16.01.20 10:08

Point Mort

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Point Mort est un groupe français qui s’est forgé son propre style de Lovecore, il nous dévoile leur second EP R(h)ope le 06 septembre. C’est le soir de la première date de leur tournée à Lille le 13 septembre que Sam (chant) et Oliver (guitare) ont répondu à nos questions concernant l’univers du groupe et le nouvel EP :

Pour commencer, pouvez-vous présenter Point Mort :

Sam : Le groupe existe depuis quatre-cinq ans, il s’est formé autour de l'ancien guitariste, il est composé de trois amis et a connu quelques changements de line-up au fil du temps. Moi, Aurélien, qui est le nouveau guitariste et Simon le batteur, nous sommes arrivés par la suite. Pour ma part, je suis dans le groupe depuis trois-quatre ans, pour Simon, deux ans et Aurélien vient d’arriver. Ce soir c’est notre premier concert avec lui.

Peux-tu me décrire le processus de composition du nouvel album R(h)ope ?

Sam : On travaille sur les riffs que chacun d’entre nous apporte et ensuite on les assemble tous ensemble à notre gré.

Oliver : On façonne au fur et à mesure, il n’a pas de schéma prédéfini surtout si en live on ne ressent absolument rien alors, on modifie jusqu’au moment où tous les cinq on sent que cela fonctionne et qu’il se passe vraiment quelque chose. Généralement, on arrive avec des structures qui évoluent en fonction de nos sensations quand on commence à les interpréter en live. Cela évolue beaucoup par rapport à l’EP, car on l’a enregistré un peu en catastrophe, les morceaux ont encore progressé et si on devait les réenregistrer ils n’auraient pas la même tête qu’il y a un an.

Sam : On les a enregistrés il y a maintenant un an donc forcément ça a eu du vécu.

Oliver : Ce processus avait déjà eu lieu sur le premier EP (qu’on avait enregistré en catastrophe). On avait eu, un peu par miracle, un créneau d’enregistrement avec Sylvain Biguet, il avait des morceaux qui n’étaient pas encore totalement finis et on les a terminés à force de les roder en live. C’est aussi ce qui s’est passé avec le deuxième EP, avec lequel on a eu pourtant plus de temps de préparation, mais on aurait dû en prendre plus... Au final, ça commence à se stabiliser et on en voit le bout.

Vous considérez-vous plus comme un groupe live ?

Sam : Je pense que oui, car jusqu’ici, dans tous les cas on a enregistré en live, c’est-à-dire qu'on n’a pas fait de prise séparée avec d’abord la batterie, puis les cordes et le chant. On a toujours fonctionné tous ensemble, on est un groupe live, car on tourne à l’énergie. Ce qui n’exclut pas de fonctionner différemment sur les prochains enregistrements.

Oliver : On essayera de se donner plus de temps pour aller plus loin dans les arrangements et se donner plus de recul au moment où l’on enregistre en live. Je pense qu’on gardera systématiquement ça pour ne pas perdre le côté spontané, mais en ayant plus de réflexion et en s’accordant plus de temps en studio pour avoir plus de recul sur ce que l’on enregistre, c’est la marge de manœuvre qu’on aimerait avoir pour l’album à venir. 

Votre Ep “R(h)ope” est sorti depuis une semaine quels sont les retours que vous avez reçus ?

Sam : Il y a eu des retours et des commentaires assez flatteurs et très positifs, il y a eu de jolies choses qui se sont dites en une semaine et on est vraiment heureux.

Oliver : On est même surpris, car on ne va pas dire que l’album est austère, mais il n’est pas vraiment rigolo, et les premières chroniques qu’on a eues ont bien cerné l’essence du projet: on est content. Les personnes qui ont pris le temps de l’écouter et les retours qu’on a eus correspondent à ce qu’on a voulu transmettre avec l’enregistrement. C’est plutôt flatteur.

Peux-tu m’en dire plus sur l’histoire du clip “Wiara” ?

