire “on est trop rebelle”, mais nous, on était vraiment dans une démarche artistique de jouer avec le corps, la lumière, les textures, l’eau et on se retrouve dans la même catégorie que ceux qui font de la pornographie, je ne comprends pas. Il y a comme un retour au puritanisme.

Par rapport à ton groupe et d’autres qui proposent des choses plus expérimentales. Tu penses que cela peut être un frein cette censure des clips dans l’avenir ? Ce n’est pas la volonté que les clips soient censurés, car à l’heure actuelle la société est comme telle et pour moi à titre personnel je n’y vois rien de choquant, je serais même particulièrement heureux que Facebook et YouTube non plus et que je puisse les sponsoriser comme il me semble. Je ne suis pas l’optique du faire du trash pour du trash, du gore pour du gore, du sexuel pour du sexuel. Non je veux vraiment réaliser un univers artistique qui soit en accord avec celui qu’on a créé. On n’est pas là pour faire du scandaleux et de la provocation … Tout ça été fait de long en large et en travers, cela ne choque plus personne et c’est ennuyeux, ce sont des choses qui fonctionnaient encore dans les années 90, début 2000 avec Manson…  Tout le monde a fait ça et il n’a pas de volonté d’être choquant. Je fais les choses telles que je les entends en fonction de mon point de vue purement artistique donc la suite on verra comment cela se passera.

Est-ce qu’il y a des films, des livres qui t’inspirent pour l’histoire de Shaârghot ? Il y a énormément de films comme “Mad Max”, “Soylent Green", des comics comme “Transmetropolitan” ou la BD “Neige”. J’ai baigné un peu dans ces univers post apocalyptiques, cyber punk même avant de savoir lire. Je n’ai jamais eu la volonté d’imiter, mais plutôt d’essayer d’ingurgiter le concept et d’y mettre ma touche personnelle. J’ai voulu créer mon propre monde et me dire ici c’est chez moi. Si tu me dis, je suis inspiré de telle chose et il n’a pas de problème je le reconnais. Mais j’ai mis plein de choses dans un shaker, je l’ai secoué très fort et j’ai obtenu l’univers que je désirais et avec lequel je me sentais à l’aise. Je suis conscient ce n’est pas ce qu’il y a de plus original, mais c’est sincère et authentique.

Qu’est-ce que tu penses de la scène Metal Industriel en France ? Pour moi il y a deux grands courants il y a le Metal industriel et l’électro industriel. Les deux sont très sous-estimés malheureusement. Ils sont très souvent comparés comme des “Rammstein” alors qu’il suffit de se pencher sur le sujet pour voir qu’il y a de plein de groupes de qualité. Je te conseille de jeter un œil au label français AudioTrauma, qui fait principalement de l’électro industriel dans lequel tu peux retrouver des groupes comme Horskh, Moaan Exis et Machinalis Tarantulae. Il y a, à chaque fois, des projets sincères, profonds et très bien faits qui pourraient parler à beaucoup, mais l’étiquette industrielle ramène ça aux deux trois choses que les gens connaissent c’est-à-dire Marilyn Manson, Rammstein… Je pense que cette scène souffre énormément des clichés fin 90’ et début 2000. Quand on voit des groupes comme Horskh qui son capable de jouer dans festivals où la programmation peut passer du Rock, du Reggae, du Ska, du Punk, et qui ont parfaitement leur place, pourtant si on dit que c’est de l’industriel, les gens vont être sur la réserve. Ils ne savent pas vraiment ce que c’est et c’est dommage, car c’est une scène qui mérite vraiment d’être reconnue.

Pour finir quels sont les plans futurs du groupe ? Et comment va évoluer le monstre Shaârghot, on peut imaginer que le prochain album sera encore plus sombre ? Je ne peux pas faire de commentaires à ce sujet, car ça serait du spoil.  Je peux juste dire que le troisième album est déjà en composition, mais ce n’est pas pour tout de suite, on va laisser le temps à “The Advent Of Shadows” de vivre. On ne l’a joué pour l’instant que quatre fois sur scène. On aura plein de choses pour vous occuper entre temps avec de nouveaux clips, peut-être du court métrage et de la BD. Nous sommes des personnes qui ne s’arrêtent jamais parce qu’on adore ça.

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  • Crédit photo: Jérôme Veega
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