Sam : On souhaitait garder l’atmosphère du premier clip avec quelque chose de sobre, à l’image de ce qu’on essaye de faire passer en musique. Avec Jess et Damien qui ont eu l’idée du clip, on s’est posé la question de ce qu’on pouvait mettre en scène par rapport au texte. Ils ont pensé travailler sur les cordes et shibari, car l’album s’appelle “R(h)ope ce qui signifie “corde”. Et la thématique de “Wiara” raconte l’histoire de la mort qui vient chercher une personne et lui dit : “il te reste un laps de temps à vivre”. C’est se retrouver confronté à cette situation d’être face à la mort, de comment je vais réagir et connaître mes derniers instants. Par rapport au shibari, on trouvait très fort l’image d’une femme qui vient chercher une personne, qu’elle va encorder et emprisonner.  C’est la mort, il faut se laisser complètement aller à son jugement et à cette décision. C’est ce que la vidéo illustre, elle arrive, elle le prend et elle va l’encoder et lui s’abandonne jusqu’à la fin. C’est l’image que le clip met en valeur avec toujours un côté positif, car “Wiara” signifie “foi” en polonais. Il y a systématiquement une notion d’apaisement même dans le clip, on le ressent peut-être très dur et assez violent, mais, en même temps il y a une idée très forte de douceur. On a désiré garder cette dualité qui ressemble à Point Mort dans la musique et dans les représentations.

Vous avez voulu faire passer un message sombre et positif à la fois ?

Sam : Ce qu’on fait c’est toujours assez sombre, mais il y a une touche de lumière, c’est une palette qui va du noir au blanc avec plein de passages de gris. C’est ce qu’on fait même musicalement et ça correspondait bien que le clip suive ça.

Pouvez-vous m’en dire plus sur votre style musical qui est du “lovecore” ?

Sam : En vrai c’est une blague et puis en même temps ça répond bien à ce qu’on fait. C’est exactement ce qu’on vient de dire, on fait une musique qui est violente et contrastée et l’idée c’est de montrer que dans la cruauté il y a de l’amour. C’est ce qu’on fait avec le lovecore, il y a de la violence, mais ce n’est pas dénué d’amour musicalement. C’est donc de là que l’idée est venue, on trouvait ça sympa de ne pas seulement dire on colle à du Post Metal et du Post Hardcore mais dans ce qu’on fait il y a toujours quelque chose de positif et surtout on le fait avec passion et je pense que cela se sent.

On ressent que dans l’EP il y a plusieurs styles, atmosphères qui s’assemblent :

Oli : Il n’a rien de prédéfini lorsqu'on joue le morceau, il évolue en fonction de nos émotions et au moment où on l’interprète. Parfois, on remarque qu'il y a des directions qu’on n’avait pas prises, quelqu’un va lancer un riff improbable et finalement ça apporte quelque chose de très intéressant. Il y aussi du travail à la maison où l’on peaufine toutes les idées et quand on revient on les perfectionne encore en se laissant une marge, pas d’erreur, mais de surprise. Si tu prends “Wiara” ça part dans tous les coins, on a du Doom, on a un passage un peu valse, on a quelque chose de très mélodique, de très envolé et ça fini en Hardcore de bas plafond new-yorkais. Mais ce n’était absolument pas préparé, il n’a rien de prédéterminé, au final, c’est vraiment en fonction de l’émotion générale qu’on retrouve notre fil.

La pochette est assez mystérieuse, pouvez-vous m’en dire plus à son sujet ?

Sam : C’est moi qui ai conçu la pochette et j’ai une façon de travailler assez spontanée en dessin. Comme sur le premier EP il y a beaucoup de géométrie, c’est quelque chose que j’aime bien et qui me plaît. J’ai mis du symbolisme parce que c’est beau, on était d’abord parti sur le triangle et j’ai voulu conserver cet esprit-là. Sur le verso du CD, c’est peut-être moins géométrique et plus sur mon coup de crayon. Je pense qu’entre le premier et le deuxième opus j’ai un peu progressé et il y a un côté plus fluide dans la conception. L’idée en général ce n’est pas de coller à une thématique, c’est plus me laisser porter par quelque chose qui est évident et qui correspond à Point Mort. Le verso est clairement connoté sur le thème de l’EP, car il s’appelle “R(h)ope” et c’est une corde tout simplement, mais sur le devant c’est une continuité de la première pochette, afin de garder cet esprit et d'avoir une logique entre le premier, le second et peut-être le troisième on verra.

En plus, elle a une couleur assez féminine, comment expliquez-vous ce choix ?

Sam : Je pense la pochette est assez féminine et on trouve ça sympa dans le groupe, car il y a un cinquième féminin et comme c’est moi qui dessine, c'est ma manière de retranscrire. On a choisi une couleur qui n’est peut-être pas très Metal, mais justement ça nous plaît, dès l’instant où cela dénote, c’est quand même une jolie teinte et il y a une idée d’esthétique. J'en suis très contente, car je n’ai pas imposé une couleur et ça convient à tout le monde.

Vous avez déjà fait de belles dates en salles et festivals, avez-vous des anecdotes à raconter ?

Oliver : Au Motocultor on a eu le privilège de jouer sur la Main Stage en milieu d’après-midi, il y avait pas mal de gens, à un moment, j’ai fait une magnifique balayette à Sam qui s’est totalement viandée sur scène. On a eu peur qu’elle se fasse très mal, car je l’ai fauchée assez violemment, mais il y a plus de peur que de mal, ça s’est bien passé. Pour moi, c’est le plus marquant... après les coups de guitare dans les têtes ça peut arriver…

Sam : C’est le risque, car on joue plus souvent dans de petites salles que dans de grandes, avec la proximité que cela implique et forcément on se rentre un peu dedans, mais je trouve qu’on ne s’en sort pas mal.

Oli : Il y a pire que nous, mais c'est suffisant pour être mémorable.

Sam : C’est aussi les cheveux qui s’emberlificotent et les câbles qui s’emmêlent, et il y a encore une anecdote marrante au Toxoplasmose, car on n’avait pas pu mettre le backdrop à ce concert. Durant deux morceaux, j’ai juste dit “comme ce n’est pas marqué derrière nous, je vous le dis on s’appelle Point Mort”. Et une jeune femme a hurlé “je m’en fout, je t’emmerde, je ne vois rien” et en fait elle était aveugle. C’était très drôle et on est parti en fou rire.

Que pensez-vous de la scène Post Metal en général ?

Oliver : Si je prends mon cas, je n’en écoute quasiment pas et c’est assez “rigolo”, car au sein du groupe on aime des genres compléments différents c’est même étonnant qu’on fasse cette musique-là, d’une certaine manière ça s’est formalisé de cette façon. Après, pour ce qui est de la scène, elle est assez fleurissante. Il y a énormément de choses très variées et je trouve ça de plus en plus intéressant. Même si ce n’est pas un style que j’affectionne plus que d’autres, je trouve que c’est relativement riche.

Sam : J’y suis venu un peu grâce à la Belgique. Très sincèrement, c’est une scène très active notamment avec Amenra et la Church of Era, c’est comme ça que j’y suis rentrée. Je n’étais pas spécialement Metal au départ, je venais d’autres types de musique. J’ai voulu m’essayer au chant hurlé et ces groupes m’ont donné l’impulsion, cela correspondait plus à ce que je pouvais faire. En Metal pur, il y a des personnes qui chantent très bien, mais ce n’est pas comme ça que je vis mon chant hurlé. Je trouve que la scène belge est très forte pour ça.

Oliver : Amenra, c’est une référence indéniable qui a influencé beaucoup de groupes. Comme Neurosis, ils sont les successeurs de cette musique très prenante, très ambiante, très austère, avec beaucoup d’introspection et une forme de vérité. Il y a un côté écorché vif et une authenticité dans ces musiques-là.

Sam : C’est une scène positive, il y a beaucoup d’entraide et cela s’inscrit dans les nouvelles scènes. On le retrouve aussi dans le Stoner et le Doom. Je trouve qu’il y a plus de soutien entre les groupes, on se connait, on se parle et on organise ensemble. Il m’arrive d’organiser des concerts, et je remarque parfois que c'est plus difficile dans le Metal "traditionnel", Death ou Thrash. Alors que là, je remarque que c’est une scène “Do It Yourself”, qui fait et essaye de faire des choses. C’est vraiment positif.

C’est un univers plus fermé ?

Oliver : Je trouve que le public est plus attentif et plus exigeant, il recherche une certaine finesse dans l’écriture ou dans la mise scène. J’ai l’impression qu'il est attiré par une certaine forme d’esthétisme, il est très curieux à l’écoute et patient parce que beaucoup de ces groupes font des morceaux de dix-quinze minutes. 

Pour finir, quels sont les projets pour Point Mort ?

Sam : Ce soir, on fait notre première date à Lille, on tourne jusqu’à samedi 21 septembre. On passe un peu partout, aux Pays-Bas, en Allemagne, on revient un peu en France et on repart en Suisse. On partira en octobre avec le groupe Hexis, on a quatre dates avec eux. On est content de les rejoindre, car on a une date en Espagne. Il y a probablement quelques dates à Paris dont la release party de l’EP qui aura lieu le 29 septembre. Je pense que le gros projet c’est de mettre en route le prochain album, et d’essayer d’y mettre toute notre énergie. On espère peut-être aussi jouer dans des festivals pour l’été prochain.

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  • Crédit photo: Jessica Salitra
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